IL ÉTUDIE LA BOTANIQUE
écrits, etMootaigne lui reproche, avec une certaine amertume, d'avoir gardé le silence sur les intrigues de la cour, qu'il connaissait bien, et d'avoir trop ménagé les souverains avec lesquels il s'est trouvé en contact ; il faut convenir que le reproche est mérité. Rabelais écrivit en latin, mais beaucoup plus tard, les Stratagèmes ou Ruses de guerre du sieur de Langey. L'ouvrage fut traduit en français et publié en 1542, udl an avant la mort du héros ; cette traduction, quoique indiquée d'une manière précise par ua bibliographe, est devenue introuvable. L'original latin n'a jamais été imprimé.
Quant à Jean du Bellay, le diplomate, le cardinal, Tévéque "de Paris, sur lequel nous aurons plus d'une fois à revenir, on a de lui des Poésies en latin et des Discours dans la même langue. Rabelais parait avoir revu minutieusement tous ces ouvrages et Ton prétend même avoir retrouvé plusieurs de ces poésies corrigées et recopiées de sa main.
Guillaume de Langey donna au futur auteur de Gargantua une petite maison dans le village qui se trouvait en face de son château et portait aussi le nom de Langey. Nous citons M. Paul Lacroix:
Rabelais fit reconstruire et décorer cette maison sur ses propres dessins. Cette maison, qui n'a pas entièrement changé de physionomie, rappelait sans doute à son propriétaire la métairie de la Deyinière où il ayait passé son enfance et qu'il regrettait au milieu des agitations de sa yie errante et tour* mentée. Elle ne se composait que d'un re^-de-chaussée divisé en deux chambres, dont Tune était V études l'autre la «oZZe, une vis en bois conduisait au grenier oii devait être l'observatoire astronomique de Babelais. Des fenêtres inégales éclairaient le
'•\Tf|
60 BIOa&ÂFHIE DE BABELAIS.
rez-de-chaussée, où Ton trouve encore une vaste cheminée en pierre, tout à fait semblable à celle qui est figurée dans les vieilles estampes représentant la chambre de Rabelais à la Devinière. L'observatoire avait une espèce de balcon, formé par une grande mansarde, qui s'élève jusqu'au sommet de la toiture, et qui est couronnée par des sculptures grossières en bois ou en plomb. Le faite de cette mansarde est orné de deux lamproies qui se dressent en baldaquin et se réunissent par l'extrémité de leurs queues. Rabelais avait adopté pour armes parlantes la lamproie, comme s'il était fier de montrer à tous les yeux l'enseigne du cabaret ^e son père. Enfin, au fronton de la mansarde, un médaillon en pierre, fruste et dégradé par le temps, offre l'image d'un homme barbu, qui reproduit assez naïvement les principaux traits du masque rabelaisien.
M. Paul Lacroix cite ensuite ce passage d'un manuscrit de l'abbé Bordas, rédigé en 1780 et qui se trouve à la bibliothèque publique de Cliateaudun :
François Rabelais n'est pas encore dans l'oubli à Langey. On montre, dans ce bourg, une maison, la dernière à gauche en allant à Boisgosson, que l'on dit avoir été bâtie par le cardinal ; elle porte encore son nom {U Bahelaisy^ on y donne pour sa figure un buste en pierre tendre, un peu mutilé, qui est au-dessus d'une fenêtre de cette maison et dans son couronnement.
Est-ce pendant qu'il vivait dans cette retraite, est-ce plus tard que Marot lui adressa ces jolis vers, imités de Martial ? Ils ue furent publiés par Marot qu'en 1532, mais ils sont d'une date plus aDcienne et probablement antérieurs au séjour de Rabelaiâ À Montpellier, eu 1 530 et années suivantes :
A. F. BABELAIS.
S'on nous laissoit nos jours en paix user.
Du temps présent à plaisir disposer.
Et librement vivre comme il faut vivre
VEBS i)E MAROT. 61
Palais et Coutb ne nous faudroît plus suivre, Plaids, ne procès, ne les riches maisons Avec leur gloire et enfumez blasons :
Mais sous belle ombre en chambre et galeries Nous pourmenans, livres, et railleries Dames, et bains, feroient les passetemps, Lieux et labeurs' de nos esprits contens.
Las, maintenant à nous point ne vivons, Et le bon temps périr pour nous sçavons Et s'envoler, sans remèdes quelconques; Puisqu'on le sçait, que ne vit-on bien donques.
xn.
Il y avait dans le domaine des frères du Bellay dans le Perche, un petit village, Sonday, dont les du Bellay avaient le droit de désigner le curé. Rabelais parait avoir été investi de cette fonction. Une tradition, transmise de curé en curé, veut que l'auteur de Gargantua ait autrefois desservi cette église. On prétend même retrouver son portrait sur l'un des vitraux, mais cela est peu probable. Rabelais n'était pas alors un assez grand personnage pour qu'on lui ait accordé cet honneur.
On croit que c'est à l'époque où il était à Sonday qu'il commença à exercer la médecine, non de propos délibéré, mais par la force des circonstances. Cette conjecture est très plausible. Aujourd'hui encore, quoique le nombre des médecins se soit singulièrement accru, les paysans s'adressent souvent à leur curé dans leurs maladies; le fait était nécessairement bien plus fréquent au XVr siècle. Il a dû se passer alors en France ce qui se passe encore aujourd'hui en Russie. Là, pour peu que vous ayez étudié, on vous juge expert en médecine, et si vous refusez vos secours à un malade, on attribuera votre
refus non à votre incompétence, maïs à un manque d'obligeance de votre part. Ces braves gens mettent tant d'insistance dans leur prière, ils ont une telle confiance en vous, qu'il vous est impossible de les éconduire, pour peti que vous connaissiez quelques règles d'hygiène, quelques remèdes d'usage journalier. Les médicaments que vous êtes amené à leur prescrire agissent avec d'autant plus d'énergie que ceux qui les prennent y sont moins habitués; un premier succès amène une série de prières nouvelles, que vous ne pouvez refuser d'entendre ; si bien que vous vous voyez insensiblement transformé en guérisseur, sans avoir jamais songé à étudier la médecine. Rabelais a dû se trouver dans ce cas; il avait déjà étudié ou il étudiait dans les anciens les vertus des plantes médicinales les plus usuelles, il se sera hasardé à utiliser ses connaissances, mais tout en réussissant quelquefois, il aura senti son insuffisance, et se sera rendu à Montpellier, où nous le voyons arriver en 1530, pour étudier sérieusement la médecine.
Cette partie obscure de la vie de Rabelais nous parait s'enchaîner d'une manière rigoureuse, et les six années qui s'écoulent entre sa sortie du couvent et son arrivée à Montpellier nous semblent complètement remplies ; faut-il placer en outre pendant ces six années, ainsi que M. Rathery le suppose, cette sorte de tour de France, d'université en université, que Rabelais fait faire à son Pantagruel? Nous y Toyons deux empêchements : le manque de temps et le manque d'argent. Les voyages se faisaient alors avec une lenteur assez grande et coûtaient fort cher. Oîi Rabelais, au milieu des occupations que nous lui voyons, aurait-il trouvé le temps nécessaire à un