NÔTRE BUT
mande à trayers les brouillards qui Tenveloppent. L'ouvrage, à mesure que Ton avance, semble à quelques-uns de plus en plus confus, pour nous» il nous apparaît de plus en plus lumineux et lés lueurs des dernières pages, toutes voilées qu'elles sont, projettent d'éclatantes clartés sur Tédifice.
Dans cette exj^icatiott de l'œuvre de Babelais nous avons t(Hijours eu prteentes lès deux recommandations qu'il nous donne au prologue de son premier livre :
Croyez-voQs en vostre foy qTfonques Homère, escrivaat Iliade et Odyssée , pensâst es alléfories, lesquelles de Iny ont belaté Plutarche, Hfimobide Ponticq^ Ëostathe, Phornute et oe que d'icenz Politiftn a desrobé? Si le croyez, yoos n'approchez ay de pieds ny de mains à mon opinion, qui décrète icelles aussi pfu avoir eM songées d^Homère, que d'Ovide en ses Métamorpliosev les sacremeiits de l^vangile.
Ceci peut passer pour une protestation anticipée contre ceux qui ont voulu trouver dans son livre toute l'histoire de son temps. Un peu plus loin, Rabelais ajoute:
Posé le eas oKite «eoi Uttéeal veus trdùvea mafières assez joyeuses et bien correspondantes au nom, toutes foû pas demouiser là ne fault, comme au chant des Sirènes, au» a plus haut sens interpréter ce que, par adventure, vous cuidiez dit en gaieté de cœur... Vistes-vous onques chien rencontrant quelque 08 méduUare ? C'est, comme dit Platon, la beste la plus philosophe, fil ireu l'avez, tous «tes peu noteir de quelle dé* Totion il le guette, der^ueL seing il legard^ de quel ferveur il le tient, de quelle prudence il l'entame, de quelle afiection il le brise, et de quelle diligence il le sugce... Quel bien prétend-il ? Rien plus qu'un ptii'ê» moelle. Vtay est que ce peu est déli-
4 BÀ6ELAI0 HT SON filÈCLE.
Et Biabelflns engage tes leeteurS à rompre VùA tt è B«cer «la Biibata&tifi(ine moeile«; de aon liTre; 11 es^re qtf'ofi n'anra pas à regretter sa f due*
Les limites entre lesquelles œtte imUafftéltitàfni d^t jStreeberchée sont bienfixées^ Hous avoBAtftehé de nous y tenir. Nos leetenrs dicont si oons avoœ réussi.
Mais lors même que ftOtre interprétation serait contestéd, 11 iAoïis aeniblë que notre livre sera i^file eatoce oosmae ^garidatîon de l'œmrre de Bâbdcia et comme résatné ciHibcHneieut<, quoique 8uceiiict,de tout ce qui a été publié sur la matière.
n doH être bien comj^i^» du reste, que Jdous n'eatendons pas nous appr^siiprier toutes les idées de Babelais. Il jr 'eu a qui nous itanaMèDt «xDellentes, sapérieurefs/ d'iiutred ^ont trop "étroites ou trop larges, il en est de toit & &jt musses i ûos yeux. Mais ici nous ne discutons fm^ ikous ex{K>sons^ laissant au lecteur le soin de prononcer un jttgeBfent êéfiiiîtlf.
Ifiabelais est une énigme, il faut bien en convenîr twt les jugementsmir mu leompte «ont wti6& iet 418cotdftnte.
Sut îà pemmne d'Sbo*d. Pûtai* les untS, t*est uù suge^ un sayanti un médecin jéclair^ im homme àe mœurs iig^es et r^^ées, m bon otirî qiii ^e dévoue & «es paroissiens ^et «iei»t diréticatemefit. Pour lise autres, c'est un bèirfbii, uft monitféfUt'd'tftirSi <||ii! pM0 le scandale dauis le Heu s^-lût, joue des comédies ridicules pour se faire ti^metive i^i^près . d^uu grand personnage ou s'épargner des frais de route, un duré
JFaEMJGirTà, POBTÉS BVR LUI. 7
foi «cftDdalise ees pan^fiiens et meurt iv^e, le bl»H phâme i la boacbe.
Le contraste entre les opinions est amssi ^mplet quand il s^agit de juger le livre.
Pour IfiB uns, Touvrage de Babelais est un recueil de foies qjûj pour être raïq^rtable, devrait «tre réduit à «I Insitième, un riyman «où Ton a répandu i phàusmatiiiB la gsdeté hoffaSmae^ Tobscénibé et Tennui>i^alvjn le dénonce dans son traité des Scanda-^ les» Henri Estiemie juge qu'il aurait dû étrebrAlé smc «m auteur par la laain êlet bourreau; La Bruyère déclare certaines 46 ses parties dignes d^^ètre le chtriM de la oaoaille; us grai^ poète en&i, après ne longue tirade dli^res, rappelle le «pourceau gagnent de la Gauler et croit Mre une grande conoMBon en reconnaissant m lui un ivrogne de verve. 1 Pour les autres^ au edutraite^ Rabelais est un ph&stoplie profond, un grand politifile, le premier éêà éd«icate<u8, l'un dm hennés qui ont lé ptatt, amtribué aux fitoffèê de la civilisation. 8i^ par la &ito des drcmstinces, il a été e%ligé de voiler sa pensés, il n'en a pua mollis été fort en avant de son siècle, eMe nôtre a encore beaucoup à apprendre de lui. j
Parai les mtMtd^M, il y n le jésuite Fell^r, le réfoorma^ear CaMn, Térudit Henri Estiente, le féodal Oantâi, et surtout le >on M. Bumier, Tauteor d'une BiâMte moftâé dé Vêdueation, qui se voile les yeux pour fie pas v^eir les Idées justtos c<Mfrtenues dans le livre, afin de ne pas être obligé de les Httnasssr ^tdane «it égoat.» D est vrai que le feu* gMQx écrivain prefMse le même éèdàki pour tous ceux qui croient qu^on peut étt« SMvé par les
B&BELUB ET SON BlfiCLt.
bonnes œuvres^ et qi^e son a^athème s'étend, sans exception, à tous les catholiques:
Tant de fiel entre-t-il dans l'âme des dévots ?
Un autre Suisse, M. Paroz, dans une prétendue Histoire universelle de la pédagogie^ ne mentionne même pis fiabelais. Quant à Lamartine, en par* lant de Babelais, il entre dans un TéritaUe aceès de fureur.
Parmi les admirateurs non moins passionnés, citons Voltaire corrigé par Tàge, Gringuené, Thistorica littéraire de Tltalie, Bernardin de St-Pierre, Vietor Hugo, Henri Martin le graye historieD, Miehelrt Tenthousiaste, tous les écrivains de talent de notre génération qui ont jeté les yeux sur rœu?re de Ba-: bêlais. On trouvera plus loin ceux de ces témoi' gnages qui sont les plus caractérisés.
^Si la voix du peuple est la voix de Dieu, il faut convenir qu'en ce qui eoneérne le curé de Biendon, elle est singulièrement discordante, ear les attaques viennent de tous les camps, catboHques^ protes(jÂte,> libres penseurs, et les admirations de meniez \
n y a de ces critiques qui ne comptent pas. Ni le catholique Feller, ni le protestant, Burnier n'ont lu les œuvres qu'ils condamnent avec tant d'ftpreté. Ils ont accepté une opinion toute fiûte et l'exagè* rent en la reproduisant ; il n'y a pas à s'occuper d'eux.
Mais il y a des critiques de bonne foi, et il n'est pas inutile de les passin* raiûd^nent en revue avant 4'aborder notre siget.
SE^ OiBSGVBITÉS.
(il est des écrivahis qui s'attaqua à Rabelais par pure incompatibilité d'humeur. Babelais est sourept un fantaisiste. Or toute fantaisie qui ne charme pas, agace, et quand on est agacé, on est incapable de Juger. Lamartine est dans ce cas, Pantagruel Tagace, les Fables de La Fontaine l'agacent II n'a plus s(m. libre jugement devant cette inspiration qui ii*a rien de commun avec la sienne. Au reste les rèvenrs et les comiques font généralement bande à part et sont destinés, à ne pi^ se comprendreXFénelon goûtait peu Molière : Jean* Jacques RoussèLu s'en est pris plus d^une fois à l'auteur du Misanthrope. L^auteur des Parents pauvres n'entendait rien à la grande ' poésie de Victor Hugo, et, Gozian nous l'assure, n'ad- Hûrait les Bur^raws que par respect humain. M. Benan ne voit rien de beau dans Béranger : il y a tout simplement antipathie de race. On peut donc égale ^ ment considérer comme' non avenues les critiques qui surgissent de ce côté.
D'autres reprochent à Rabelais' son manque de méthode, son action flottante, la fréquence de ses digressions, son obscurité. Ces critiques sont fondées ; les admirateurs de Rabelais en conviennent Cepeu; dant quelques-uns sont allés trop loin dans leurs con- ^eessions, et ont trop accordé à Paiccasation, en plaidant les dreonstances atténuautes :
Si l'on s'opim&tr&it, dit M. ITisard ^ à demander à Babelais le sens général dé ion livre» on risquerait de oe pas aperee- ▼olir le sens des détaUs, ^oaitchaciuia dtétoor h tov PuniqM objet et le muI plaa de l'antear* Ce Hyfje esit le fruit de seQ èameur et non l'œuvre fortement combinée de s<m jugement
1 Histoire^ es la UtUratufe fnmçttiêê l, p. SSà