‹ Rabelais et ses œvres (volume 3)Chapitre 24 sur 104 · PERQUISITION CHEZ LUI · texte numérisé non relu

PERQUISITION CHEZ LUI

poser, qu'à l'époque de la Réforme, Tévéque de Maillezais, eût, comme nous Talions voir, accordé une hospitalité empressée et son amitié à un débauché, scandaleux ?

L'abbé Pérau, qui a publié en 1752 une édition des Œuvres choisies de Rabelais, a placé en tête 4ine notice où l'on trouve l'anecdote suivante :

Dans une foire considérable qui se tenait un jour à Fontenayle-Comte, Rabelais eut la curiosité d'aller sur la place voir les paysans qui y dansaient au son des violons. Sa gaieté naturelle remporta jusqu'à se mêler avec eux ; on ne dit pas qu'il y dansa, mais il les engagea à boire et les y excita si biôn, et peut-être par son exemple, qu'il en enivra la plus grande partie et surtout les joueurs d'instruments. Rabelais charmé de cette prouesse, imagina d'enlever tous les instruments de musique, et il en fit une espèce de trophée qu'il alla suspendre au maître-autel de soâ couveoli. Cette équipée mit tout le monastère en rumeur.

Le fait se borrie ici à une espièglerie un peu forte, surtout si on le réduit à sa plus simple expression, comme on en a le droit. Mais d*autres biographes vont plus loin. Ils nous racontent, par exemple, qu'un jour il aurait administré aux moines des drogues qui les auraient excités à la débauche. Une autre fois, à la fête de St François, Rabelais se serait mis à la place de la statue du saint, et là il aurait fait des grimaces pour effrayer les dévotes et enfin aurait poussé l'irrévérence jusqu'à arroser les fidèles d'une eau qui n'aurait été rien moins que lustrale.

Notez que l'homme à qui l'on attribue ces fredaines avait quarante ans, selon les uns, près de trente ans, selon les autres ; c'était un prêtre respecté de tous, qui célébrait Tofficé divin, et qui allait même prêcher dans les églises, puisque, suivant un de ses bîogra-

phes, Pierre Leroy, un des griefs des moines contre lui, c'est qu'au lieu de mettre dans la caisse commune l'argent qu'il recevait de ses prédications, il s'en servait pour acheter des livres.

Ces récits sont tellement absurdes qu'on éprouve quelque répugnance à les rappeler. Ils sont trop répandus cependant pour être omis. Ajoutons que l'un des biographes les mieux informés de Rabelais, M. Paul Lacroix n'est pas très éloigné d'y croire.

A la suite de ce fait, Rabelais aurait été condamné à Vin pace^ c'est-à-dire a être enfermé pour le reste de sa vie dans une cellule, réduit au pain et à l'eau. Il aurait réussi à faire connaître sa situation à Tiraqueau, qui serait venu le délivrer et aurait même été obligé d'employer la force armée.

M. Rathery voit dans ce dernier fait une invention pure ; il est possible qu'il n'y ait qu'une exagération. ïl y avait eu tracasseries, dénonciation, perquisition, confiscation de livres. Les deux amis s'étaient enfuis; les moines furent forcés de les rappeler, de leur rendre leurs livres, mais pardonnèrentils de bon cœur? Il est permis de croire que non ; il est permis de croire qu'ils auront saisi avec empressement le premier prétexte qui se sera présenté pour iDÛiger à Rabelais une punition.

Or ce prétexte, il n'a pas dû leur être très difficile de le provoquer. Rabelais trouvait très pénible l'obligation de se rendre exactement au chœur à des heures marquées, pour chanter des psaumes qu'il connaissait trop. A défaut d'autres témoignages, nous trouverions une preuve de cette répugnance dans la haine qu'il a vouée aux cloches ; il n'en parle jamais sans colère et il saisit toutes les oc-^

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