‹ Rabelais et ses œvres (volume 3)Chapitre 89 sur 104 · Sdgnear Diea qui aa toujours éAé mon protecteur et · texte numérisé non relu

Sdgnear Diea qui aa toujours éAé mon protecteur et

%, . mon servâteur, tu vois la détresse où je me trouve. Rien

?' ne m'amène ici que le besoin de garder et de défendre moi

et les miens. C'est un soin dont tu as chargé les humains, te réservant ce qm regarde la foi ; car là^ tu ne veux nul 4$oadjuteur, sinon de confession cathodique et prédication de ta parole. Dans ce domaine tu nous as défendu toutes * armes et défenses, car tu es le Tout-Puissant, et, dans ta propre cause, tu n*as pas besoin de notre défense.... Donc, s'il te plaist à cette heure m'estre en aide, comme en toi seul est ma totale confiance et espoir» je te fais vœu, que par toutes contrées, tant du pays d'Utopie ou d'ailleurs, oti j'auray puissance et autorité, je feray prescher ton saint ^ ' évangile purement, simplement et entièrement ; si que les

yl, abus d'an tas de papelars et faulx prophètes, qui ont, par

{:: constitutions humaines et inventions dépravées^ euvenimë

> tout le monde, seront d'entour de moy exterminés. >

^ Cette prière a été fort commentée par ceux qui

^ » cherchent à tirer Rabelais, soit du côté des protes-

X tants, soit du côté des catiioliques. Pantagruel, à la

]^ fin de sa phrase, emploie la phraséologie calviniste,

mais au commencement il se dédare catholiiiue. Ce que Ton y peut voir de plus clair, c'est une prrtests^on contre l'emploi de la force et de la contrainte en matière religieuse : «Dieu n'a pas besoin d'être défendu par les hommes, il se défendra bien tout seuL >

Alors une voix fut entendue du ciel, rappelant la prédiction faite à Constantin: <J?oc foc tt vin^^* Fais ainsi, et tu auras victoire.»

Lonpgarou s'avança vers Pantagruel, la gueule ouverte ; celui-ci, qui avait une provision de sel à sa ceinture, lui en jeta une telle quantité qu'il Ini en emplit la gorge, le gosier, le nez et les yeux« Loupgarou, un peu étourdi, lui lança un coup de massue. Pantagruel l'esquiva, mais « la barque » «où il tenait

EPrSTÉMON MORT ET RESSUSCITÉ.

sa provision de sel, fut rompue en 4,086 morceaia et le sel tomba à terre. Le combat dura fort longtemps:; à la fin, Pantagruel donne à son adversaire un grund coup de pied dans le ventre ; le géant roule sur le dos «à jambes rébindidnes» et les autres géante étant accourus alors pour aider le vaincu, Pantagruel le prit par les pieds et s'en servit comme d'une arme; tous les géants furent renversés et tués; il lança alors le corps du géant dans la ville. Ce corps, en tombant sur la place, tua un « dÈiat brûlé, une chatte mouillée, une canepetière et un oison brider» Mais Pantagruel subit aussi quelques pertes de son côté. Son âdële Epistémon entre autres eut la coupe têtée, je veux dire la tête coupée dans la bagarre.

Pantagruiel se désespérait et son entourage aussi : « Ne pleurez point, dit Panurge, Epistémon est encore chaud, je promets de le guérir. » Il fit mettre le corps et Ja tôte sur une table, lava très bien le cou de vin blanc, il oignît les deux objets de je ne sais quel onguent, puis ajusta soigneusement les parties les unes contre les autres, veine contre veine, nerf cofftre nerf, vertèbre contre vertèbre, afin qu'il ne fût pas torticolis; il ne pouvait souffrir ces sortes de gens [trait contre les moines: les cordeliers affectaient de pendier la tête] ; il y fit quinze ou seize points d'aiguille pour que rien ne se dérangeât, et mit à Tentour un peu d'onguent res^uscitatif.

Aussitôt Epistémon se mit à respirer, à ouvrir les y«ux, à bâiller, à étemuer, à émettre d'autres bruits eqcore. < Le*voîlà guéri, » dit Panurge, et il lui

898 II, PANTAGRUEL. — III. NOUVELLES DBL'AUTBE MONDÏ.

donna à boire un grand verre de vin blanc avec une rôtie sucrée.

Epistémon fut ainsi rappelé à la vie, mais il demeura enroué plus de trois semaines et il lui resta de son aventure une toux sèche dont il ne pouvait guérir qu'à force de boire.

C'est ici que se place une des folies l'es plus hardies de Babelais, le rédt de ce qu'Epistémon vit dans l'autre monde.

Le sujet n'était pas nouveau. Les poètes anciens font à chaque instant voyager leurs personnages dans l'enfer ou les enfers. Non seulement Ulysse et Enée y descendent, emmenant le lecteur avec eux, mais Virgile trouve moyen d'y faire descendre son moucheron (OwZea?, v. 200-380).

Ce sont là des voyages poétiques, mais il existe, en dehors de ces lieux communs de la poésie, des récits de personnages qui, après avoir été déclarés morts, sont revenus à la vie, comme Epistémon, et ont raconté ce qu'ils ont vu dans l'autre monde pendant que leur âme était momentanément séparée de leur corps.

Il y a dans l'antiquité deux relations de ce genre que Rabelais a certainement connues, celle de Her l'Arménien et celle de Tbespésius.

L'histoire de Her l'Arménien se trouve dans la "RéfgiMique de Platon, livre X. Her, comme Epistémon, avait été tué dans une bataille. Quand on enleva les morts, dix jours après, la plupart des cadavres étaient putréfiés, mais le sien était parfaitement conservé ; on le porta chez lui, et le douzième jour.

TOYAOES DANS L iOTRE UOHDB. 899

quand on voulut le mettre sur le bûcher, il ressuscita, et raconta ce qui lui était arrivé. Son âme, séparée de son corps, avait été emportée en nombreuse compagnie dans vn lieu où le ciel et la terre étaient percés de deux ouvertures. Des jugea siégeaient au milieu et prononçaient sur le sort des imes- Ils attachaient sa écrîteau par devant aux justes et les envoyaient à droite, dans le ciel ; ils attachaient un écriteau sur le dos des méchants et les envoyaient à gaoche, où se trouvait une ouverture dans la terre. Quand ce fut le tour de Her, les juges décidèrent qu'il devait retourner sur la terre pour rapporter aux hommes tout ce qu'il avait vu et ce qu'il allait voir. Il regarda autour de lui. Les âmes montaient et descendaient sans cesse par les deux ouvertures qu'il avait remarquées d'abord , les bons sans tache, les méchants souillés de fange. Plus loin s'étendait une prairie où les &mes s'arrêtaient et semblaient se reposer d'un long voyage. Celles qui sortaient de l'abîme racontaient les tourments de leur exil, qui n'avait pas duré moins de mille ans. Celles qui venaient du ciel racontaient les délices qu'elle avaient goûtées. Le bien et le mal qu'elles avaient imt leur avait été rendu au décuple.

Ces âmes avaient alors la permission de retourner sur la terre et on leur laissait le choix 4ie la condition dans laquelle elles devaient renaître. Celles qui venaient du ciel se trompaient plus souvent dans ce choix que celles qui venaient des lieux souterrains, iparce qu'elles avaient moins d'expérience et qu'elles ne s'étaient pas instruites à l'école du malheur.

400 II.PANTAGEUEL. —III. NOUVELLES DE l'AUTEE MONDE.

L'histoire de Thespésius nous a été racontée par Plutarque dans son Traité sur les délais de la justice divine. Il y a dans les (Buvres de Joseph de Maistre une traduction de ce traité avec des commentaires qui ont la prétention d'être très sérieux et quelque peu effrayants. Thespésius était de Cilicie et vivait au. temps de Vespasien, Il avait dissipé follement sa fortune^ et, une fois rainé, il avait cherché à la recouvrer par des opérations plus ou moins frauduleuses. A ce moment, il fit une chute> on le jQgea mort; mais pendant la cérémonie des funérailles, il revint à la vie, et raconta oe qui lui était arrivé. Son âme, séparée de son corps, avait été transportée à travers les astres jusqu'à un lieu où tourbillonnaient les âmes des morts. Elles arrivaient au milieu d'une bulle brillante, qui se-creviût; il m sortait alors une forme «humaine. Les âmes des justes étaient transparentes et lumineuses ; les âmes des méchants étai^ent opaques, tachetées de gris ou d'un noir luisant. Celles qui avaient été ^avides et cruelles étaient rouges ; un violet ulcéreux indiquait l'envie; le bleu, l'impureté; le noir, l'avariée. Thespésius fut emporté vers le lieu où les âmes coupables étaient punies ; on en faisait divers groupes d'après la gravité de leurs fautes ; il reconnut son père dans le nombre ; il vit des démons exposer aisx variations de Patmosphère des corps qu'on avait écorchés ; il vit des groupes de divers personnages occupés k se mordre. Des démons trempaient d'autres âanes dans des étangs de métal fondu; elles devenaient dures alors, et on les tailladait pour en faire de nouveaux êtres,

TOÏAGES DANS L AUTBE MONDE. , 401 S

»jui devaient retourner sur 1& terre. Après être reaté i

assez longtemps dans ce lien. ThespésiuB se seDtit ■•

emporté comme par un vent impétueux, il Tpcouvra i

la vie et depuis lors revint à la vertu. J(

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