GARGANTUA. — II. L^ABBAYE UE THÉLÈME
moi plutôt de fonder une abbaye à mon gré. Gargantua y consentit. Il fut décidé qu'on prendrait le contrepied de ce que* Ton faisait ailleurs.
Ecoutons Gargantua et frère Jean établir leur plan. Nous rapportons le& pensées et non les paroles mêmes.
Les autres abbayes sont enceintes de murailles, dit Gargantua, la nôtre n'en aura pas.
— Où il y a mur devant et mur derrière, dit Jean, il y a force murmur, envie et querelle ; chez nous la porte doit être ouverte. Quand une femme, même honnête, entre dans un couvent de religieux, on nettoie et purifie la place où elle a passé ; je demande qu'on nettoie de même chez nous la place où aura passé un religieux ou une religieuse. — Accepté.
— Dans les couvents — reprend Gargantua — tout est réglé par heures, tout est fixé et limité. Je ne connais pas de plus grande perte de temps que de compter ainsi les heures et de se gouverner au son d'une cloche; -^ il n'y aura chez nous ni horloge, ni cadran, ni cloche.
— On ne met en religion que les femmes borgnes, bossues, laides, folles, insensées, maléficiées et tarées ; — que les hommes mal nés, niais, embarras de maison. On ne recevra chez nous que des femmes belles, bien formées et de bon naturel et que des hommes bien formés et bien doués.*
* Une femme q«i n'est ni belle, ni bonne, à quoi vaut toile? dit le. moine. - On prononçait tèîe alors, et cette prononciation s'est conservée dans certains patois . — A mettre en religion* dit Gargantua - Et à faire des chemises , dit le moine. Noos ne citons ce médiocre jeu de mots que pour constater la prononciation de l'époque.
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— Les hommes n'eutrent dans les couvents de femmes que clandestinement. Nous ferons tout le contraire. Nous n'admettrons pas les hommes et les femmes séparément ; là où il y aura des hommes, il y aura aussi des femmes.
— Quand on est entré dats un couvent d'hommes ou de femmes , on est astreint , après un an d'épreuve, à rester là toute la vie sans pouvoir en sortir ; chez nous les hommes et les femmes quitteront Tabbaye quand il leur plaira.
— Dans les couvents on fait trois serments : les serments de chasteté, de pauvreté et d'obéissance ; chez nous on pourra se marier, être riche et indépendant. Pour bien indiquer ce caractère, notre ab- "baye s'appellera Thélème, Tabbaye de la volonté (en grec QéXvjtxa).
— Les dames auront la moitié du vaste édifice que nous allons construire, l'autre sera réservée aux hommes.
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Supposons maintenant le rêve déjà réalisé.
Babelais nous décrit en détail les bâtiments de cette abbaye modèle, et cela avec tant de précision qu'on a pu tracer avec la plus grande facilité le plan de tout l'édifice. Charles Lenormant, Fantiquaire, le fondateur du Correspondant^ a publié en 1840 une brochure, avec un plan de l'abbaye de Thélème et une vue de l'édifice à vol d'oiseau.* M. Cé.^ar Daly a exposé et complété cet écrit dans une série d'articles de sa Revue de V architecture et des
^ Charles Lenormant Babelais et Varchitecture de la Eenaissance. Restitution de Vahbaye de Thélenie, 1840, in 8°.
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