‹ Rabelais et ses œvres (volume 3)Chapitre 85 sur 104 · LIVRE II. PANTAGRUEL. — II. PANURGE · texte numérisé non relu

LIVRE II. PANTAGRUEL. — II. PANURGE

jouste l'autre, comme semblant dévotement Dieu prier. Fâ- I nnrge soudain leva en l'air la main dextre, puis d'icelle mit le poulce dedans la narine d'iceluy costé , tenant les quatre doigts estenduz et serrés par leur ordre en ligne parallèle a la pinne (cartilage séparateur) du nez, fermant l'œil gauche entièrement, et guignant du dextre avec profonde dépression de la sourcille et paulpiere. Puis la gauche leva haut, avec fort serrement et extension des quatre doigts et élévation du poulce , et la tenoit en ligne directement correspondante à l'assiette de la dextre, avec distance entre les deux d'une coudée et demie. Cela fait, en pareille forme baissa contre terre l'une et l'autre main ; finalement les tînt on milieu, comme visant droit au nez de l'Anglois.

Et si Mercure. ... dit l'Anglais. Panurge l'interrompt en disant : «Vous avez parlé. > La conversation par signes se continue pendant assez longtemps. Les signes sont très clairement expliqués et Rabelais a fait un tour de force dans ces quelques pages. Y a-t-il renfermé un sens ? Cela est peu probable. Les deux adversaires ne s'en animent pas moins ; Thaumaste en sue d'ahan. Le dernier geste fut fait par Panurge.

Il mit les deux maistres doigts à chacuQ costé de sa bouche, le retirant tant qu'il pouvoit et montrant toutes les dents : et des deux pouces rabattoit les paupières des yeux bien profondément, et faisant une assez laide grimace, selon que sembloit es assistants.

Thaumaste ne trouva rien à répondre, et ôtant son bonnet, il s'écria, comme dans l'Evangile :« Celuici est plus que Salomon!> C'est toute une encyclopédie que Panurge a déroulée devant lui. Il s'avoua donc battu sur tous les points, et se promit bien, une fois arrivé en Angleterre , de faire un livre dans lequel il relaterait toute cette dis6ussion. Son admiration pour Pantagruel s'en accrut, du

DISPUTE PAR 3I0HB8. 383

Teste- Si le disciple a parlé ainsi, qu'aarait-on eotenda si le maître s'eo était mêlé ?

Thaumaste a-t-il publié son livre ? Rabelais déclare qu'il n'en sait rien.

Le Moyen de parvenir (édit. P. Lacroix p. 361) contient le récit d'un fait de ce genre, qui aurait eu lieu à Genève. Le récit nous semble une réduction de celui de Rabelais.

La dispute en est auaai bonne que celle d'un savant qui Tint à Qenève, lorsque Jysqael faisoit eee études. Cettui-ci dit Qu'il TOnloit disputer; mais qu'il ne parloit qu'en signes. Il n'y eut personne qui voulût y entendre, d'antaot qu'en ce paya-là (c'est à (îenève) ils n'ont Kuère de signes ; ils veulent tont à droit. A la fin il ; ent un menuisier, qui étoit de Montargia, parent du démoniaque, et d'un matb« d'h&tel de madame la duchesse de Ferrare , et réfugié à Genève . . Ce mennisier dît qu'il disputerait avec ce savant, selon les accords. On les met sur un échafaud devant le monde. Ce savant se présentant résolument devant ce menuisier, auquel ou avoit baillé une robe ministrale et un bonnet consislorial, et levant le brss, haussa la main, fermant le poii^, en lui montrant un doigt: le menuisier lui en moDira deux. Le savant en présenta trois, à savoir le pouce et les deux doigts : le menuisier lui montra un poing clos. En après, le savant luimontra une pomme: le mmuisier, cheicbant en sa pochette, trouva un petit morceau de pain, et le lui montra. Alloue le savant, tout ravi en admiration, se retira ; puis dit qu'il avoit là trouvé le plus docte homme du monde ; et, tant ijue ce bruit a dnré, l'école de Genève a été en réputation. Depuis on prit à part le menuisier. Il nous dit : •Voire, c'est un homme fini II m'a menacé de ne pocher nu œil; et je lui ftit fait signe que je Ini en pocherois deux. Puis, il m'a menacé de m'arracher les deux yeux, et m'enlever le nez , et je loi ai montré le poing, avec quoi je l'assommeroie. Et comme il m'a vu en colère, il m'a présenté une pomme, pour m'a-

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