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Panurge, nous dit Rabelais, était de statara iBoyenoe, ni trop grsnd.ni trop petit ; il avait leraez un peu aquifai, faitià manche d» rasoir; «fnaad i\ fe présebta devant Pantagrael, il avait eoviDOn.trenta' diiqaBs;fin, c'ast-à-dîr« propre, à 6tre doré osmn*
868 LIVRE II. PANTiLORUEL. — II. PAHUBGE.
peut rétre use bagne de plomb, bien galant homme de sa personne, sinon qu'il aimait un peu trop les femipes et qu'il était sujet de nature à une miûadie qu'on appelait en ce temps-là :
Fante d'argoit, c'est douleur sans pareille.
[Ce vers est le refrain de deux chansons, populaires à cette époque.] Toutefois il avait soixante-trois manières de trouver de Targent à son besoin, dont la plus honorable et la plus commune était par façon de larcin furtivement fait; malfaisant, pipeur, buveur, batteur de pavés, ribleur, s'il en était à Paris,
Au demeurant le meilleur fils du mopde.
Ce dernier vers appartient à Clément Marot et termine, dans une épltre adressée par lui à François P', le portrait du domestique qui lui a volé son cheval et sa bourse :
Gourmand, ivrogne et assuré menteur, • Pipeur, larron, jureur, blasphématour, Sentant la liart de cent pas à la ronde ; Au demeurant le meilleur fils du monde.
On remarquera que le talet et Panurge avaimit plusieurs traits de ressemblance. Toutes les éjÂthètes conviennent à Panurge, à Ja hart près, qu'il ne se laissera pas mettre.
Il a fait tous les métiers ; nous savons qu!il a été "étudiant; les détails anatomiques dans lesquels il se plaît à entrer nous prouvent qu'il a appris la médecine ; nous l'avons vu prendre part à l'expédition de Métélin, — comme médecin peut-être, car la bravoure du soldat n'est guère son fait, nous le verrons à l'occasion ; — il noua apprend de phis qu'il a été escamoteur, charlatan de foire, qu'il a vendu de la
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thériaque, remède universel contre toutes les malar dies, et de l'orvîéL&n, dont la principale propriété eBt indiquée par l'étymelogie popuiaire : Or viens t'en.
L'or était venu plus d'une tm probabletnent dans cette vie aventureuse, mais il s'en était retourné pins vite encore. La présence de l'or étaot une exception, on ftiisait une orgie le jour où l'on en avait, et le leudemain il fallait ee mettre en quôte pour s'en procurer d'autre. Sa première entrevue avec Pantagruel nous lemontre ce qu'il sera toujours; il a l'air distingué, mais ses habits sont en loques, il a beaucoup d'esprit et parle quatorze langues — en coiuptant celles qui ne sont entendues que de lui — mais il meurt de fium.
Malgré ses trente-cinq ans et l'expérience que ses aventures auraient dû loi donner, il avait consorvé l'instinct du gamin. U en voulait au guet, par exemple, et aux agents de police, non pas que le guet l'eût jamais dérangé à ce qu'il paraît, maie par pur instinct d'opposition contre la règle et par jovialité. — Quelquefois, — c'est Rabelais qui parle, — nous traduisons un peu cependant,
Il assemblait tnris on quatre bons mstres, les faisait boire comme templiers bot le soir, pois il les menait aodetaoQS dfi Ste-Qéoeviève oa. dn collège de Navarre [la montagne do Panthéon], — et il écoutait l'approche du gnet. A cet effet il posait son épée sur le pavé et se matlait l'oreille auprès ; lorsqu'il s'apercevf^ que son épée bougeait, c'était le signe infaillible que la gnet n'était pas icâa.
Fanurge et ses compagnons s'emparaient alors d'un tombereau, le mettaient eu mouvement, et le lan-
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çaîent de toute leur force sur la pente; les gens du guet, surpris par cette avalanche inattendue, étaient renversés, écrasés parfois, à la grande joie de Panurge et de sa troupe, qui se sauvaient d^un autre côté, car en quelques jours Panurge en était arrivé à connaître son Paris comme son Detis det, c'est-à-dire sa prière après le repas. — Une autre fois, s'il savait que le guet devait passer quelque part, il y faisait une traînée de poudre à canon, et quand les gens de la police paraissaient, il mettait le feu à la poudre, et s'amusait à voir fuir les sergents persuadés que le feu de St-Ântoine les avait pris aux jambes.
Les tours joués aux agents de la police ont été longtemps les amusements favoris des joyeux vauriens. Dans les romans, les comédies, les mémoires non-seulement du XVI®, mais dans ceux du XVlI® et du XVIir siècle, nous voyons à chaque instant les jeunes seigneurs se réuilir pour rosser le guet. C'était nommément le passe*temps préféré des gentilshommes de Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII. Quant à lancer des charrettes dans les jambes aux représentants de l'autorité, la plaisanterie est encore de mise, si nous en croyons Victor Hugo, qui connaît si bien le côté extérieur des mœurs populaires de Paris. Dans lea Misérables, Gavroche rencontre une charr^te sur laquelle dort un Auvergnat ivre ; il enlève l'Auvergnat qu*il dépose à terre, et, après lui avoir donné un reçu de sa charrette au nom de la république, il s'empare du véhicule, qu'il veut ajouter à une barricade : c'était un jour d'émeute. — L'ordre public était représenté dans le quartier qu'il parcourait par des gardes nationaux de la banlieue de Paris, peu aguerjris et faciles à effrayer. Gavroche, du reste, ne pre-^
PAKDBGE ET
nait aucune précaution, et se délectait au bruit de la charrette, qu'il faisait voler sur le pavé.
Ce roulement forcené décida le sergent qui commandait le poste à faire une reconnaissance. Il sortit
ToBtà coup GsTroche, poussant sa charrette, an moment où ii allait déboucher de !a rue des Vieillea-UaudrietteB, se troure face à face avec un uniforme, nn shako, un plumet et un fusil.
Four la seconde fois, il s'arrËtn net.
- Tiens, dit-il, c'est lui. Bonjour, l'ordre publie.
Les étonnements de Gavroche étaient courts et dégelaient vite,
- Oil vas-tu, voyou ? cria le sergent.
- Citoyen, dit Gavroche, je ne vous ai pas encore appelé bourgeois. Pourquoi m'insultez- vous ?,
- Où vas-tu, drâleî
- Monsieur, reprit Gavroche, vous étiez peut-être hier un homme d'esprit, mais vous avez été destitué ce matin.
- Je te demande où tu vas, gredin ?
Gavroche répondit.
- Vous parlez gentiment. Vrai, on ne vous donnerait par votre âge. Tous devriez vendre tons vas cheveux cent francs la
. pièce.Cela vous ferait cinq cents francs.
- Où vas-tu ? où vas-tn ? où vas-tn, bandit? Gavroche repartit :
-- Toilà de vilains mots. La première fois qu'on vous donnera i, téter, il faudra qu'on voua essuie mieux la bouche. Le sergent croisa la baïonnette.
- Me diras-tu oil tu vas, à la fin, misérable !
- Mon général, dit Gavroche, je vas chercher le médedn pour TDOn épouse qui est en couches.
- Aux armes I cria le sergent.
Se sauver par ce qui vous a perdu, c'est là le chef-d'œuvre des hommes forts j Gavroche mesura d'un coup d'oeil tonte la situation. C'était la charrette qui l'avait compromis, c'était à la charrette de le protéger.
Au momeat où le sèment allait fondre anr Qavroche, la charrette, devenue projectile et lancée à tour de bras, roulait sur lui avec furie, et le sergent atteint en plein ventre, tombait à la renverse dans le ruisseau pendant que son fusil partait en l'air. 24»