‹ Rabelais et ses œvres (volume 3)Chapitre 99 sur 104 · III. PANTAGRUEL. — PROFITS DE LA CONQUÊTE · texte numérisé non relu

III. PANTAGRUEL. — PROFITS DE LA CONQUÊTE

le dîner. On avait apporté divers plats qiû devaient être servis. Thomas s'était assis, en griâoonant son hymne, tout à côté d^une superbe lamproie. Il simagina alors qu'il était chez lui, et, tout en continuant son travail, il se mit à manger le poisson. Lorsqu'il écrivit son dernier vers, il en était à sa dernière bouchée. Consommaium est^ s'écria-t-il, c'est fini. — £t c'est alors seulement que ceux qui l'avaient regardé faire avec étonnement, l'avertirent de sa distraction. Le fait est raconté dans un livre dont il a été fait plusieurs éditions au XYP siècle : Michaelis Scoti Mensa philosophica,

«Tout cela est fort bien,. continue Pmitagruel, mais quand aurez-vous payé toutes vos dettes? — Moi, dit Panurge , j'en viendrai peut-être là le jour des calendes grecques, ou, si vous l'aimez mieux, lorsque tout le monde sera content, lorsque vous serez héritier de vous-même. Dieu me garde d'en être là jamais. Je ne trouverais plus personne qui voulût me prêter. Qui ne laisse pas de levain au soir ne fera pas lever saj pâte au matin. Devez-vous de l'argent à quelqu'un ? Votre créancier priera Dieu continuellement de vous donner bonue et heureuse vie ; il dira du bien de vous à tout le monde et vous acquerra de nouveaux prêteurs. Lorsqu'autrefois en Gaule , au temps des Druides , les serfs, valets et autres serviteurs étaient brûlés tout vi£i aux funérailles de leurs maîtres et seigneurs, n'avaient-ils pas belle peur que leurs maîtres et seigneurs ne mourussent? Ne priaient - ils pas continuellement leur. grand dieu Mercure et Dis [Pluton] le père

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aux écus, de les conserver longuement en santé? N'étaient-ils pas soigneux de les bien traiter et servir? Vos créanciers prient d'autant plus Dieu que vous viviez, qu'ils aiment mieux l'argent que la vie. Croyez- vous, pour ma part, que je ne sois pas content quand tous les matins, je vois autour de moi ces créanciers si humbles, si serviables, si abondants en révérences ? Et quand je remarque, que si je fais à l'un visage plus ouvert et meilleure chère qu'aux autres, celui-là espère être expédié le premier^ et prend mon sourire pour argent comptant. €e sont n^s candidats, mes parasites, mes orateurs perpétuels. Je suis comme cette inontagne de vertu héroïque, dont parle Hésiode, vers laquelle tous aspirent, mais où peu montent à cause de la difficulté du chemin. N'est débiteur qui veut ; ne fait pas des créanciers qui veut. Et vous voudriez m'enlever celte félicité suprême!»

Panurge aurait pu invoquer à l'appui de sa théorie sur l'utilité des dettes, Tavis de César, que Fénelon fait parler ainsi dans un de ses Dialogues des morts. *

Un des « points fondamentaux de ma doctrine » est « d'emprunter ft de dépenser toujours sans mesure», et de ne payer jamais rien. Chaque créancier est intéressé à avancer votre forture, pour ne point perdre Fargîent que vous lui devez. Ils vous donnent leurs suffrages, ils remuent ciel et terre pour vous procurer ceux de leurs amis. Plus vous avez de créancier?, plus votre brigue est forte. Pour me rendre maître de Borne , je travaiDe à être le débiteur universel de toute la ville. Plus je suis ruiné, phis je suis puissant. Il n'y a qu'à dépenser, les richesses nous viennent comme un torrent.

* BiaUgues des moriSy XLY. Pompée ^et César.

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