‹ Rabelais et ses œvres (volume 3)Chapitre 31 sur 104 · BlOGJJiTfaX- DE tJLBMhàJB · texte numérisé non relu

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reste ; les événements le forent moins. Les Ânabap* tistes, assiégés dans Leyde, se rendirent et furent condamnés à de cruels supplices ; Tauteur de V Utojpie^ Thomas More, fut supplicié en Angleterre comme catholique, tandis que nombre de gens furent suppliciés en France comme luthériens. C'est cette année-là aussi que la guerre recommença au sujet du duché de Milan, que GFenève s'érigea en république, et que Calvin publia la première rédaction de son Institution chrétienne.

Il y a d'assez bonnes plaisanteries dans la Prognostification pantagruéline, mais des plaisanteries de pure joyeuseté. On n'y trouve qu'un petit nombre de ces railleries à la façon de Molière, i la fois gaies et profondes, qui font rire et réfléchir. La Pro* gnostification fut souvent réimprimée au XVI* siècle, et elle figure dans la plupart des éditions des Œuvres de l'auteur.

Au moment où Rabelais était occupé de ces publications, Jean du Bellay, le plus jeune des trois frères, passa i Lyon, se rendant à Bome. Jean du Bellay fut plus tard cardinal, évéque de Paris, archevêque de Bordeaux, etc. Il était ambassadeur du gouvernement français près Henri Vni, lorsque celui-ci manifesta l'intention de se séparer de l'Eglise ro« maine. Henri voulait épouser Anne de Boleyn et &ire casser son mariage avec Catherine d'Aragon, nièce de Charles-Quint, qu'il avait épousée une vingtaine d'années auparavant, mais qui avait été mariée précédemment à son frère, La demande était vivement appuyée par François P% qui avait obtenu

SON PEEVIBS YOTÀGK A BOlLB. 91

un avis fityorable d'un certain nombre de théolo* giens français en fayeur de ce divorce. Le cardinal du Bellay était du nombre de ceux qui avaient pris cette cause i cœur. Le pape Clément VII désirait aussi être agréable à Henri VIII, mais, outre ses scrupule» religieux, il craignait de se brouiller avec Tempereur. Les négociations traînèrent en longueur. On attendait de part et d^autre un événement politique qui pehnlt de prendre une résolution déd-^ sive, car le pape, comme souverain temporel, se trouvait placé entre deux partis également redoutables pour lui.

Les pourparlers , les intrigues duraient depuis cinq ans lorsque Jean 2 du Bellay qui se rendait à Rome comme ambassadeur de France, rencontra Ba< behds à Lyon et lui proposa de remmener avec lui.

Babelais avait toujours rôvé le voyage de Borne; il accepta avec empressement et se mit à faire des projets, qui ne devaient pas plus se réaliser que ceux du cardinal

Jean du Bellay avait cru un moment au succès, il avait même envoyé en France une liste des cardinaux qu'il croyait acquis à la cause de Henri VHI. On Pavait mal informé. Dans un consistoire réuni le 23 mars 1534, les cardinaux, i la presque unanimité — 19 contre 3 — s'étaient prononcés contre le divorce, et le pape, malgré sa partialité pour Henri VIH, n'avait pu s'empêcher de rendre une sentence qui déclarait Catherine épouse légitime de Henri et lui or* donnait de la reprendre. D'un autre côté, un parti puissant intriguait en Angleterre dans le sens d'une ' rupture avec l'église de Bome, et le 30 du même mois, avant qu'on eût avis de ce qui s'était passé

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à Rome, le pariement avait ' sanctioifflé uti biH -^ pévôcaWe en partie cependant soûs certaittes eoûditioBB — qtii attribuait au roi ks droits exercés jui^-» <ïii€ là par le pape sur le clergé d'Angleterre. Jean* dn Bellay n*arriva donc que pour se heurter à uneimposMbilité. La rupture; éteit irrâvocablement eon*^ somméei

\u^% espérances de Rabelais ne sfe ttéalisèirent* pas' davantage^ mais eltes étaienft d'un <!9aTaclôre pltid moddste. . ; .. . "

Lorsqu'on lui avait proposé» ce* voyage*, îl s-'ôtait* déjà vu visitant les hommes de toutes les* tilles' d'Italie par où il aurait à passer, .s^ent^ete^aut avec eux et les consultant âu]i:seë dm^si II- s'étai<; pro*^ miâi— ce .qflriî rentrait! dans» son att*^ d'observer' les.plantesi lesiajuimaiiXY le» poisons, -rares étf France^ et^qu'oa disait abonder en Italie. Ea^ft il voulait déârir&raspeot deSàome par ta plom^aiféi^nefltemeqiilt qujonpejtttleifaîrepar lepioceou, afin de pouvoir à: son retour la faire connaître à ses coiàpatriôtes-^ DaosiGe but^idl avait' entrait 'èim aiurtedts ktdss -et grecs tout ua farcago de' hôtes* q«^il" attiit etnpor-»; tééâ. Il ne fit rien de. ce qu^il' avait projeté. H ne put s arrêter dans les villfes. c«fninie dt- Pespéilaîf,' il in©: trouva en Italie .que deS' vég^étate déjà^ étudiés par lui et n'aperçut qu'un seul platame, près dé. Rocwyièm village: tfArieie^ .

Il est vrai qu'il lui fut permis d'étudier Ht gtunde. ville. Le' cardiial lui:, laissa tout le tenips de la penrwfurir à soa aîse ; fl! acheta même itne vigneqioi'iil donna àiEabelaie pour y Mre dea fouilles^ m. lui adjoigmaait, comme aides deux jetînes geitô, cu^ rieux comste lui d'antiqittités, Nicolas Leroy et Claude

•V.iT^l Ci ^

S0I7 PBEUIEE.VOTIGE A BOME. 98

Gbapuis ; mais au momoit oà Babelab allait proH** dre la plume, il apprit qu'an Milanais, Marliani, qui avait longtemps résidé dans la ville éternelle, faisait imptimer sur ce sujet un livre plus coat^ plet que le sien ne le pourrait être. . < C'était Lu-i oine qui veaait le délivrer» ; il garda ses notes paur lui, et de retour : à Lyon, il fit réimprimer l'ouvrage de Marliani avec additions et corrections, et le dédia au cardinal du Bellayi dans une lettre latiiiQ, d'où ^ousL avons eisctrait ce qui précède.

idnsi Eabelaia ne fit cette année^là qu'un cavrt séjeur à Rome; il s^occupa surtout d'antiquités, mais non exclusivement. Il assista à la réception solennelle du cardinal ; celui-ci prononça un discours en latin et causa dans cette langue avec tant d'élé ganoe qu'on l'appela «la fleur choisie des Gaules> {GaUiarum florem délitatum). On prétend même que pendant son séjour à Rome, Rabelais eut le temps d'apprendre Tarab^, que lui enseigna un évéque de Géramith; mais ce fait, s'il est exaot, se rapporte probablement à un autre voyage.

En âa, qualité de Iseesétaîre die- l'ambassadeur chargé de négocier les affaires du roi d'Angle^ t^re, l'auteur de QargtuntîM dut nécessairement se trouver en ri^port avec le pape, mais la plupart des propos qu'on lui prête dans ses entrevues avec le souverain pontife sont dénués de toute vraisemblance. Qu'en voyant le cardinal du Beir lay baiser lu pantoufle du pape, Rabelais ait dit à l'oreille de son voisin : «Et moi, que lui baiserai-^ je dom^ ?» on peut l'admettre à la rigueur ; il n'en

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94 BIOGBAPHIS DE BABELÀIS,

est pas de même d^une conversation quW loi fait avoir avec Clément Vn.

Un jour qu'il se trouvait avec lui seul, le pape lui aurait demandé bienveillamment ce quMl pourrait faire pour lui. :— Je prie Votre Sainteté de m'excommunier, lui aurait dit Rabelais. Et comme le pape lui témoignait son étonnement d'une pareille demande :

Saint Père, loi aurait répondu Babelais, je suis Français et d'une petite ville nommée Chinon, qu'on tient estre fort sujette au fagot ; on y a defijà bmslé quantité de gens de bien et de mes parens : or si Votre Sainteté m'avoit excommunié, je ne bruslerois jamais.

Et ma raison est que, venant ces jours' avec M. le cardinal du Bellay en cette ville, nous passâmes par les Taractaises, où les froidures estoient fort grandes. £t ayant atteint une petite case où une'povre femme habitoit, nous la priasmes de faire du feu, à quelque prix que ce fust ; pour aUumer un fagot, elle brusla toute la paille de son lit, et ne pouvant avoir de feu, elle se mit à faire des imprécations et dire : Sans doute ce fagot est excommunié de la propre gueule du Pape, puisqu'il ne peut brusler, et fusmes contraints de passer outre, sans nous chauffer. Ainsi donc, s'il plaisoit à Votre Sainteté de m'excommunier, je m'en irois sain et libre en ma. patrie {Partietdaritez de la vie de M, Françoia Bcibelais).

Cette bouffonnerie rentre tout à fait dans le genre de subtilités que le moyen ftge aimait à prêter à ses bouffons. On trouve de semblables traits dans la Vie d'Ésope par Planude, dont une traduction, antérieure à celle de La Fontaine, figure dans la Bibliothèque bleue; le Bartoldo des Italiens, le TU V espiègle des Allemands sont pleins de sem* blables réponses. Clément VU ne haïssait pas le mot pour rire, mais une plaisanterie de ce genre eût supposé une familiarité qui ne pouvait

IL BBTIENT PÈRE. 95 il

pas exista entre loi c|t Rabelais. Il est à croire d'ailleurs que, si le pape se fût mis ainsi bénévolement à sa disposition, Rabelais lui aurait demandé de r^ler sa position, passablement irré^* lière du côté de Téglise. Il avait obtenu rautorisation de quitter le couyent de Fontenay-le-Ciomte 8008 la condition expresse de se rendre au couvent de Maillezais; il s'était passé dix années depuis lors, et, non seulement Rabelais n avait pas fait une seule démarche pour se rendre au couvent indiqué, mais il avait mené une existence tout à fait opposée à celle qu'on devait attendre d'un moine cloîtré et consacré exclusivement au service de Dieu.

Rabelais reparaît à Lyon en 1534. C'est à cette époque de sa vie que la plupart des biographes placent l'anecdote qui a donné lieu au proverbe: le quart cFheure de Babdais; mais si cette anecdote a quelque fondement, elle doit se placer non pas à ce moment, où rien n'annonce que Rabelais se soit rendu à Paris, mais après le second voyage de l'auteur à Rome, époque où il séjourna quelque temps dans la capitale, pour un motif qui nous est inconnu. Nous y reviendrons.

En 1534, c'est la publication de l'édition annotée de Marliani qui l'occupera d'abord. Dans sa dédicace au cardinal, il représente Lyon comme le si^e de ses étude. Nous voyons, en effet, qu'il y travailla beaucoup^ mais il parait, d'après une révélation inattendue, qu'un autre attrait le retenait dans cette ville.

W BIOGBAPHIE DE fiÂBELÀIS.

Utt* professeur de l'Université' de . Toulcraàe, Jean de BoysBmmé , dont Rabelais parle à plus d'tiQe reprise et quUl recomnianda au cardinal du Bellay^ a laissé un reooeil de portes latines, coùseryér ma^ Bixficrit à la bibliothèque de Toulouse. Dans ces poésies, il est parlé, à pAiisteurB neprises, <lhin petit BabelaiSr mort à .deux ans, et qui d'àptèB le contiexte ne peut-être que le €1»' de' TautiBUF île €l^af** gtmtuà.

Ces pièces ont été signalées pour la ^emiëre foi par M. Bathery et c'«st à sa notice que nous f envoyons pour les détails que nous iie lui empruntons pas. . .

L'enfant s'appelait Théodule Rabelais. On trouve d'abord, dans le recueil, une pièce de vers où l'auteur — comme font en pareil cas les femmes du peuple russes -^ demande. au défont peurijuoi il quitte si brusquement oe momie et ce qu'on lui a fait:

"Cur nos tam sabito, Rabelsese, relinquis ? '

L'enfant répond que .ce n'est ïiuUement par haine de la vie qu'il abandonne ceux qui l'aiment, mais pour vivre avec le. Christ.

Vient ensuite un distique où la patrie et le père de l'enfant sont nettement déterminés :

Lvgdttnum patrîa» at pater wX lUtelissaB; utnuaque Qui nescit, n^scjt maximain oxbe duo*

[Lyon ost sa patrie, Babalais est soa p^rfi-; qui leg. i^ora ne oomiait pas deux grandes choses «n ce monde.]

Une iauti^e pièce développe la même idée:

Qnaeris quis jaceat snb hoc sepuidm»

Tarn parYO ? Theodulus îpse parms, ^tc,

IL DEVIENT PÈBE.

[Vous demandez qui repose dans ce sépulore si pçtlt ? C'est le petit Théodule, petit de corps, d'âge et de traits, mais grand par son père, ce personnage savant et versé dans tous les 4irts qni conviennent à un homme bon, pieux et honnête. Le jeune Théodule, s'il lui avait été donné de vivre, se serait approprié cette science, et, de petit qu'il était, serait devenu grand à son tour.]

Si les poésies de Jean de Boyssonné ne brillent pas par Toriginalité des pensées, elles sont très précises £ur le point qui nous occupe.

La date n'est pas indiquée, mais elle est évidemment comprise entre 1532 et 1537, époque où Rabelais quitte Lyon pour Montpellier. Bans une pièce de Ters où on le fait parler, l'enfant se représente x^omma aya^t reçu les soins et les caresses des car- ^naux romains.

Quem cemis tumulo eziguo reqoiescere, vivons ' Bomanqa habui pontifices famulos. *.

L'enfant aurait donc vécu aux époques oh Jean <du Bellay passa à Lyon, en 1533, 1534 ou 1536.

Quant à la mère de l'enfant, silence absolu sur son compte, tant dans les vers de Boyssonné que dans les autres documents, et nous ne savons jusqu'à quel point elle était digne de partager l'affection que Bat)elais éprouva certainement pour son enfant,

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