II. PANTAGRUEL. —III. NOUVELLES DE L'AUTRE MONDE
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On a même cru pendant longtemps, et dans toute la chrétienté, qu'il y avait un moyen matériel d'aller chercher des nouvelles de l'autre monde.
On racontait que saint Patrice, l'apôtre de l'Irlande, mort vers 464, ne pouvant convaincre ses auditeurs de la réalité des peines de l'enfer et du purgatoire, avait supplié Dieu de lui montrer un chemin par lequel on pût, sans quitter cette vie, apercevoir ce qui se passe dans l'autre. Dieu avait exaucé sa prière et lui avait indiqué une petite île du lac Derg, entre Pettigoe et Donegal, comté de Donegal, au nord de l'Irlande, où se trouvaient plusieurs grottes communiquant entre elles — il y en a neuf — qui conduisaient à l'autre monde. Ces grottes ont reçu le nom de Purgatoire de St Patrice, parce que l'on croyait que ceux qui avaient le courage d'y passer vingt-quatre heures, faisaient leur purgatoire sur la terre, et que, au sortir de cette vie, leur âme montait tout droit au ciel, si à ce moment elle ne se trouvait pas en état de péché mortel
L'Arioste, au chant X, octave 92, de son Orlando furioso, mentionne cette croyance. Roger, monté sur Phippogriphe, passe au-dessus de divers pays;
E vide Ibernia fabulosâ, dove f Il santo vecchierel* fece le cava In che tanta mercè par che si trove, Ohe raom vi purga ogni sua colpa prava.
[Il voit Fflibernie riche en traditions fabuleuses, où le saint vieillard a creusé une caverne dont la grâce est telle, dit-on, que l'homme s'y purifie de toutes ses fautes.]
Erasme dans sa Teregrinaiio rehgionis ergo mentionne aussi cette grotte:
LE FUROATOIBE DE ST PÂTBICE.
Je m'étoone, dit MÉDédëme, pnisqne tn es dans ces dispoaitioDs, que tn n'aies pas visité la grotte de St Patrice, dont on dit bien des chose B merveUleoEes, mais qui semé paraissant pas vrais emblables. - On n'en pent rien raconter qui ne BOit an-dessous de la réalité, répond Ogygius. — Tu y es aUé? — J'iu navigué SOT le marais dn Styx, je suis descendu dans les gorgesdel'Averneetj'aivucequi se fait dans les enfers, etc.'
Mais on n'y était pas admis facilement. Les moines AnguBtins du couvent voisin, qui en avaient la clé, n'en permettaient l'enti-ée qu'à certaines conditions, les unes internes, les autres extérieures. La première était une foi profonde. Les indifTérents qui se seraient hasardés dans la grotte par pure curiosité, n'en devaient plus sortir. Il en était de même de ceux qui se laissaient tenter par les douces paroles des démons qu'on y rencontrait, ou épouvanter par leurs menaces. Il fallait en outre passer neuf jours en méditation et en prière dans une des étroites cellules voisines de la grotte. Le neuvième jour, le pèlerin, après avoir reçu les sacrements, était conduit en grande pompe à la porte principale. La porte se refermait sur lui quand il était entré et l'on retournait à l'église en priant pour lui. Le lendemain, à la même heure, on venait le reprendre; si on ne le retrouvait pas, c'est qu'il n'avait pas rempli toutes les conditions voulues, et il fallait renoncer à l'espoir de le revoir jamais. Si on le trouvait, on saluait son retour par des cris de joie. On le reconduisait à l'église et on lui faisait raconter ce qu'il avait vu.
Ce cérémonial est à peu près le même que celui qu'on observait en Grèce pour .descendre dans l'an-
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entouré de démons qui avaient cherché à le détourner de son entreprise; eti le voyant inébranlable, ils lui avaient montré des personnages connus et inconnus, en quantités innombrables et appartenant à toutes les classes de la société, soumis à une série de tortures analogues à celles que Dante nous décrit dans son Enfer ; lui-même avait passé par neuf tortures différentes. L'une des plus effrayantes était celle d'un puits de feu où il s'était senti plongé ; le nom de Jésus, qu'il invoqua, T avait fait revenir à la surface. Puis on lui avait fait voir un fleuve de feu, d'une largeur et d'une rapidité étourdissantes, où flottaient et plongeaient des milliers d'âmes tourmentées par des démons ricaneurs. Il lui avait fallu traverser ce fleuve sur un pont de glace, si étroit et si glissant qu'il était presque impossible de s'y maintenir.
Ce fat la dernière épreuve. Il se trouva ensuite transporté dans un séjour délicieux où il rencontra une multitude de bienheureux:) presque aussi grande que celle des damnés qu'il avait vus tourmentés par les diables. On l'accueillit joyeusement, on lui montra les choses les plus curieuses de la contrée, puis on le congédia, en l'avertissant qu'il était temps de s'en retourner s'il voulait trouver la porte ouverte- Il s'était éloigné avec regret de ce séjour délicieux, et il s'était retrouvé à l'entrée de la grotte à peu près au moment où le clergé arrivait en procession pour le chercher. Dante s'est visiblement inspiré de cette légende dans la Divine Comédie.
Le nombre immense des pèlerins qui se rendaient au XV® siècle à la grotte de Saint Patrice amena différents abus, si bien que le pape Alexandre VI