‹ Rabelais et ses œvres (volume 3)Chapitre 25 sur 104 · IL QUITTE LE COUVENT · texte numérisé non relu

IL QUITTE LE COUVENT

casions. Il est évident qu'il leur en veut de l'avoir trop souvent dérangé dans ses travaux et arraché à ses études favorites. De là à leur désobéir, il n'y a pas loin. Dans une supplique qu'il adressa plus tard au pape, il convient que, depuis qu'il est libre, il a souvent négligé de prier aux heures canoniales. Il a dû quelquefois en être de même au couvent ; de là des réprimandes, que Rabelais n'aura pas souffertes docilement ; et peut-être une seconde des- ' cente dans la bibliothèque, cause de cette négligence à prien Rabelais se sera révolté, on aura voulu le soumettre à une rude pénitence, il aura invoqué ses amis, Tiraqueau, par exemple, qui Taura fait sortir par ordre. Il* n'y a rien là que de très possible, de très probable même. Ce qui n'est pas douteux, c'est quen s'éloignant du couvent, où il ne devait plus rentrer, Rabelais emporta contre les moines ignorants, paresseux et débauchés, une antipathie, une haine, un mépris, qu'il n'a négligé aucune occasion de faire partager aux autres.

L'évêque de Maillezais , chez lequel Rabelais s'était réfugié, s'interposa en sa faveur auprès du pape, et il obtint, la même année, un induit qui autorisait son ami à passer dans l'ordre des Bénédictins de Maillezais, le relevait de son vœu de pauvreté et l'autorisait à posséder tous les bénéfices qu'on voudrait bien lui conférer.

Rabelais ne se hâta pas d'entrer dans le couvent de Maillezais. C'était un couveut d'ordre savant à la vérité, mais il n'avait pris ce caractère

B4 BIOOBAFHIE DE BABELAIS.

que depuis peu de temps et Ifs doctes occupations

n'y étaient sans doute que très imparfaitement organisées. Rabelais d'ailleurs devait être avide de liberté; il devait avoir besoin de travailler à ses heures, et non plus aux heures de la communauté, iréchapper à la tyraanie de la cloche, d'étudier nuand il lui plairait, et ce qu'il lui plairait, en dehors d'une inqui-ition devenue insupportable. Il rencontra chez G. d'Kstissac, nombre de savants et d'érudits, et il s'y trouva si bien qu'il y resta assez longtemps.

Nous avons sur la vie qu'il menait chez l'évêque, lieux épltres , l'une de Kabeiais lui-même , l'autre de son ami Jean Bouchet, le jurisconsulte, poète infatigable et médiocre, mais excellent ami.

Quoique les contemporains se soient montrés prodigues d'éloges pour les vers de Rabelais, nous n'en citerons qu'un petit nombre, et pour cause ; ses vers nous semblent aussi faibles et prosïuques (|ue sa prose est pittoresque et vigoureuse.

Voici une partie de l'épltre de Rabehiis; pour riutelligence de cette pièce et de la suivante, il faut savoir que Jean Bouchet était avocat et qu'il avait quitté Ligugé pour s'occuper d'un procès.

Mais quast pourras bonnement délaisser

Ta tant aimée et cultivée estude,

Et différer ceste sollitilude

De liliger et de patrociuer,

Sans plus tarder et sans plus cacMner,

Apreate toy promptement, et procure

Les talloniers de ton patron Mercure,

Et flus les Tenta te metz alegre et gent.

Car Eolus ne sera négligent

De t'envoyer !e. bon et doux Zéphyre,

Pour te porter où plus on te désire,

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