‹ Rabelais et ses œvres (volume 3)Chapitre 13 sur 104 · SES OBSCÉNITÉS.' IS · texte numérisé non relu

SES OBSCÉNITÉS.' IS

varre, la «Marguerite des Margaerites», presque une sainte, qui se délassait de ses œuvres de dévotion, àxt Miroir de lame pécheresse, et de ses Mystères, en dictant certains contes de son Heptaméron, que noB seulement aucune dame, mais aucun homme bien élevé ne se hasarderait à raconter aujourdliui etr société.

Et ce n'est pas seulement en France que cela S3 passait ainsi. Shakes^re se permet quelquefois de singulièreis licences, même dans ses œuvrea sérieuses. Les comédies italiennes de Macchiavel du cardinal Bibbiena n'étaient pas plus réservées. L'Es* pagne avait sa Célestine, et les chansons populaires de tous les pays, que la tradition nous a conservées, ont partout le même caractère de licence. Babelais restait donc dans' le ton général — en l'exagérant toutefois, comme il exagérait toutes choses.

Les mœurs n'en étaient pas plus mauvaises pour cela. La plupart des chansons, des rondes que Ton chante encore aujourd'hui dans le^ villages ne brillent pas précisément par la décence. Les jeunes paysannes qui les entendent chanter rougissent peutêtre un peu, mais cela n'a pas d'autre conséquence*. Les chansons que l'on chante dans les grandes vilIes^ sont plus décentes; les mœurs le sont beaucoup moins. Cette réserve dans les mots est une affaire d'éducation, d'habitude, de milieu. Nos lectrices seraient fort scandalisées si nous leur apprenions ce que permet et ce que défend la Civilité puérile et honiféte9M siècle de François I**.

f Babelais, d'ailleurs, ne comptait pas sur les lectrices ; il n'écrit pas pour les femmes, il les connaît peu^

H UBELAIS SX SON SIËCtE.

et De les estime pas. Une senle femme £ait dans son livre ose apparition d'un nouent, et l'autenr a si bien' senti lui-même sa maladresse & la &ire agir qu'il s'est gudé d'y rerenk. Dans sa pensâe, c'est entre hommes que bob roman doit être lu et entre

* hommes du XVI' siècle^

Disons encore un mot à sa décharge, car c'est son. procès que nous instruisons. Lm licences de Rabektis

^ ne tiennent pas au fond laâme du récit; on dirait

qa'elles ont été jetées dessu après coap> Le teste en est saupoudré, nms non pénétré.

h Sa gTareliire est à la lorfaM et non au fond. Ce sont plu*

santerieB de moine si l'on veut, pl&iunteries de médeeia sortoat, Jamais da Ilbertm; ion rize est cynique, *ei tableasx sost

» indécents; mai* rien n'j sent la rolnpti ni l'iamonUité.

C M, Albert Héville ajoute;

I Jamais od ne peot surprendre Rabelais en flagrant délit de

mauvaise intention. On ne trouve chez Ini ni Ja sensnalité însinnantA et perfide du Dieaméron ni la gravelure malsaine des SituveUte nouoéUe» '.

SaiDte*BeuTe est du même avis :

La débauclie de Rabelais le passait soitout dans son imagi- " nation et dans son humeur; c'était une débauche de cabinet,

f^ débauche d'un grand savant, plein de sens, et qui^s'en donniùt

I* pinme en main fc gorge déplojëe *.

r- l£n efiet si Kabelais fait rire, il ne chatouille pas

^" l'imagination. Il y a entre ses licences et celles de

*^ quelques-uns de ses imitateurs, la même différence

qu'entre les bacchanales de Rubens et les peintures

de Boucher. Les personiuiges de Bubens sont beau-

SES IHITATEUBS ET COMMEKTATEims. 15

coup moiDsvétiisqm.ceax de Booidier, mats Boncher eat Uen autrement iadécent que Bubeas. ]

Ajoutons que ces licences de Babelais n'appcSraissent pas as hasard ; elles s'entassent de préfârence aux abcurds de quelque audace qu'il veut faire pafir ser ; il la dérobe, il Tensevelit sous un débordement de verve liceaeieufie.

Ced soit dit, du reste, simplement comme circonstance atténuante. U est regrettable, il est déplorable pour nous, lecteurs du XIX" siècle, que Babelais ait gâté de cette façon un livre où il y a tant de choses profondes et tvit d'escdUent comique. Ce livre ne aa»raît être lu tout hautt Sainte-Beuve, qui pourtaidi avait un faible poux certaines œuvres clandestines, dit l«i-mâme qu'aucune femme ne peut le lire, pas méaie Ninon.

/Les moeurs ont changé. Ces licences qui protégeai^ Babelais auprès de ses contemporains sont précisémelat ce qui lui nuit auprès de la postérité. MaiSy comme nous Tavons dit, rien de plus facile que de le débarrasser de ces eseroissances, et nous espérons bien dcamer une idée comnlète de son livre sans ofEénser aucune susceptibilité. J

/L'obscurité dais laquelle Babelais a cru devoir envelopper ses idées et le moyen employé par lui pour donner te change, li4 ont suscité deux sortes d'ennemis, qui lui ont fait beaucesp de mal, dans les meillei^ res intentions du monde : tes imitateurs et tes comuftentateurs*

Les imitateurSi incapables de comprendre ce qu'il y avait d'élevé chez lui, se sont autorisés de son

16 KABELAI8 IST SON SifeCLE.

^^mple poar se jeter dans toutes sortes de folies^ et le scandale a rejailli sur Habelais^Nous en dirons quelques mots plus loin.

I Quant aux commentateurs, la plupart se sont occupés, non à éclaircir la pensée de l'auteur — elle en avait souvent besoin, — mais à la déguiser ; chacun Ta tiré de son côté, et ils ont si bien fait pour embrouiller les choses, qu'un des derniers éditeurs, M. Marty- Laveaux, a pu dire sans trop d*exagération, qoe «souvent pour éclaircir le texte, on n'a qu*i supprimer les notes.»

n est des commentateurs qui ne vment que les po* lissonneries; ils les cherchent partout, ils s'attachent à les faire ressortir et en découvrent souvent auxquelles l'auteur n'a évidemment pas songé. Pour ceuxlà Rabelais est exclusivement un gouailleur, et ils ferment les yeux sur les parties sérieuses de l'œuvre^

Puis viennent les commentateurs protestants* Ba^ bêlais, c omili a l it u a i is ■¥ 9 «r ons, tourne le dos au calvinisme. S'il attaque les vices du clergé, il ne s'en prend nulle part à la doctrine de l'église catholique. On n'a pas moins trouvé moyen d'en faire un des apôtres de la réforme.

Rabelais a pris soin lui-même de nous prémunir contre les interprétations historiques. Ou s'est obstiné néanmoins à chercher dans cette voie. On s'est appuyé surtout sur quelques paroles d'un historien contemporain. Jacques de Thou, dans ses Mémoires latins, nous dit que Rabelais «composa un écrit très «ingénieux, dans lequel il mit sur la scène, sous «des noms supposés, tous les ordres de la vie et les «présenta au peuple en moquerie»* Ces paroles indiquent assez nettement cependant qu'il s'agit d'une

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