III. PANTAGRUEL. — PROFITS DE LA CONQUÊTE
le prétendent certains esprits tyranniques, de leur imprimer la terreur, de les piller, forcer, tourmenter, ruiner et vexer, de les régir avec des verges de fer, en un mot, de les manger et de les dévorer. — Homère appelle un roi inique : mangeur de peuple. — Je ne vous alléguerai pas à ce propos les histoires antiques ; je vous rappellerai seulement ce qu'ont vu vos pères, vous peut-être, si vous n'êtes pas trop jeunes. Quand un peuple vient d'être conquis, il faut le traiter comme un enfant qu'on veut élever, l'allaiter, le bercer, l'amuser ; ou comme un arbre nouvellement planté, l'appuyer, le garantir, le défendre contre toutes violences, injures et calamités; comme une personne qui a passé par une longue maladie et qui entre en convalescence, il faut le choyer, ménager, restaurer, de manière que ce prince serait le dernier que les vaincus voudraient avoir pour ennemi et le premier qu'ils voudraient avoir pour ami... Hésiode nous parle en sa Théogonie de génies intermédiaires entre les hommes et les -dieux, d'anges, si vous voulez, supérieurs aux hommes et inférieurs aux dieux. C'est par eux que nous arrivent toutes les richesses et les biens du ciel; ils nous font continuellement du bien et nous préservent du mal ; tel doit être l'office des rois : ce qui est vraiment royal, c'est de faire toujours du bien et jamais de mal. »
Rabelais cite beaucoup d'exemples à l'appui de son opinion ; le plus remarquable et le plus juste est celui qui suivit le renversement des trente tyrans à Athènes par Thrasybule et ses amis. Autant le gouvernement aristocratique des Trente avait été injuste, cruel et implacable, autant les démocrates