‹ Rabelais et ses œvres (volume 2)Chapitre 86 sur 110 · LIVRE II. PANTAGRUEL. — II. PANUKGE · texte numérisé non relu

LIVRE II. PANTAGRUEL. — II. PANUKGE

innée, la suprême impertinence dé leur éducation et de leur race.

Il ne faut rien attendre de semblable de Panurge ; Panurge est un prodige de science, mais il porte l'empreinte du milieu dans lequel il a vécu. Il procède de maître Eenard, dans le poème de ce nom- Il a plus d'esprit, mais il n'a pas beaucoup plus de conscience ni de délicatesse. Il a pu avoir de bon& instincts, — on les retrouve chez lui par instants, — mais la misère Ta dépravé. Il a été tant de fois battu, qu'il est devenu poltron ; il a été tant de fois victime, qu'il est devenu féroce quand il est le plus fort; il est glouton parce qu'il a eu faim, affamé de femmes parce qu'il a été sevré d'amour. Tout son être, toute sa vie n'est qu'une réaction. Pantagruel l'aime, le lecteur ne partage pas ce sentiment, qui ne vient que de Textrême bonté d'âme du héros de /Rabelais; mais ce Panurge a tant d'esprit, et de l'esprit tellement inattendu, il fait quelquefois des remarques si fines sur les personnes et sur les choses, qu'il nous amuse et que nous fermons volontiers les yeux sur ses vilains côtés.

Il est paresseux, dit-il, cela est vrai, mais il ne l'est qu*à ses heures; il a dépensé et il dépense encore une prodigieuse activité pour' satisfaire ses fantaisies. Il a dû déployer une activité prodigieuse pour arriver à s'instruire comme il l'a fait, lui enfant du peuple, pauvre et abandonné. Villon a une mère, au nom de laquelle il adresse à la Sainte- Vierge une prière pleine de tendresse et d'émotion, Figaro lui-même a une sorte de famille^ qu'on entrevoit dans l'ombre; mais quelle idée peut-on se faire du père ou de la mère de Panurge?

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