‹ Rabelais et ses œvres (volume 2)Chapitre 95 sur 110 · LIVRE II. PÀNTAGEUEU — II. PANURGE · texte numérisé non relu

LIVRE II. PÀNTAGEUEU — II. PANURGE

communes alors qu'on a trouvé facilement des noms à mettre à la place de ceux que Rabelais nous fournit. Il est possible qu'il y ait dans ces pages une part d'anecdote et d'allusion; mais il faut y voir surtout une critique générale, celle de ces discussions où les adversaires, après avoir longtemps disputé sur des points inintelligibles, se séparent, satisfaits ou mécontents suivant leur humeur, mais la plupart du temps sans s'être entendus, faute d'avoir défini nettem^t le débat et fixé so^eusement le sens qu'on prétendait donner aux mots qu'on se pro* posait d'employer.

Ajoutons que, subsidiairement, Rabelais a trouvé piquant de jongler avec les mots et de leur faire exprimer avec une netteté minutieuse des gestes et des mouvenients compliqués. Cette {nréoccupation de la difficulté vaincue et heureusement vaincue, est fréquemment visible chez lui.

Panurge, encouragé par son succès, veut aller dans le monde, et s'éprend d'une belle dame de Paria. Il lui déclare ses sentiments d'une façon passablement brutale ; la dame lui défend de se représenter devant elle, il n'en tient compte, il la suit à l'église et lui enlève même son chapelet, sans qu'elle y fasse une vive opposition. Il va chez elle, il lui ofre de Targent, des présents de grande valeur, et dierche à l'embrasser. La dame veut appeler au secours. Il s'éloigne alors en lui disant qu'il lui a fait trop d'honneur.

Il est évident que Panurge, dans tout cet épisode, n'a qu'un but, se faire repousser par la dame, afin

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d^aTOir un prétexte de 6e venger d'elle. Tontes ses

paroles respirent cette hainensé envie que les dé« I

classés comme lai éprouvent souvent pour ceux que

le hasard de la fortune a mis au-dessus d'eux et

auxquels ils se sentent supérieurs par TesiNrit— Vous

ne voulez pas de moi^ dit-il à la dame, eh bien, je

mettrai tous les cfaieBB à vos trousses ! Il tue une

diierae,^ la coupe par petits morceaux, puis il va

trouver la dame à Tégliae. C'était le jcmr de la

procession du saint Sacrement. Il lui remet des vers

et, pendant qu'elle a la bonté de les regarder^ il

sème sur elle les morceaux de la chair de la chieme.

Quand on sort de l'élise, les chiens attirés par IV

deur , accourent de tous côtés après la dame et

salissent sa robe. Elle s'enfuit diez elle, en toute

h&te, mais les chiens la suivent et se vengent sur

sa porte de ne pouvoir plua salir ses vêtements.

xvn.

Le secoBd livre se termine coonne le premier par «ne guerre, meâs les détdls en sont moins heureux.

Pantagruel vivait joyeusement à Paris lorsqu'il apprit que son pèce avait été transporté par la fée Itorgue au pays des fées, et qu'à la nouvelle de son ab^ sence, les Dipsodes avaient pénétré dans le pays d'Utopie et assiégé la grande ville des Amaurotes, autrement dit, en traduisant les mots, que les Altérés avaient assiégé la ville de l'Obscurité. Pantagruel part sans retard et se dirige sur Rouen.

Il s'aperçoit en chemin que les lieues, assez courtes aux environs de Paris, devienn^t de plus en ^us longues i mesure qu'on s'en Joigne. Il se

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rappelle que les lieues d'Allemagne sont plus longues encore et les plus longues de toutes ; il en demande la raison à Panurge. Panurge n'est jamais à court. Les paysans qui vont à pied disent, en plaisantant, que chaque fois qu'ils laissent tomber leur bâton, ils ont fait une lieue de plus. Un roi de France, suivant Panurge, employa un moyen analogue pour mesurer les distances ; il envoya de Paris, dans toutes les directions des couples de nouveaux mariés. Chaque fois que le couple s'embrassait, il devait déposer une pierre, qui indiquerait une lieue. On s'embrassait souvent au début, mais à mesure qu'on s'éloignait, les baisers devenaient de moins en moins fréquents. De là, la plus grande longueur des lieues de Bretagne et de Normandie et l'extrême longueur des lieues d'Allemagne.

Pantagruel et sa suite arrivèrent à Honfleur, en face du Havre. Comme ils s'apprêtaient à s'embarquer, Pantagruel reçut un billet contenant une bague ornée d'un diamant et une lettre qui se bornait à une adresse. Panurge pensait qu'il y avait peut-être sur le papier des caractères écrits à l'encre sympathique et le voilà essayant tous les réactifs connus pour tâcher de faire apparaître les lettres invisibles ; tout étant inutile, on regarde l'anneau, on y trouve des caractères hébraïques, et y on distingue la fin d'une phrase qui se trouve en hébreu dans l'évangile latin de St. Mathieu: Eli, lama sabachthani. «Dieu de moi, pourquoi m'as-tu abandonné?» En considérant le diamant, on reconnaît qu'il est faux. Il y avait donc là une sorte de rébus, que Panurge expliqua ainsi: Di, amant faux, pourquoi m'as-tu laissée? — Pantagruel se souvint

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