‹ Rabelais et ses œvres (volume 2)Chapitre 87 sur 110 · GUILLAUME POSTEL · texte numérisé non relu

GUILLAUME POSTEL

Comment a-t-il étudié? Comme étudiaient dans ce temps-là les enfan-s des familles pauvres, — comme Villon a étudié, conmie Amyot a étudié.

La jeunesse d'Amyot est connue. On sait que, sorti de la misère, il s'est peu à peu frayé un chemin par l'étude, jusqu'à devenir précepteur des enfants d'Henri II, évêque d'Auxerre et l'un de nos grands prosateurs. H y a un savant illustre de la même époque dont la biographie est moins connue, quoique plus curieuse encore et plus glorieuàe, car la lutte a été plus longue et plus difficile, c'est celle de Guillaume Postel, un des pères de la philologie orientale, un grand visionnaire aussi, mais ce n'est pas sous ce rapport que nous voulons le consi* dérer.

Guillaume Postel était un pauvre paysan des en* virons d'Avranches. U n'avait que huit ans lorsque son père et sa mère moururent de la peste; il savait déjà lire et écrire et passait toutes ses journées à étudier; mais il fallait vivre; il se fit maître d'école dans un village, et là, à force d'économies, il parvint à se procurer la somme nécessaire pour se rendre à Paris ; il allait à pied, à petites journées ; il fit connaissance avec des bohémiens qui voyageaient comme lui, mais dans un autre but; ils le dépouillèrent de tout ce qu'il possédait, et, pour l'empêcher de les poursuivre et de les dénoncer, ils le maltraitèrent tellement qu'on le trouva à demi-mort. On le recueillit, on le fit admettre dans un hôpital; il, y resta deux ans avant d'être guéri. Quand il fut bien portant, on le renvoya.

560 LIVBE II. PANTAGEUEL. — II. PANITEGE.

Que faire pour vivre? C'était l'époque de la noissoii ; il se souvient de ce qu'il a vu faire et fait dans ses premières années ; il se dirige à pied vers la Beauce, décidé à louer son travail. En chemin, il voit un champ moissonné; il glane les épis tombés, il en ronge quelques-oius pour tromper sa faim, et, la journée finie, il va offrir sa récolte. Le fennier auquel il s'adresse, le garde à son service ; il travaille ainsi tout l'été, et^ apràs la moisson, il rentre à Paris avec un habit décent. Il va droit au collège Sainte-Barbe ; il offre ses services comme domestique : il fera les commissions, balaiera les classes, mettra de Tencre dans les écritoires, allumera les poêles et achètera les vivtës. Tout ce qu'il demande en plus de sa nourriture, c'est la permission d'assister aux cours. On lui accorda ce qu'il demandait. Les cours qu'il put suivre ainsi ne suffisaient pas encore à sa soif d^t^){)t*endre ; i ses heures perdues, il étudiait le gl-eç et Thébreu.

Postel devint bientôt un des plus savants hommes de la France et même de l'Europe.

Villon et Panurge durent mener une vie analogue dans leur première jeunesse. Villon se trouvait plAcé dans de meilleures coiftdltions : il demeurait à Paris et il avait sa mère, « iemme povrette et ancienne, » qui ne « sceut ries et oocqiiés lettre ne leut, > mais qui sut se faire aimer de son fils^ t<M»t léger qu'il était; il se tnêla aui étudiants; il servit sans doute comme Postd et Amyot, et obtint à ce titre de recevoir le pain quotîiÛeii de la science; mais c'était un prodigue qui dépensait follement

PÀNURGE ET ¥ILLDir. 3©1

son tomps et sod espiit. H nous Vapprend Iniméme:

Bièb scay de j'eusse estiMié^ Ou temp^ de ma jeunesse foHe, Et à bonnes meurs dédié, J'eusse maison et couche molle!

Mais quoi ! je fuyoye TeScolle Gomme faict le manvays enfant...

En eserivant cette paroUe^ A peu que le cueur ne me fend..,

Où sont les gratieux gallans i^ue je suyyoye au temps jadis, Si bien chantanâ, si bien parlans, ^ plaisans en faictz et en dîtitz ?

Les aucuns sont morts et Jroydiz ; D'eulx n'est-il plus lien mainteiant Respit ils ayent en Paradis, Et Dieu sauWe le remenant [le reste] !

Et les aucuns sont deVenuz

IHcfu merci t grans seigneurs et maistr¥ë,

Ijes autres mendient tous nudi;

ht pain ae voiyeat qu'aux iènétMS.

VilloB était m convive spirituel, un joyéut bottte*' efn^train; il figurait psr suite à toutes le^r partleisr de plaisir <|a» faisaient les étudiants ; mais un beau jour, ces étudiants, qui avaient été heufeux de Taccueillir parce qu'il payait soa écot en gatté et en .bons mots, (m jé^ms g«&s s'en allèrtnt tour à tour, rappelés pAr îenrs famiUes. Vilton qibÀ n'avait t^as de failiilk^ <m dti moins pas dé fortune, âe trouiva seul, isolé, abandonné, incapable d'aHer pluB lais^ €t ayatit edAtracté le goût de la dissipalîoB et du plaiëîr. C'est ain^ que, par le hàt même de son éduea^* tiiM> il se trouva entraîné à fiieiier cette exisMnee AliBéfabte ek déeltesée qm ses poésies nous i4?èletit, existence foi fnt Aussi celle de PAnurge aA XVi*

3fi2 LITRE II. PANTAGRUEL. -- II. PAmJBGE.

siècle, jusqu'à ce qu'il eût rencontré Pantagruel, de Figaro au XVIIP siècle, jusqu'à sa rencontre avec le comte Almaviva, et du Neveu de Bameau jusqu'à son dernier jour. Nous mêlons ici les réalités aux fictions, c'est que tous ces personnages ne sont pas des individus, ce sont des types.

Ceux-ci cependant ne descendirent Jamais aussi bas que Villon. Ils n'eurent jamais rien à démêler avec la justice criminelle , et Villon fut condamné à être pendu. Il n'échappa à la potence que par l'intervention, on le suppose du moins, d'un poète inférieur à lui pour le mérite, mais très supérieur pour la • position sociale , puisqu'il était le cousin germain du roi, Charles d'Orléans.

On trouve à la suite des Œuvres de Villon une série de récits en vers intitulés ; Bepues frcm' ches. L'auteur, ou les auteurs, nous racontent comment Villon s'y prenait quand sa bourse était vide , pour bien dîner lui-même et pour régaler ses amis; car, disent-ils, avec admiration et reconnaissance :

C'estoit la mère nourricière

De ceux qui n'avoient pas d'argent.

Ainsi en relatant les lEriponneries de Villon on a entendu faire son éloge. Voici quelques-uns de ces tours admirés :

Un jour ses amis viennent le trouver. Une fête approche, on voudrait bien la chômer joyeusement. — Bon, dit maître François, j'ai votre ou plutôt notre affaire. Invitez vos amis à Montfaucon, à tel cabaret, je m'y trouverai aussi et je vous promets

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