II. PÂNTAGBUSL. — III. NOUVELLES DE L'AIJTBE MONDE
donna à boire un grand verre de vin blanc avec une rfttie sacrée.
Epistémon fat' ainsi rappelé à la vie, mais il demeura enroué plus de trois semaines et il lui resta de son aventure une toux sèche dont il ne pouvait guérir qu'à force de boire.
C'est ici que se place une des folies les plus bar* dies de Rabelais, lie récit de ce qu'Epistémon vit dans l'autre monde.
Le snjet n'était pas nouveau. Les poètes anciens font à chaque instant voyager leurs personnages dans l'enfer ou les en&rs. Non seulement Ulysse et Enée y descendent, enunenant le lecteur avec eux, mais Virgile trouve moyen d'y faire descendre son moucheron {Culex, v. 200-380).
Ce sont là des voyages' po^ques, mais il existe, en dehors de ces liâux communs de la poésie, des rédts de personnages qui, après avoir été déclarés morts, sont revenus à la vie, comme Epistémon, et ont raconté ce qu*ils ont vu dans l'autre monde pendant que leur àme était momentanément séparée de leur corps.
Il y a dans rantiqaité deux relations de ce genre que Rabelais a certainement connuesy celle de Her l'Arménien et celle de Thespésias.
L'histoire de Her rArméoien se trouve dans la République de Platon, livre X. Her, comme Epistémon, avait été tué dans une bataille. Qaand on enleva les morts, dix jours après, la plupart des cadavres étaient putréfiés, mais le sien était parfaitement conservé ; on le porta chez lui, et le douzième jour.
YOTAOES BANS l'AUTBE MOKDE.
quand on voulut le mettre sur le bûcher, il ressuscita, et raconta ce qui lui était arrivé. Son âme, séparée de son corps, avait été emportée en nombreuse compagnie dans un lieu oA te eiel et la terre étaient percés de deux t>uvertur88. Des juges siégeaient au milieu et prononçaient sur le sort des àrnes* Ils attachaient un écriteau par devant aux justes et les envoyaient à droite, dans le ciel; ils attachaient un écriteau sur le dos des méchants et les envoyaient à gauche, où se trouvait une ouverture' dans la terre. Quand ce fut le tour de Her, les juges décidèrent qu'il devait retourner sur la terre pour rapporter aux hommes tout ce qu'il avait vu et ce qu'il aliait voir. Il regarda autour de lui Les âmes montaient et descendaient sans cesse par les deux ouvertures quHl avait remarquées d'abord , les bons sans tache^ les méchants souillés de &nge. Plus loin s'étendait «me prairie où les âmes s'arrêtaient et semblaient se reposer d'un long voyage. Griles qui sortaient de l'abtme racontaj^t les tourmaits de leur exil, qui' n'avait pas duré moins de mille aie. Celles qui venaient du ciel racontaient les délices qu'elles avaient goûtées. Le bien et le mal qu'elles avaient fait leur avait été rendu au décuple.
Ces âmes avaient alors la permission de retourner sur la terre et <»i leur laissait le choix de la condition dans laquelle elles devaient renaître. Celles qui venaient du ciel se trompaient plus souvent dans ce choix que celles gui venaient des lieux souterrains, parce qu'elles avaient moins 4'expérienoe et qu'elles ne s'étaient pas instruites à l'école du malheur*
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L'histoire de Thespésios nous a été racontée par Piutarque dans son Traité sur les délais de la justice divine. Il y a, dans les œuvres de Joseph de Maistre une traduction de ce traité avec des commentaires qui ont la prétention d'être très sérieux et quelque peu effrayants. Thespésius était de Cilicie et vivait au temps de Vespasien. U avait dissipé follement sa fortune, et, une fois ruiné, il avait cherché à la recouvrer par des opérations plus ou moins frauduleuses. A ce moment, il fit une chute, on le jugea mort; mais pendant la cérémonie des funérailles, il revint à la Tie, et raconta ce qui lui était arrivé. Son âme, s^arée de son corps, avait été transportée à travers les astres jusqu'à un Ueu où tourbillonnaient les âmes des morts. Elles arrivaient au milieu d'une bulle brillante, qui se crevait; il en sortait alors une forme humaine. Les âmes des justes étaient transparentes et lumineuses ; les âmes des méchants étaient opaques, tachetées de gris ou d'un noir luisant. Celles qui avaient été avides et cruelles étaient rouges ; un violet ulcéreux indiquait l'envie ; le bleu, l'impureté; le noir, l'avarice. Thespésius fut emporté vers le lieu où les âmes coupables étaient punies ; on en faisait divers groupes d'après la gravité de leurs fautes ; il reconnut *son père dans le nombre ; il vit des démons exposer aux variations de l'atmosphère des corps qu'on avait écorchés ; il vit des groupes de divers personnages occupés à se mordre. Des démons trempaient d'autres âmes dans des étangs de métal fondu; elles devenaient dures alors, et on les tailladait pour en faire de nouveaux êtres,
VOYAGES DANS l'AUTEE MONDE, 401
qui devaient retouraer sur la terre. Après être resté assez longtemps dans ce lieu. Thespésius se sentit emporté comme par un vent impétueux, il recouvra la vie et depuis lors revint à 1% ver tu.
Les récits de ce genre se multiplient avec le christianisme. Fauriel, dans son Histoire de la littérature méridionale, J.-J. Ampère, dans son Histoire de la littérature française avant le Xll^ siècle, Ozanam, dans ses Etudes sur le Dante^ Labitte, dans La Divine Comédie avant Dante , . Gœrres , dans sa Mystique^ mentionnent et analysent une foule de voyages dans Tautre monde. La plupart de ces voyages sont des visions; mais il y a aussi des résurrections , celle de l'Irlandais Tundal , par exemple, qui vivait vers Tan 1149. Il tombe malade et meurt un mercredi ; comme on remarque dans son corps un reste de chaleur, on le garde jusqu'au samedi; il se réveille alors en poussant un cri épouvantable, et raconte qu'il a été dans l'enfer, dans le purgatoire et dans le ciel. Il a passé par de terribles épreuves : il a été entraîné par des démons dans la gueule de l'Achéron, horrible bête dans le ventre de laquelle les démons, sous ia forme de loups, d'ours, de lions, de serpents, de crapauds, de chiens, mordent et mettent en morceaux ceux que le dragon a avalés ; mais ce qui l'a le plus effrayé, c'est le passage d'un pont très étroit au-dessus d'un abîme, qu'il lui a fallu traverser de compagnie avec une génisse qui glissait d'un côté pendant qu'il glissait de l'autre. Des démons l'attendaient en bas, riant de ses efforts et de ses angoisses, et prêts à se jeter sur lui, s'il tombait.
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vin.
On a même cru pendant longtemps, et dans toute la chrétienté, qu'il y . avait un moyen matériel d'aller chercher des nouvelles de Tautre monde.
On racontait que saint Patrice, l'apôtre de l'Irlande, mort vers 464, ne pouvant convaincre ses auditeurs de la réalité des peines de l'enfer et du purgatoire, avait supplié Dieu de lui montrer un chemin par lequel on pût, sans quitter cette vie, apercevoir ce qui se passe dans l'autre. Dieu avait exaucé sa prière et lui avait indiqué una petite Ue du lac Derg, entre Pettigoe et Donegal, comté de Donegal, au nord de l'Irlande, où se trouvaient plusieurs grottes conmiuniquant entre elles — il y en 4 neuf — qui conduisaient à l'autre monde. Ces grottes ont reçu le nom de Purgatoire de St Patrice, parce que l'on croyait que ceux qui avaient le courte <l'y passer vingt-quatre heures, faisaient leur purgatoire sur la terre, et que, au sortir de cette vie, leur âme montait tout droit au ciel, si à ce moment «Ue ne se trouvait pas en état de péché mortel.
L'Arioste, au chant X, octave 92, de son Orlando furioso, mentionne cette croyance. Roger, monté sur l'hippogriphe, passe au-dessus de divers pays;
£ vide Ibemia fabulosai dove
Il santo vecchierel fece le cava
In che tanta mercè par che si trove,
Ghe Pnom vi porga ogni saa colpa prava.
[Il voit l'Hibernie riche en traditions fAbulemes, où le saint vieillard a creusé nne caverne dont la grâce est telle, dit-on, que l'homme s'y purifie de toutes ses fautes.]
Erasme dans sa Peregrinatio réligionis ergo mentionne aussi cette grotte: