LIVRE II. PANTAGRUEL. — I. SA JEUNESSE
mot souB forme d'tt; que: «haut, mieax^ faux» remplaçaient hait, mids, faix, et que. dans la formation des mots, l après a et même après e, se changeait ordinairement en u dans la syllabe accentuée : vaiôir^ il vaut On se laissa aussi tromper par de fausses étymologies ; on crut par exemple que < savoir > venait de sdre et l'on écririt < scavoir » , tandis qu'il vient de sapere, où il n'y a pas de c, etc., etc.
Rabelais, malgré la protestation que Ton va lire, donna aussi largement dans le travers de cette orthographe pédantesque et dans ce langage pseudoromain, il se laissa gagner à l'exemple ; Torthogra* phe de ses premières éditions est beaucoup plus simple et plus rationnelle que celle des dernières. Quant aux mots qu'il emprunte au latin , pour son usage I>ersonnel, ils sont nombreux, mais ils sont puisés aux bonnes sources latines, chez Cicéron ou Virgile, et non dans le latin du moyen âge. Ces mots d'ailleurs sont faciles àcomprendre, tandis que le langage qu'il prête à son écolier limousin a presque toujours besoin d'être retraduit en latin poiur devenir intelligible en français.
Le dialogue que nous allons reproduire a été l'objet d'une discussion d'un autre genre. Dans un livre publié en 1529 et intitulé: le Champfleuay, par Geofifroy Tory, on trouve textuellement la plus longue des phrases que va débiter l'écolier limousin. Ce Tory était un amateur d'imprimerie et son livre avait pour but principal d'exhiber de nouveaux caractères qu'il avait fait fondre et de proposer quel-
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qges modiQcations (u-Uiographiques basées sur la comparaison des alphabets latin et grec avec l'alphabet fraot^S- C'est lui, par exemple, qui employa le premier l'accent aigu et la cédille. Comment une même phrase, assez lopgue, du reste,et caractéristique, se trouve-t-elle dans les deux livres î
On s'est demandé s'il n'aurait pas existé une édition de Paniagrml antérieure à 1529, où Tory aurait trouvé la citation. Mais d'abord Tory ne cite pas , bien qu'sucune coanidération d'amour propre n'ait pu l'empêchra de le faire, son livre ayant un tout autre but que la critique du français latinisé. B'iinautre cdté, Rabelais n'arrive àUontpellier qu'en, 1530, où il étudie, exeroe et professe ta médecine et nous ne le voyons songer à se faire ipiprimer que pour fournir un texte authentique d'ouvrages de médecine, dans lesquels, dit-il, une virgule déplacée, UQ aoceat mal mis peuvent coûter la vie à de milliers de {tersonnes; il est donc inadmissible qu'il ait pu faire in^rimer PemCagruel avant d'aller à Montpellier. Tout porte à croire que, trouvant cette phrase dans le Champfieuri/, il se sera dit, comme Molière à propos des scènes du Fédant joué, de Cyrano de Bergerac : Je prends mon bien où je le trouve — et cela est d*autant plus supposable que , dans le livre de Tory, cette phrase n'a pas une importance capitale, qu'elle n'arrive là qu'en passant, comme exemple , sans lien avec ce qui précède et ce qui suit ; que d'ailleurs il était difficile, d'après la manière dont Rabelais l'amène, de la donner comme une citation. Peut-être aussi, car Tory ne paraît pas réclamer l'honneur de l'invention, était-ce, comme le suggère un commentateur, une pUisaoterie coarante
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parmi les étudiants de TUniversité, que Rabelais se sera plaisamment appropriée.
Revenons à notre récit.
< Je viens, avait répondu l'étudiant à la question de Pantagruel, de Talme, inclyte et célèbre académie que Ton vocite Lutèce.>
Pantagruel ouvrit de grands yeux, ne comprenant rien à ce langage. L'un de ceux qui Taccompagaaient lui expliqua que la douce, glorieuse et célèbre Lu* tèce n'était autre chose que Paris.
— € Et à quoi passez-vous le temps, vous autres messieurs étudiants au dit Paris? — Nous transfrétons la Séquane au dilieule et au crépuscule, nous déambulons par les compites et quadrivies de l'urbe, nous despumons la verbocination latiale, et comme verisimiles amorabonds, captons la béhévolence de Tomnijuge, omniforme et omnigène sexe féminin. »
Ce langage a grand besoin d'une traduction. La voici :
Nous passons la Seine le matin et le sdir; nous nons promenons par les places et les carrefours de la ville nons crachons du latin, et, comme véritables amoareuK, nous oaptoDs la bienveillance du sexe féminin detoatjong, de toute forme, de tout genre.
L'écolier continue:
« Puis cauponisons es tabernes méritoires de la Pomme de pin, du Oastel, de la Magdeleine et de la Mulle. »
Nons nous régalons dans les tavernes, on cabarets de' etc.
Le premier de ces cabarets, célèbre du temps de Villon, l'était encore à l'époque de Boileaiu.
Li tebbocInatios latuxe. 321
<Nou3 oaaponîsone bellee spatules vervécines, [autrement dît des épaules, des éclancbes de mouton] perfonuninées de pétrosil [poindUées de persil]. Et si par fortune, il y a rarité ou pénurie de pécnne [argent] en nos maisupies [bonrses] et soient eihaastes [épuisées] dn métal ferm^né, pour l'écot nous dimittons nos codices et vestes oppignérées [nous laissons nos cahiers et vêtements en gage], preetolans les tabellaires à venir des payâtes et lares patriotiques [en attendant l'arrivée de messagers venus de nos pénates et lares paternels, etc.] >
— Quel langage est-ce ci? s'écrie Pant^ruel. Far Dieu, tu es quelque hérétique».
Il 6at à noter qne dans tous les pays celui qui parle une langue inconnue est réputé mécréant ou hérétique. Four les Busses, les païens sont les baragouineurs, les babillards (asu^ecaie) dans une langue qu'on n'entend pas.
L'écolier prouve eériensement qu'il n'est pas hérétique, toujours dans son baragouin latino-français. Dès le point du jour, il ae rend à une église et fait dévoteœeiit ses prières. * Je révère les Olympicoles, ajoute-t-il en appliquant au Dieu des chrétiens, les appellations ptdennes, comme c'était la mode alors en Italie et dans l'entoorage même de Léon X. < Je vénère latrialement le supeniel asbipotens [J'adore le Dieu qui gouverne les astres]. < J« dilige et redame mes proximes [J'aime et chéris num prochain]. Je serve [j'observe] les prescrits décalogiques et, selon la facultatule de mes vires [et selon la petite &culté de mes forces], n'en discède le late onguiculé [je ne m'en écarte pas de la valeur d'un ongle]. Il est vrai,