PANUB6E ET LES INDULGENCES
dans les églises, le feit de «e priver de son argent en faveur de Dieu ou de ses représentants étant considéré comme une pénitence suffisante.
— Je ne suis pas grand indulgencier dans ce inonde, répond Rabelais, je ne sais ce que je serai dans Tautre. Allons, si vous voulez cependant; mais je vous préviens que je ne dépenserai pas plus d'un denier. — Prêtez-m'en un aussi; je vous paierai l'intérêt. — Ni intérêt, ni capital, je vous le donne de bon cœur. — Orales vohis domino, répond, au lieu de Qrates tihi^ Domine^ Panurge imitant le mauvais latin des clercs.
« Nous allâmes d'abord à Saint-Gei^ais, continue Rabelais; c'est là que je déposai mon offrande et dis mes prières et les oraisons de sainte Brigitte. » Mais Panurge ne se contenta pas de si peu ; il me mena d'église en église. Nous allâmes à Notre-Dame, à Saint- Jean, à Saint-Antoine, partout où l'on vendait des indulgences. Je m'abstenais, mais lui baisait toutes les reliques et donnait toujours. A notre retour il me mena boire au cabaret du château. — Où donc, lui dis-je en me signant, avez-vous trouvé de l'argent? Ce matin vous m'en avez emprunté. Vous en avez donné dans une foule d'églises et vous voilà plus riche que vous n'étiez d'abord. — J'ai gagné cet argent en chemin, me dit-il. Dans les bassins où Ton recevait le prix des indulgences je mettais une petite pièce et j'en retirais une plus grande. — . Comment, lui dis-je, mais savez-vous que c'est un vol que vous avez fait là ? Vous vous damnez comme un serpent : vous êtes larron et sacrilège. — Je ne suis pas de votre avis, dit Panurge. Les vendeurs d'indulgences me donnent ce que je prends, car ea
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m^ pFésentant le^ reliques i^ baisier, ou 19e dit : Vous recevrez au centuple : cenùtéplum accipies. Or ici le futur « vous recevrez » est pris pour le présamt, comme cela se fait dana la Istogue hébraïque. Ajccipies veut dire : Prends; et je preqd?, avec moii^ration même, car je ne pr^ds jamaijs c^nt fois alitant. De plus le pape Sixte IV m'a assigné quinze cents livres de rente sur spn domaine px)ur Tavoir guéri d'un mal qu'il n'osait avouer ; je me paie d^ mes mains sur le trésor ecclésiastique. »
Le pape Sixte IV passait en effet pour avoir ét^ de mœurs très relâchées. C'est un trait de satire qu^ Panui ge lui lance en passant» Quant à mçttre dans le bassin destiné aux aumônes une petite sonuae pour en retirer une plus graQde> il parait n'en pas avoh: eu rinventiouj car on trouve un fait semblablf mentionné dans le colloque d'Erasme, :. P^egrinatioreligioni^ ergpi :
Il y A de» geng si dévots à ]a. Vierge qu^n feignant de me^ixe à Toffranâe, ils escamotent adroitement ce qu'on autre a mis.
Pawrge n'est, pias non plus le. paremicr qiu, a|t plaisantéi sur cette parole : Cefituplum accipieis ; voici ce que nous raconte un fabliau :
Un paysan ayimt entendu dire au serjmon que iQrsq^'on doi^ne quelque chose à DieUv Dieu nous le rend au double^ imagina de donner sa vache à Pieu, c'estrà-direi au curé^ som représentant sur la terre. Le curé ayait déjà une vachq; il attacha la nouvieUe vienue à l'anpienne, de peur q^u'elle Qe retQur^â^t à.son précédent, p&tiari^ge^ Mais lai vache donnée était la plus forte, et comme le ch^p d^ sou premjier. pos: sesseur lui plaint, ejje y retourjoâ. et y entrains nvec elle sa compagne de captivité. Lçt ^fty^w ef^
PJÙSURGE ET LCS INDULGENCES. 877
i^Uant visiter son champ, y trouva deux vaches a^ lieu d'une. Il vint joyeusement raconter la chose à sa femme et remereiAf X)ieu d'avoir tenu la parole que le our^, lui avait dçwée. L'histoire ne dit. pa^ &i lecpré fut du môiifie avig«
xm.
Reveçioiis à P.aQurgfi, Babelais s'éto^^j^ de cette manière d'acquérir de Uargent. — c Si tu savais^, rer prend Panurge, ce que m'a rapit^^rté la croi^s^de, tii serais ébahi. Elle m'a valu plus de 6,000 florins — Et où. sont-ils allés, que tu n!as rien aujoiir^?hm ? -^ D'où, ils étaient venus. Ils n'ont fait que changer d;e maître. »
Panurge raconte qii'il a employé cet, argent à, m^ rier, non pas les jeunes filles, qui trouyent, d'ell^p mêmes dra épouseurs, mais Iqs . vieilles auxquelles, il donnait nuis dot, qfii leur fais^t trouver de$ mari& tt Je montrais les écus d'abord, guis quand j'avais trouvé un épouseur, je montrais 1^. vieille.» Panurges sans en rien dire, imite ici u^O; coutume observée chez les Babyloniens , au rapport d'Hérodote (Liv. I, cxcvi).. Chaque année^ il y avait une sorte de marché ajix femmes,. On déposi^it une certaine somme pour avoir le droit d'entrer dans l'enceinte oi^ les jeunes filles à.marjei; étaient réunies. Celui, qw avait déposé la.. ))lu3, forte somçie, choisissfilt le pre.mier^ et emmenait sa co^qviéte^ et ^qs^ d& suite jusqu'à ce q|u.'il n& se trouv&t plus d'{^m(^t;eurs. L(^ sompie déposée. étaÂt ensuit, Bart^cée^ au^pr^i^ata. de leur laideur, outre les jeuues fiUep» qui, n!avaient p^ été choisies,, et. leur servait de dot On introduisait) alors les hpmmjss qui voulaient se mariei: djans ces
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conditions, et qui recevaient en même temps les jeunes filles et la somme.
Panurge, à qui l'argent brûle les mains quand il en a, imagine d'intenter ttn procès pour faire décider que les robes des dames seraient plus ouvertes par devant. Il gagna son procès, dit-il, mais il lui en coûta cher.
Une autre fois, il demanda, toujours devant les tribunaux, que les mules des présidents et conseillers qui se rendaient au Palais, fussent pourvues de bavettes afin de ne pas salir de leur bave la cour du Palais où les pages s'agenouillaient pour jouer aux dés. Le procès fut gagné aussi, mais à quel prix!
Puis il lui prit fantaisie de faire banqueter ces mêmes pages du Palais. Pendant qùMls dînaient il allait couper presque complètement les sangles des mules, si bien que lorsque les « gros enflés de conseillers > montaient sur leurs bêtes, la selle se cassait, et les graves personnages allaient rouler sur le pavé, au grand amusement de la foule. Cette manie qui prend Panurge de dépenser son argent, à marier les vieilles et à intenter des procès ridicules, c'est-à-dire sans profit pour lui-même et pour les autres, n'est que l'exagération d'un travers assez commun. H n'est pas rare de voir dès gens qui , ayant reçu inopinément une somme, se demandent ce qu'ils feraient bien pour s'en débarrasser au plus vite. Cette tentation arrive souvent à ceux qui n'ayant pas eu la peine de gagner de l'argent , n'en connaissent pas la valeur ; mais l'extrême gêne produit aussi cet effet Quelquefois On a vu des marine, en recevant leur solde, après avoir été longtemps privés d'argent, célébrer une orgie où l'on faisait frire des pièces decinq^
francs, qui étaient jetées ensuite par la fenêtre, tandis que les familles de ces mêmes gaspilleurs étaient dans le besoin. Dans la. Vie de Bohême — et Murger, auteur du livre et de la pièce, avait dû être témoin de faits de ce genre, — nous voyons des jeunes gens toujours aux expédients pour vivre, trouver piquant, un jour qu'ils sont en fonds d'acheter un perroquet et un singe. Le singe mange le perroquet et meurt d'indigestion.
Pantagruel donnera, au livre suivant, son jugement sur les dissipateurs. Rabelais revient souvent sur ce vice de l'esprit ; il enveloppe dans la même haine les dissipateurs qui perdent follement leur argent et les moines qui perdent follement leur temps ; il met ces deux richesses sur le même pied.
Un beau jour un savant, du nom de Thaumaste, attiré par la renommée de Pantagruel, arrive d'Angleterre, afin de disputer contre lui. Il lui adresse un docte compliment, oïl il énumère tous les philosophes qui ont voyagé et les pays qu'ils ont parcourus.
En entendant le bruit de ton savoir, dit-il en terminant, j'Ai quitté pays, parents , maison et me suis transporté nonobstant la longueur du chemin, les ennuis de la mer, la nouveauté des contrées, uniqujement pour te voir et conférer avec toi.
Mais voicy la manière comme j'entends que nous disputerons. Je ne veulx disputer pto et contra comme font ces folz sonbîstes de ceste ville et d'ailleurs. Sembiablemont je ne veulx disputer en la manière des Academicques, par déclamations, ny aussi par nombres comme faisoit Pjrthagoras et comme voulut faire Ficus Mirandula à Bome. Mais je veulx disputer par signes seulement, sans parler : car les matières
380 LIYBE II. PAKTiLGEUEL. — Q. PÂNUBGE.
sont tant ardues que les paroles humaines ne seroîent suffi." santés a les expliquer a mon plaisir. Par ce, il plaira a ta magnifieence de soy y trouver, ce sera en la grande salle de Nayame, a sept heures dti matdn.
PaiM^agruel lui réjpood Qu'il est tout à son seiTr vice,, persuadé q]aQ, «d^as eette diseussiou» il aura yiuu à apprendre qu'à ep^eigxier,.> et Ton ae dionne rmdez^YOus pour le leude^iaio..
n s'opéra alors un échange de râl?a ejutre les per* sonnages^ Th^uxnaste Térudit reiitra chez lui tout altéré et demandât à boire, et Pantaginiel, le roi des Altérés, demanda des livres savants. Il se fit apporter tout ce qui avait été composa sur les nom: bresy les sigpes» la magie, 1^ songos, par Bédik, Plotin, Produs, etc., etc»
Panurge, le voyant si préoccupé, lui dit : Si vous travaillez ainsi, vous allez vous donner la fièvre, buvez quejques: bons verres 4e viD,.€^t allez vous coucber, je me charge de répoadre à l'Anglais. — N'oublie pas que cet homn;L^est ejs^tr^ementsavaAt- -— Y a^'t-il aumondeu^bommo: aussi savant que le .son^b le^ di9.bles?
— Non, assurément, dit Pantagruel, à moiM^a d'upe grjlcQ divjgçie et spéctolfi.
— EU Iwep ! j'ai aîîguweaté c^iot ipi*. centre, tou,» les dlablM et je les ad Mis quinaids^ je les ai réduits au sHence. Si votre Anglais n'est pas demadïï od mçfam non logu% dites du mal de mfih
Pantagruel seJaii^e persuada^iTr^ Pa^U)rg^ p93se J«i
nuit à^ boire mec les paiges et à jouer toutes le»
aigutllettes de ses chaussettes — [Quand les étu-
. diants n'avaient plu? d'argejit, î^g jouaient c,elles des
aûmUftttçp ds^ l^uçp, vj&t«meiits,.doAt ils. ppuv^e^t fm^
passer] — à prîmes, secondes, et à la vergette ; puis, le matin , il se rendit avec son maître à la Sor^ bonne. Tout le monde avait entendu parler du ié* Bat (Jni allait avoir lien, et' une îonle immense se présenta pour y assister. On se demandait avec anxiété si cette fois encore Pantagruel serait vietorieiKx et si cet Angl»8 'ne Ini en remontrerait pas.
Thaumaste les attendait. Lorsque Pantagruel parut, on se mit à applaudir Ces applaudissements lui déplurent. «Paix! de par le diable, si vous me tarabustez , je vous couperai la tête à tous ! > Pantagruel avait deux raisons d'être mécontent, il trouvait « badaude ^^ cette habitude d'applaudir tous les orateurs, quels qu'ils fussent; — puis, comme il ne devait pas prendre la parole, il ne voulait pas être applaudi d'avance pour ce qu'il ne dirait pas.
Panurge s'adresse à Thaumaste et lui demande s'il est venu pour chercher sérieusement la vérité ou peur le simple plaisir d'échaùgcr des arguments,
— ce qui était fréquent alors par toute l'Europe.
— Thaumaste répond qu'il n'a d'autire but que la vérité. — Alors, veuillez m'exposer vos doutes, je tâcherai de les résoudre. Si vous n'êtes pas satisfait, mon maître est là qui vous répondra. — Très bien, dit Thaunuu^te, commençons.
Adonc tout le monde assistant et escoutant en bonne silence, TAnglois leva haat en Pair les deux mains séparément clouant toutes les extrémités des doigts en forme qu'on nomme en Chinonnoys cul àe poulie, et iPrappa de Pime l'aiitre par les ongles quatre icAs; puis les ouvrit, et ainsi à plat de Fune frappa Tautre en son strident, une fois ; derechief les joignant comme dessus, frappa deux fois, et quatre fois derechef lès ouvrant. Puis les remit joinctes et estendues Fune