LIVRE II. PANTAGEUBL. — II. PANURGE
pomller de son costume de cérémonie, il prêta fort à rire aux fidèles scandalisés.
Panurge ne bornait pas là ses petits talents; il avait des pinces et des passe-partout pour crocheter les portes et ouvrir les coffres. S'il changeait une monnaie, il se souvenait de son ancien métier d'escamoteur, et, en donnant son teston, dont on lui rendait la valeur , il faisait évanouir ostensiblement sous les yeux du changeur cinq ou six grands blancs sans que le changeur en sentit le vent.
Il exerçait aussi ce genre d'escamotage dans les églises. Ici Rabelais entre en scène lui-même. On se rappelle peut-être qu'en tête de la Pantagruéline PrognostificaSion, il a pris le titre d'architriclin, c'est-à-dire de maître d'hôtel, de majordome de Pantagruel. C'est à ce titre sans doute qu'il se place ici et ailleurs parmi les personnes qui composent la suite du géant. Il trouve un jour Panurge taciturne et préoccupé.
— Vous êtes malade, lui dit-il ; je vois à votre physionomie que vous avez un flux de bourse; il me reste encore un peu d'argent que ni père ni mère n'ont vu; partageons.
— Si je n'en ai pas aujourd'hui, j'en aurai plus tard, répond Panurge. J'ai une pierre philosophale qui m'attire l'argent, comme l'aimant attire le fer* Voulez-vous que nous allions dans l'église gagner des pardons?
Ces pardons des petits péchés, ces indulgences s'accordaient à ceux qui déposaient une petite aumône dans une sébile surveillée par un sacristain