LIVRE II. PANTAOBCTEL. — H. PANURGE
paiser comme an enfant ; je lui ait faH voûr que je n'aToia que faire de lui, et qne j'avois du pain qui valolt mieux.
Rabelais pourrait bien s'être inspiré d'une historiette racontée par Âccurse dans sa grande Glose du code de Jastinien. {Glose sur la loi 2, Dig.^ de origine juris,)
Les Eomains ayant prié les AtMniens de vauloir bien leur communiquer les lois que Selon leur avoit prescrites autrefois, l'aréopage s^assembla ; et après une mûre délibération, il fut résolu d'envoyer à Rome un des sages de la Grèce, pour savoir si les Romains étoient dignes, jMc leur sagesse, d'avoir ces lois; avec Perdre, s'ils ne l'étoient pas, de rapporter les lois sans les commuaiquer. Cette résolntien ne jmi être si secrète que le sénait ronaia n'en fût averti. £1 se trouva f«rt embarrassé, parce qu'alors Rome étoit dépourvue de plrilosoplies assez habiles et assez savaos p€^r lutter contre un sage de la Grèce. Il fut donc (lueation d'imaginer quelque expédient pour se threr avee b^oieur de ce pas difficile. Le sénai n'eft^ trouva pas de meilleur, que éPoixpMer un fou an pMlii^ sophe grec, aân que, si le hazard vouloit que le îva prévalût, la gloire de Re^me en fût d'autant pl«fi grande, qu'un feu dé Rome auroit eonftmdci un sage de ht Grèce ; et si ce dernier trîomplimli ,. qu'Athènes ne pfti tirer «iiemi avantage d'srroir f^rmé la bouche à un fou. L'ambassadeur^ athénien éttait ar^ rivé à Rome, on le conduisit au Capitole, où Fon avoit placé, dafts un appartement richement meublé, on fou dans un fsoteuil^ habillé^ en sénateur, et auquel on avoit expressément 'défendu de parler. L'Athénien avoit été préTenu que «e sénateur était très-savant , mais qu^il parloit fort peu , d<e sorte que cet Athénien, en entrant, sans lui dire autre chose, haussa un de ses doigte. Le fou croyant que c'étoit une m^enace de lui crever un œii, et se souvenant qu'il lui avait été défendu de parter, haussa trois des siens, voulant signifier par là, que si le Grec vouloit lui crever un œil, lui, à son tour, \m en crevereit deux, et du troisième doigt, Vétrangieroit. Le philosophe' qui. en élevant son doigt, avoit wulu. entendra qu'il n'y a qu'Un premier Être qui gouverne toutes choses, crut que les trois doigts du fou marquoient qu'en Dieu, le passé, le présent et l'avenir sont la même chosoj» et jugea par
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là <}a'en effet c«t homme étoit fort savant. Il oanit atsniie la maio, .et la montruit au foa, il Tonlnt exprimer que rJea n'est caché k Dien ; mais le foa pienant ce signe pour la menace d'un soufflet qu'on TOuIoit lui appUqner, présenta sa main fermée au philosophe, voulant lui faire entendre que pour ou soufBet, il Ini danneroit un coup de poinK. Le Grec, au contraire, déjà prévenu en faveur du fou, se figuia qu'il Tonloit dire par ce geste, que Dieu tient l'Univers dans sa main ; etjngeaat par là de la profonde sagesse des Romains, il leur accorda les lois de Solon.
Cette rédactioa est celle du JHdionnaire historique d'Éducation, article Silence.
Cette historiette a passé de là, en ee transformant encore, dans les livres d'anecdotes. Les deux personnages en présence sont un savant et un niais, qui est borgne- Le savant 1ère un doigt, le borgne eo lève deux; le savant lui répand en lui montrant les trois doigts- Le niais toi montre son poing fermé- Le savant est enchanté. Je lui ai montré un doigt pour signifier qu'il n'y a qu'un Dieu , il m'a montré deux doigts pour signifier qu'il y a le Père et le Fils, J'ai lavé trois doigts pour dire qu'il y a aussi le saint Esprit. Il m'a alors montré le poing pour me dire que les' trois ne font qu'un. Cet homme est vraiment très inibile.
Le borgne était moins content. Il m'a montré un doigt pour me reprocher de n'avoir qu'un œil- J'étais choqué, mais j'ai voulu être poli. Je lui ai fait signe ^'il Ml avait deux. Il m'a répondu par un geste que nous n'en avions que trois à nous deux. Je me suis fâché alors et je lui ai montré le poing. Cela aurait fini mal, s'il ne s'en était allé.
Cette discussion par lignes a fort occupé les comiDMtateurs- Les discussions publiques étaient si
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communes alors qu'on a trouvé facilement des noms i i^ettre à la place de ceux que Kabelais nous fourcit. Il est possible qu'il y ait dans ces pages une part d'anecdote et d'allusion ; mais il faut y voir surtout une critique générale, celle de ces discussions où les adversaires, après avoir longtemps disputé sur des points inintelligibles, se séparent, satisfaits ou mécontents suivant leur humeur, mais la plupart du temps sans s'être entendus, faute d'avoir défini nettement le débat et fixé soigneusement le sens qu'on prétendait donner aux mots qu'on se proposait d'employer.
Ajoutons que, subsidiairement, Rabelais a trouvé piquant de jongler avec les mots et de leur faire exprimer avec une netteté minutieuse des gestes et des mouvements compliqués. Cette préoccupation de la difficulté vaincue et heureusement vaincue, est fréquemment visible chez lui.
Panurge, encouragé par son succès, veut aller dans le monde, et s'éprend d'une belle dame de Paris. Il lui déclare ses sentiments d'une façon passablement brutale ; la dame lui défend de se représenter devant elle, il n'en tient compte, il la suit à l'église et lui enlève même son chapelet, sans qu'elle y fasse une vive opposition. Il va chez elle, il lui offre de l'argent, des présents de grande valeur, et cherche à l'embrasser. La dame veut appeler au secours. Il s'éloigne alors en lui disant qu'il lui a fait trop d'honneur.
H est évident que Panurge, dans tout cet épisode, n'a qu'un but, se faire repousser par la dame, afin
LES AHODBS DE PAKCSQK. S'^?
d'avoir un prétexte de se venger d'elle. Toutes ^es paroles respirent cette haineuae envie que les déclassés comme lui éprouvent souveat pour ceux nue le hasard de la fortune a mis au-dessus d'eux et auxquels ils se sentent supérieurs par reaprit.~\ ous De vouiez pas de moi, dit-il à la dame, eh bien, je mettrai tous les chiens à vos trousses 1 II tue une chienne, la coupe par petits morceaux, puis il va trouver la dame à l'église. C'était le jour di; la procession du saint Sacrement. Il lui remet de^ vers et, pendant qu'elle a la bonté de les regarder , il sème sur elle les morceaux de la chair de la chleuue. Quand on sort de l'élise, les chiens attirés par l'odeur , accourent de tous cfités après la dame et salissent sa robe. Elle s'enAiit chez elle, en toute h&te, mais les chiens la suivent et se vengent aur sa porte de ne pouvoir plus salir ses vêtements.
xvn.
Le second livre se termine comme le premier par une guerre, mais les détails en sont moins heureux.
Pantagruel vivait joyeusement à Paris lorsi^u'il apprit que son père avait été transporté par la fée Morgue au pays des fées, et qu'à la nouvelle de son absence , les Dipsodes avaient pénétré dans le pays d'Utopie et assiégé la grande ville des Amaurotes, autrement dit, en traduisant les mots, que les Altérés avaient assiégé la ville de l'Obscorité. Pantagruel part sans retard et se dirige sur Rouen.
n s'aperçoit en chemin que les lieues, assez courtes aux environs de Paris, deviennent de plus en pLuB longues à mesure qu'on s'en éloigne. Il se