‹ Rabelais et ses œvresChapitre 100 sur 134 · LA OBAMMAIBE DE RABELAIS · texte numérisé non relu

LA OBAMMAIBE DE RABELAIS

Rabelais et la plupart des écrivains de son temps usent dans la disposition des mots de la phrase, dans la eonstruction , de libertés qui ne nous sont plus permises. '

Il met les oompiéiiients avant les verbes :

Les corbeaux, les gays Iseais], papegays [perroqttets]» les «stonrnauk , û rend poètes ; les pies il fidt poetrides et leur apprend le langaee hiunai:» pisoférer, parler» chanter . . . les aigles, gerfaulx^ faucons, sacrej^laolers, arUtours, esparviers, esmerillons, oiseaux aguars [fuyant, rhomme] , peregrins, esso]|i [vagabonds], rapineux, sauvages, il domestique et apprivoise.

Il s'agit de Tappétit, du besoin de satîsfsure Testomac. Babelais continue:

Les loups jette hors des beis^ les onrs hors les rochers, les renards hors les tesnières (tanières] , les serpents lance hors la terre (IV, 57).

Ces phrases ne sont-elles pas plus élégantes que si Ton disait comme aujourd'hui;

Lybie. Quelques lignes plus loin (121) il prend pour on subjonctif le plus-que-parfaii de Tindicatif : j'avais, et le pronom relatif lesqueUea pour la cosu'onction que. Il ^&àà. Vad^ectif phicé en attribut à côté du verbe, âtre. pour le régime dudit verbe être^ dans cette phrase : possiàU n'estoit les garder (de sauter) (12K2). Dans : ce voyant^ comparable à ce pendante U voit. une inversion du participe (129). U formule (130) une règle à peu près inintelligible sur l'accord du participe passé (qui s'accorde avec son régime si le régime est placé avant et ne s'accorde pas si le régime siiit), et concli^ gravement que Molière n'a pas appliqué la règle dans ce vers :

11 m'a droit dans ma chambre une baUe jetée.

Ce qu'il y a de plus étnofe, €^est que M. Brachet a répété cette beUe obsemitiom dans sa IhuveUe Ortmimmrefraftfam fondée sur VkieiMrt ék la ïamfue (521). Au reste M. Brachet est cotttumier de ces sortes de distractions. Yoir dans la B»* vw critique, décembre 16175, un artide de MvParsisleter, qid n^ pas relevé inoms 4e seize -graires étoorderies dans la syo*taxe de ce dernier livre. Cette sysitaze n*a en tout que S& pages.

PROPOSITIONS INFINITIVES.

4ia

U rend poètes les corbeaux, lestretis, etc.; il fait les pies poétesses, il leur apprend à proférer le langag^e huaain, il jette les loups horn du bois, etc.

Toutefois cette construction n'est guère possible que lorsque le sujet est un pronom personnel qu'on peut sous-entendre« ou lorsque le sujet n'est pas au même nombre que le complément

Là en baufrant, attendent les moines l'abbé tant qo'îl vou* dra (in, 15).

Les compléments indirects se' mettent volontiers avant le verbe :

De choses mal acquises, le tiers hoir ne jouira (III, 2).

Nous avons rencontré de nombreux exemples de ces sortes de idirases.

Babelais et ses contemporains employaient fré* quemment une tournure imitée du latin dans laqudle le verbe à Tinfinitif a pour sujet le com]^lément du verbe précédent:

Je U vois venir^ c'est-à-dire : Je vois qu'il vient.

Dans ces locutions, l'infinitif a ordinairement un B^s actif, mais quelquefois aussi nous lui donnons un sens passif en lui laissant la forme active:

Je rai TU manger par le loup, c'est-à-dire : être mangé.

Ces propositions infinitives ne sont guère usitées aujourd'hui qu'après les verbes vdr^ entendre^ smtirj Icdsser, et quelques «utres. Au XVI* siècle, ou les place après la plupart des verbes, et, quand le seiR est passif, on donne la forme passive à l'infinitif.

HeracUtes disait riCB par songes ne nous estre exposé,

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rien aussi se nous estre celé ; seulement nous estre donnée signification et indice des choses adrenir «>u pour Theur ou malheur nostre, ou pour l'heur, et malheur d'autruy (III, 13).

Voyez comment nature voulant les plantes, arbres, arbrîsseaulx , herbes et zoophytes , une fois par elle créés , perpétuer et durer en toute succession de temps , sans jamais dépérir les espèces, encores que les individus périssent, curieusement arma leurs gertnes et semences, es qneUes consiste icelle perpétuité ; et les a munis et couvers par admirable industrie de gousses, vagines [gaines], testz, noyaulx, calicules, coques, espiz, pappes [duvet], escorces, échines poignans [enveloppes épineuses], etc. (III, 8)r

Dans les propositions infinitives, nous mettons généralement aujourd'hui le yerbe à Pinfinitif avant son sujet:

Laissez venir à moi Îe8 petits enfcmU^ ^sait Jésus.

Kabelais et ses contenaporains mettent ordinairement le verbe après:

Herodes .... prévoyant que à sa mort, les Juifs feroient feux de joie, fit en son serrail, de toutes les villes, bourgades et chasteaulr de Judée^ tous les nobles et magistratz convenir, sous couleur et occasion fraudulente de leur vouloir choses d'importance communicquer (lY, 26).

Ayec un infinitif, le complément se met avant ou après le verbe à volonté, le plus souvent avant ; avec un participe précédé d'un auxiliaire, le complément se met ordinairement entre Pauxiliaire et le participe ;

Iceux venuz et comparons en personnes fit en l'hippodrome du serrail resserrer (IV, 36).

Bringuenarilles ]e géant avoit toutes les paectes, chaudrons, moquasses, lichefrites et marmites du pays avallé (lY, 17).

Cette construction n'est permise aujourd'hui qu'avec tout et rien:

Je n'ai rien vu, mais j'ai Umt entexidu.

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