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plus tard et dont Racine adolescent se délectait au point de l'apprendre par cœur. Enfin Cervantes attachait à une multiplication d^aventures de ce genre le principal intérêt de l'œuvre de prédilection de sa vieillesse, Fersïles y Sigismunda.
Rabelais professait peu d'estime pour ce genre de récits. La preuve, c'est que plus tard nous verrons Pantagruel s'endormir eu lisant la meilleure de ces compositions romanesques : Théagène et Charidée. On peut donc supposer que Rabelais, en entassant dans quelques pages toutes les impossibilités et toutes les invraisemblances imaginables, a voulu tout simplement se moquer de ce genre d'écrits. Peut-être même avons-nous affaire à la parodie d'un roman de Tépoque, oublié ou inconnu.
Panurge, à partir de cette aventure, va occuper dans louvrage de Rabelais la place que Jean des Entommeures occupe dans une partie du premier livre. Mais le caractère de Jean se comprend tout de suite: c'est un homme d'action, que le hasard des circonstances a jeté dans la vie contemplative, un mauvais moine et un excellent soldat.
Le personnage de Panurge est moins simple; aussi Rabelais juge-t-il à propos de nous faire connaître quelques-uns de ses antécédents.
Panurge appartient à la race de ces joyeux étourdis, viveurs aimables et spirituels, amis du plaisir et grands dissipateurs , qui apparaissent souvent dans notre histoire et notre littérature. Quand ces personnages sont riches et haut placés dans le monde, c'est le chevalier de Granunont, si bien
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raconté par Hamilton ; c'est le duc de Richelieu, et, avec moins de distinction, son fils le duc de Frorisac ; c'est encore don César de Bazan, le grand seigneur bohênie, qui se drape si bien dans ses loques. Quand ils appartiennent aux classes inférieures , c'est Villon dans l'histoire, c'est Casanova l'aventiirier ; ^c'est dans la littérature, Figaro, le Neveu de Rameau, et, tn descendant jusqu'à l'ignoble, Robert Macaire, qui vole et assasine en lançant des bons mots.
L'Angleterre a sou Panurge dans le Falstaflf de Shakespeare. Falstaff est aussi spirituel que Panurge. Conime lui, dans quelque situation qu'il soit jeté, il trouvera d'excellents prétextes pour prouVer qu'il a eu raison d'agir comme il Ta fait. Sa vie entière, tîomme celle de Panurge, est une protestation contre l'idéal et les sentiments élevés, ses moyens de dépenser de l'argent et de s'enrichir sont les mêmes ; seulement, comme il est gentilhomme, ses procédés isont différents ; il emploie la violence là où Panurge, le plébéien, a recours à l'adresse. Tous deux sont poltrons, mais Falstaff se vante constamment de sa bravoure, tandis que Panurge passe volontiers condamnation sur ce point, hors en un seul cas. Falstaff et Panurge se font également honneur d'avoir tué des ennemis, mais Falstaff ne tue qu'un mort, tandis que Panurge trouve uu véritable plaisir à tuer réellement ceux qui sont plus faibles que lui et dont il a eu peur.
Les deux personnages portent aussi dans leurs débauches le caractère de leur nationalité. Falstaff «st gros et Panurge est maigre. Falstaff est souvent ivre et Panurge ne s'enivre jamais, quoiqu'il boive avec délice; mais chez lui l'esprit l'emporte,
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il éprouve plus de plaisir à parler de ses dîner» qu'à les faire ; il est plus débauché ei^ paroles qu'en actions et, s^u fond, il donnerait volontiers un bon dîner pour uu bon mot. Falstaff est un viveur de bonne humeur, qui corrompt o^n m^jitre pour être associé à ses plaisirs. Panurge se tient plus à distance , il jprofite des libéralités de Pflntftgru^l, mais sans avoir la prétention d'influer s^r ses actes. Il sait que ce serait peine perdue d'ailleurs. Pantagruel n'est pas de ces êtrep qu'on entraine et qu'on gouverne ; il est dai^s une sphère supérieure dont Panurge ne songe en aiicun§ façon 4 le faire descendre. Qu o|i le laisse s'aïa^ser à sa guise et faire de l'esprit à toute heure, il e^st satisfj^it. Il ^ ufle supériorité sur l'Anglais, il esjb beaucoup pîja?^ ipstruit. Falst^ a trop banqueté pflur étudier, Pfinurge a trop souvent jeûné pour ne «'êtr^ pas quelquefois consolé pfir J'étude. Falstaflf est plu^ sympathique que Paniyge, parcp qu'il n'a pas de fiel et que Panurge en a. Il est aussi plus en rel^f et se comprend du premier coup, taiïdis qu'il faut écputer Panurge et le voir à l'cpuvre ppur le compreR- 4re. Le personniB^ge de Shakespeare est plus brillant, le personuage de Rabelais est plus pbilqsophiq^e ; le premier aiQuse un ^loment et c'est fout, ]^ secon4 fait réfléchir.
L'Esp^gue du XVP siècle ^ aussi soq Panurge, illettré, grossier quelquefois, mais en app^renoB ^^^lement, ^*u fpnd un fiu matois, à la fois çr^édul^ et rusé, incarnation vivante du paysan sensé, plf^pé en face de don Quichotte ^paoureux de l'idiéal, comuie Panurge en face ie Pantagruel. Mais la ressemblance n'est que dans l'idée, dans le contracte entre
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le maître et le serviteur. Panurge a tin caractère "bien autrement compliqué que Sancho Pança ; il y a entre eux la Même différenice qu'entre les Précîéuses et un bel- esprit villageois.
Les Allemands ont égalemeht leur incarnation bouffonne au XVP siècle: Til rE9t)ièglè, *dont les Ai^efitures parurétit en français à Paris/ en 1532. Maiâ Til ne ressemble à Panurge que par un côté, par les espiègleries, auxquelles il à donné son nom, espièglerie^ qui dépassent souvent lesborn(5s dfe la plaisanterie et éffensefit trop fréquefoment Todotat: Il n'a ni la distinction dé Falstaff ni la science de Panurge, ni refsprît pénétrant de l'un et de Fâutre ; il ne rappelle înême en rien là naïveté rtisée de Santho. Ses bouffonneries sont le plus souvent puériles et ressemblent à telles de l'Esope de Planude ou du Bertoldo des Italiens. Une plaisanterie qui revient à satiété chez lui, c'est celle (jui consisté' à pi'endrë chaque expt^'ssJôn à la! lettre et à agir en conséquence. C'est le Jotirigrsë diî XVP siècle, et ceux qui l'otit rapproché dé Panurge ont fait iiîtjure à Rabelais.
Chacun de ces pierscWnàgçfs conserve, Mén entendu, lé cachet de son siècle. Gf'anlThoïit est singulièrenient fin et sjiirituel âU milieu de ses friponneries et de ses méchancetés. Richelieu et Frotisâc gardent, au milieu dé leur corrufition dissipatrice, Inélégance
* Les Aventutes âe Til Ulesp^gU ont été reproduites dernièremenf dans la Collection Jannet \ laa« édition est dalB66. Un Belge, M. Charles de Coster, a fait dj ces aventures le sujet d'un poème, qui est à sa troisième ''édition.