‹ Rabelais et ses œvres (volume 2)Chapitre 90 sur 110 · LES ANTÉCÉDENTS DE PANURGE · texte numérisé non relu

LES ANTÉCÉDENTS DE PANURGE

aujourd'hui lauteur, non-seukmcnt en police correctioDuelle, mais en cour d'assises.

Cette morale a régné pendant tout le XVF siècle et même pendant une partie du XVIP. Tout ce que Ton exigeait, c'était de ne pas se laisser prendre trop ouvertement la main dans le sac — et, encore dans ce cas, quand le seigneur ne se trouvait pas trop durement lésé, la justice seigneuriale faisait grâce le plus souvent en faveur de l'esprit déployé.

Qn se vantait même de son habileté à tricher au jeu. Ou sait ce qui se passa à propos des Mémoires du comte de Grammont- Comme on y raconte différentes indélicatesses — nous dirions maintenant : friponneries -^ du noble personnage, les censeurs — Fontenelle était du nombre — voulurent arrêter la publication d'un livre, qui était de nature, ditrait-on, à nuire à la considération du héros. Le comte de Grammont s'interposa lui-même pour obtenir que les Mémoires fussent publiés tels qu'ils avaient été rédigés par son beau-frère. .

Les censeurs étaient en avance sur les idées morales de leur temps, le comte de Grammont était en retard.

Ces observations étaient nécessaires pour expliquer, sans les excuser, certains actes de la vie de Panurge, que nous allons reproduire.

Panurge, nous dit Babelais, était de stature moyenne, ni trop grand ni trop petit ; il avait le nez un peu aquilin, fait à manche de rasoir; quand il se présenta devant Pantagruel, il avait environ trentecinq ans ; fin, c'est-à-dire propre, à être doré comme

868 LIVRE H. PANTàGRUEL. — II. PAHUBGE.

pout r^tre une bague de plomb, bien galaot hooioi^ de sa personne, sinon qu'il aimait un peu trop les femmes et qu'il était sujet de nature à une maladie qu on appelait en ce temps-là :

Faute d'argent, e'est douleur sans pareille.

[Ce vers est le refrain de deux chansons, populaires à cette époque.] Toutefois il avait soixante-trois manières de trouver de l'argent à son besoin, dont la plus honorable et la plus commune était par façon de larcin furtivement fait; malfaisant, pipeur, ''buveur, batteur de pavés, ribleur, s'il en était à Paris,

Au demeurant le meilleur fils du moode.

Ce dernier vers appartint à Clément Marot et termine, dans une épltre adressée par hii à François P', le portrait du domestique qui lui a volé aon cheval et sa bourse :

Goormftnd, ivrogne et assuré menteuif Pipeor, larron, jureur, blasphémateur, Sentant la hart de cent pas à la ronde ; Au, demeurant le meilleur fils du monde.

On remarquera que le valet et Panurge avaient plusieurs traits de ressemblance. Toutes les épithètes conviennent à Panurge, à la hart prèS) qu'il ne se laissera pas mettre.

Il a fait tous les métiers ; nous savons qu'il a été étudiant; les détails anatomiques dans lesquels il se plaît à entrer nous prouvent qu'il a appris la médecine ; nous l'avons vu prendre part à l'expédition de Métélin, — comme médecin peut-être, car la bravoure du soldat n'est guère son fait, nous le verrons à Toccasion ; — il nous apprend de plus qu'il a été escamoteur, charlatan de foire, qu'il a vendu de la

PÂNUBGE ET GâVBOCHB!. 369

thériâque, remède universel contre toutes les lûala*dies, et de Pôrviëtan, dont la principale propriété eat indiquée par l'étymelogie populaire : Or viens t'en.

L'or était venu plus d'une fois probablement dans cette vîe aventureuse, ffiaîs il s'en était retourné plus vite encoi*e. La présence de l'or étaût une exception, on faisait une orgie le jour ou l'on en avait, et le lendeïnain il fallait se mettre en quête pour s'en procurer d'autre. Sa première entrevue avec Pantagrnel nous le lùotttre ce qu'il sera toujours ; il a l'air distingué, mais ses habits sont en loques, il a beaucoup d'esprit et parle quatorze langues — en comptant celles qni ne sont entendues que de lui — mais il meui't de faim.

Malgré Ses trente^cinq ans et Inexpérience que ses aventures auraient dû lui donner, il avait conservé l'instinct 'du gatnin. Il en voulait au guet, par exem^ pie, et aux agents de'police, non pas que le guetTeût jamais déradgé à ce qu'il parait, mais par pur instinct d^Opposition contre la règle et par jovialité. — Quelquefois, — C'est Rabelais qui parle, — nous traduisons un peu cependant,

11 assemblait trois ou quatre bons rustres, lès fafeaît botre comme templiers sur le ^ir, pais il les menait aU>dessouâ de Ste-Géneviève ou* du collège de. Navarre [la montagne du Panthéon], — et il écoutait l'approche du guet. A cet effet il posait son épée sur le pavé et se mettait Toreille auprès \ lorsqu'il s'apercevait que son épèe bougeait, c'était le signe infailiibl<e que^ le gaet n'était pas loin.

Panurge et ses compagnons is'emparatent àloTs d'un tombert^u, le mettaient en mouvement, et le lan-

Page 1