‹ Rabelais et ses œvres (volume 3)Chapitre 56 sur 104 · FÉNELON ET RABELAIS · texte numérisé non relu

FÉNELON ET RABELAIS

n'en font pas moins letrr chemin dans les esprits. Au XVIP siècle, Fénelon les répète à son royal élève :

Ce qu'on i^ppelle conquête devient le comble de la tyrannie et l'exécration du genre humain, à moins que le conquérant n'ait fait sa conquête par une guerre juste et n'ait rendu heth reux le pettple conquis en lui donnant de bonnes lois. De mèiM qu'on chef de famille ne doit jiunais s'entêter pour la grandeur de sa maison, jusqu'à vouloir troubler la pt^x et la libefté publique de touj; un peuple; de même c'est une conduite insensée, brutale, pernicieuse, que le chef d'une nation mette sa gloire à augmenter la puissance de son peuple en imablM^t le repos et la liberté des peuples voisina ... Il est infiniment plus pwnioieux de blesser la justice de peuple à peuple que de la blesser de famille à famille. La guerre est un mal qui déshonore le genre humain : si on pouvait ensevelir toutes les histoires dans un étemel oubli, il faudrait cacher à la peisH térité que des hommes ont été capables de tuer d'autres kommes. Toutes les guerres sont civiles ... Il n'est doDfi pernis de faire la guerre que malgré soi, à la dernière, extrémité, pour repousser la violence de l'ennemi.^

Ces idées, qui offensaient si fort Louis XIV, sont devenues, au siècle suivant, un lieu commun de la philosophie, et, au XIX% il n^est, entre oeus qui raisofment, personne qui ne les admette en thème. Mais ce n'est i>as un petit honneur pour Rabelah de les avoir énrises à uae époque €à eHes poavaient s^nUer paradoxales.

Revenmis à notre récit. Grandgonsier aqpipela le moine et lui demanda si c'était lui qm a^aît pris le capitaine Touquedillon. — «Sire, dit le moine, il est présent, qu'il parle lui-même. — * C'est lui qui

^ Diàloffites des morts, XVII. Socrate et Alcibiade.

276 GARGANTUA. — II. LA GUERBE

m^a pris en effet, dit le capitaine, et je me reconnais son prisonnier. — L'avez- vous mis à rançon? demanda le roi au moine. — Non, dît Jean, je ne m'occupe pas de cela. — Combien voulez - vous de sa prise? — Rien, rien, dît le moine Je n'ai pas agi par intérêt Grandgousier ordonna à Tonquedillon de compter au moine soixante- deux mille saints (monnaie d'or d'environ 12 francs). Cela fait, Grandgousier demanda à Touquedillon s'il voulait rester avec lui ou retourner vers Picrochole. — «Je ferai ce que vous me conseillerez. — Retournez.' plutôt vers votre roi et que Dieu soit avec vous.» Il le combla de présents, lui donna une escorte et un cheval et le fit reconduire à la Roche-Clennaud. Quai^t à frère Jean, dès que son prisonnier fut parti, il vint apporter à Grandgousier l'argent qu'il avait reçu. «La lutte n'est pas finie; on ne sait pas ce qui* peut arriver, l'argent est le nerf des batailles : gardez-le pour vous.» Grandgousier accepta, promettant au moine de le dédommager & la fin de la guerre.

Touquedillon, retourné auprès de Picrochole, lui conseille de faire la paix avec Grandgousier pour deux raisons : d'abord, il n'avait aucun motif d'en vouloir à ses voisins, qui ne lui avaient jamais fait que du bien, et qui avaient réparé au centuple le mal causé par eux à quelques - uns de ses sujets ; — secondement, il ne sortirait de son entreprise qu'à son grand dommage et malheur, car sa puissance n'était pas telle que Grandgousier ne pût aisément la renverser.

Hastiveau, qui était présent, se récria. Celui qui parlait ainsi s'était laissé corrompre par l'argent de

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