GARGANTUA. — II. LA GUEEBB
buverie vide les coupes]. Venite, apotemus [allons boire], conclut le moine en parodiant le Venite^ adoremus^ de Téglise.
Ces plaisanteries et d'autres de ce genre avaient cours, il n'y a pas longtemps encore, parmi les ecclésiastiques, et pour ma part je me rappelle avoir assisté dans mon enfance à des conversations tout à £ait analogues. Il ne f&t venu à Tesprit de personne de ne pas les considérer comme étant d'une parfaite innocence.
Frère Jean trouva quelques amateurs pour déjeuner avec lui, mais la plupart s'abstinrent On s'occupa ensuite de lui procurer des armes parce qu'il voulait aller se battre : « J ai mon froc et. le bâton de la croix, c'est assez,» disait-iL U se laisse toutefois armer de pied en cap; on le fait monter sur un bon cheval Gargantua et vingt-cinq des plus aventureux se joignent à lui, et les voilà partis pour la bataille.
Chemin faisant le moine .encourageait ses compagnons : «N'ayez peur ni doute, enfants, leur disait-il, je vous conduirai sûrement. Dieu et saint Benoît seront avec nous. Je* ne crains que l'artillerie. Je sais bien une oraison qu'on récite à l'abbaye pour se préserver des balles, mais je n'y crois pas. Baste! le bâton de la croix fera des siennes. Si quelqo^n de vous cane, je l'enchevêtrerai de mon froc. C'est un remède contre la couardise. N'avez-vous point entendu parler du lévrier de M de Meurles? Il ne valait rien pour les champs; on lui mit un froc au cou : depuis ni lièvre ni renard ne lui échappa. >
Comme il parlait ainsi avec animation, il passa sous un noyer ; son heaume s'y embarrassa, et dans les