EMPLOI DES TE&BES
Le sujet se met très souvent apr ^s le verbe :
Puia demanda Pantagruel : Quels gens habitent en ceste belle isle de chien? (lY, 64).
Rabelais profite quelquefois de cette liberté pour
enchevêtrer gracieusement ses phrases :
La Terre desistoit leur preste n^rissement paf Tapemrg. et exhalations > des quelles disoit Herâçlitus ] prouvoient les Stoïciens , Giceron maintenoit , estre les estoiles alimentées (III, 3).
Le sujet est souvenib sous*enteûâu surtout à la troisième personne quand le sens est parfaitement clair :
ArriYé que fut , vouloit baiser les pieds de mondit père (I, 50).
Mais après disner Hz demeuroient dans la maison et s'esbatoient à boteler du foin, à fendre et à scier du bois .... Puis estudioient en l'art de peinture et sculpture; ou roTO-
quoient en usage Pancien jeu des taies Semblablement,
ou alloient voir comment on tiroit les métaulx. . . ou alloient Toir les lapidaires, orfèvres .... Alloient onir les leçons publiques, les actes solennelz .... Passoit par les salles et lieux ordonnés pour l'escrime et là c<nitre les nudstres , essayoit de tous bastons et leur m<Hiatroit par évidence qu'au-' tant, Toire plus, en savoît qu'iceux. Et au lieu d'arborlser, tisi-
toient les boutiques des drogueurs, herbiers^ etc Allolt
voir les basteleurs, etc. (I, 2i),
Ici, quand le verbe est au singulier, il a. pour sujet Garganttia dont I0 nom ne se trouve pas exprimé une seule fois dans le chapitre. Quand le verbe est au pluriel, le sujet est Gargawtm et Ponocrates. Cette manière de sous-entendre le sujet se rencontre à chaque page de Rabelais.
Dans les locutions impersonnelles composées du
416 LA OKlKHlIKi: DE BABGLAIS.
verbe être et d'un adjectif, l'adjectif se place en avant, et le mot il^ que nous emploierions aujourd'hui, n'est jamais exprimé.
Yray est que leurs proTisioas estoienf aacuiietiient eodommagées par la tempeste précédente (IV, 25).
Le mjA apparent il ne s'emploie pas non ^us quand le sujet réel figure immédiatement sfirèa le verbe impersonnel, et que la phrase commence par un mot drtonst&ndel.
Point n^estoît fîlz de bonne mère réputé qui dedans ne jettast ce que avoit de singulier (1, 50).
IJi fut décrété qu'Ile féroieBit une belte procession, irenforcée de beaux preschans et letanies contra TiosHwm insidias (I, 27).
Me souYient avoir leu que Ptolemée fils de Lagus ... esperoit par offre de nouveautés l'amour de son peuple envers soy augmenter (III, Prologue).
On se dispense également de placer ce devant
qui, que^ etc.
Ils entrôîent partout et jamais nul n'en prit dangier. Qui est cas asses merveilleux (i, 27).
Le sujet pronom peut être séparé de son verbe par dijBférents mots;
II, en ceste façon son tonneau tempestoit povr . . . n'estre vu seul odeiix (III, Prologae).
Je, disft Pânurge, me trouve fort blea du comeil des femmes et mesmement des vieilles (III, 16).
Quelquefois môme , à la 3* personne , le verbe n'est pas exprimé, quand c'est le verbe êtrÉ.
[Sa femme tenôît boutîquel. I), de son costé, pauvre plus que ne fut Iras (in, 2).
Babelais et ses contemporains emploient souvent le verbe avoir là où nous employons l'impersonnel il y a on l'impersonnel passif. C'est un reste de la langue du XIII* siècle, en France et en Italie.
PAETICIPES ACfTIPS ET PASSIFS. 417
Est adrena depuis certaines années, que la lerre eolthranti il n'a eu ploie à propos ne en saison (lY, 'SÏU Et Dien «a^ comme il y «u« bu et galle (lY^ 25).
xxn.
On emploie souTent le Sûbjonietif sans la conjôndtioii gue, dont on le fait ordinairement précéder aujourd'hui.
Tons souvienne qu'Alexandre le g;rand ayant 'obtenu Vie* toire du roy Dariè en Ârbellès, preftens ses satrapes, quelqueîûîB refusa audience à un compagnon , puis en Tun mille et miUe fois s'en repentît (III, 16).
' Maîis si, dist Panurge, I^u lé youloit, et advint que j'épousasse quelque femme de bien, et elle me hatist^ je seraià plus que tiercelet de Job [plus patient que Job] si je ne enrageois tout vif (III, 9).
Ceux qui sont mariés soient comme non mariés, ceux qui ont femme soient comme non ayaas femme (III, 85).
Soit employé dans le sens de ou répété, n'est pas invariable comme à présent ; il suit la règle des verbes et s'accorde avec son sujet:
Trouvez-moy livres au monde , soient, de plûjosophie , de médecine , des lois , des mathématiques , des lettres humaines, voire de la Sainte Ecriture, qui en puissent autant tirer? (lY, 58).
Il en €ist de même de quelques autres vocables que nous faisons invariable^ quand ils sont placés de* vaut le mot auquel ils se rapportent :
. . . Les truies en leur gesine (saulve l'honneur de toute la compagnie) ne sont nourries que dô fleurs d'orangiers. (lY, 7).
xxm;
Le participe présent s'emploie au XVr siècle beau* coup plus fréquemment qu'aujourd'hui. On s'en sert très souvent alors cOiûine complément absolu ou dén 27
418 l'A OBiKMAlKS: DB HiBBLAlS.
tadié, soit i la ipaai^e de r^bUttif absolu 4es La* tins, soit autrement:
Fui leur naof portée près de Ptfkes. Bstant lia àbourdée, auoimB des royagears dormanfl, aotr^ veillans, aatres beayans et Bouppans, fat de l'isle de Pâtes oaîe une voix de quelqu'un qui hautemest apellek Thanoun (IV, SfiOi.
Le messagier retournant sans response , et au fik racon- Utnt ce qu'il avoit yen, à son père fut facile pur telz signes entendre qu'il luy conseilloit trancher les testes aux principaux de la yUle av, 63).
Basclié prie Chicanous asuster aiv fiansailles d'un aien of- Oder, et ea recevoir le contract, bien le piiy aist et coattutant
av, U).
. Noterez donc ici que la maiû^ d'entretenir «t retenir pays nouvellement conquestés n'est ... les peuples piUaot, £»> çant, angariant, ruioant, mal vexant et régissant avec éês verbes de fer ; brief, les peuples mangeant et dévorant (U£, 1).
Ces participes présents s accordent toujours, coinme en latin, avec le mot auquel ils se rapportent, soit que ce mot désigne une action, soit qu'il désigne une qualité.
Ce fait, issoient hors, toujours confèrens des propos de la lecture et se deportoient es prés . . . galantement s'exerceans les corps, comme ilz avoient les âmes auparavant exercé (1, 23).
Panurge choisit de tout k troupeau un beau etjsrand mouton, et l'emportait criant, bellant, voyans tous les autres et ensemblement belles et regardans quelle part on menoit leur compagnon ÇLV, 6).
lies poètes, qui sont en protection de Apollon, approchans de leur mort, ordinairement deviennent prophètes, et chantent par appoliine inspiration, vaticinans des choses futures (III, 21).
Et là passoient toute la journée à faire la plus grande chère dont ils se pouvoient aviser , raillans , gaudissans , beuvans d'autant : jottans, ehantaas, dansans, se voyirans en quelque bea^ pré, deaîgeans des passereauj; prenana des caiUes, peachans aux grenouilles et eiicrevissea (I*
Quant >a participe passé, Marot avait formulé en Ters la règle que nous continuons i ol)server.
. . ^wm, oyez une leçon.
Rostre langue a cette façon Qàe le terme qui va devant ToloBtiera régit le suivant...
• La chanson fut bien orcloonée Qui cUt; MVipuwr vous aj ^'H^tfft.
Apumr était alois da fâninin. Marot dit ^ios lata:
Il fiNiit dire on t^rmet parffdts :
Dieu en ce monde nofm a ickiÂs^
Faut dire en paroles parfaites :
' IMeu en ce mondç Ub a faUes.,^
S'il s'agit de^ dames l)ieD «ntendu :
Et ne fafit poiai dif^e efi efet Piieu en ce monde Jéw a /at^, -, .
i?e 9iot«5 a /<itï pareillement, -Mais nous a follte tout rondement.
Marot allègue ensuite Titalien où cette règle est appliquée, mais dans son exemple, il met par inadvertance, le nominatif pour Taccusatif, et écrit: Dio noi a fatti au lieu : de Dio ci a fatfi.
Geé Ters sont dtés comme loi au commencement du siècle suivant par Yattgelas et par Ména^; la <^amtBliife iHe Bamu« — ce eentemponiin - 4e Rabelais que noas anoés vu ^ur^ dans i Tjiistqira de <3oiiai»trii -^ ^ prroonct daaa JQ pâ»6 sens.
Ces écrivains wbcA d!aviB qof , loisque ie veriba (^ jeonjugué ateciiaailliake Q9$ir^ lei^ftrtidps ^'uGonit avec son régime direct, si ce régime diceet est placé avattt, Bb aé a^àeeorâa fap b^l.ifeit. plaoé .aprèa.
LA ORIHIIAISZ DE BABSLAIS.
Sur mes deux brafi ils ont la miin posée. Les sdoiccs que j'ai apprises. - *
et
Sur mes deux bras ils ont posé la maixi. J'ai apqris les sciences.
Ramus, Vaugelas, Ménage, Âmanld se livrent à des considérations assez longues pour trouver la raison de cette différence d%ns Tiu^cord du participe et n'y parviennent pas.
Âmauld (Grammaire générale) est celui qui se ri^procbe le plus.de la vraie tbéori^ et, «• pressant bien les mots qu4I emploici on Ty trouverait; il est évident cependant quMl a plutôt entrevu que vu nettement la loi.
Cette loi, que personne n'a encore formulée à notre connaissance, la voici :
Quand on pense à Tactibn, le participe est un teinps du verbe et teste invariable.
çfuand on pense à Tétat, à la situation, le participe est un adjectif et s'accorde avec le mot dont il indique l'état, la situation.
Cela dépend de la toiurnure de la phrase. Si je dis:
J'ai écrit une lettre ce matin.
Je pense que j'ai fait Taction d'écrire. Je ne fais pas accorder ce participe.
La lettre que j'ai écrite ce matin est restée soi* ma tfible.
Je pense à la lettre, qui est écrite, et je fids accorder le participe avec «la lettre >; Dans la premi^e phrase ce qui im préoccupe, t'est l'acte que j'ai fait. Dans la seconde, eW lé ïésuUat de cet acte, c'est la lettre émte.
Cette théorie rend con^ de toutes les anomalies
PÈi&POfiIi;iO)»9 ET ▲I>1^BBÈa. 421
qm pvésentei^aceord dte participes, aêëfs et'pM^s. Nous aurons occasion de la développer ailleurs.
Msâs là règle a eu j[uelque peine à s^établir. Ai^ Xyi^ siècle et même aii commencement du XyjTi on hésitait dans beaucoup de leas. Babelais applique wdinaifement la règle^ mais pas toujours, ^ , >
Elle est appU^uéq dans cette phrase:
Le bon Dieu iioi^ a fait ce bien.ga'il noua, Us b, revues annoncés, déclarés et apertement décrits par les sacrés Bibles (in, ao).' -^ , .
MaiseUe est violée daps la suivanj;^:
Faites-moy venir les deux gentilzhomaiés personneilepent devant moy : et, <jiuand je Us auray cmy, je votts en diray mon opinion tn, 10). . '.
Ici, il a plus pensé à Faction qu'il Fétat.
. ■ '•'" ••' xxvi. ■
Chez ftabelais, les ^prépositions sont souvent sëpàréesy par un assez grand nombre dé mots, des infinitife qu'elles régissent, comme cela se fait encore aujouM'hur dans le style judiciaire. ; ; '
Il inveata.l'açt. militaire et armes jpo^ grain ^finirejifker decine et astrologie, avec les mathematlçiiies néc^^wrea, poi^ grain en sanlveté par plusieurs siècles garder et mettre hors les calamités de Pair, degt^ des bestes brutes, laredn des briguands. (iy> 61.)
GNiigneiiiaiilt frtibili^iâ&i^ en MonspeUiés fxespàsàa pour ^e biays s'est» aveoii^.tlraaohdipliimattâré m dron de lataaîa. (IV, 17).
Quelqu'un de ses amis luy demanda quelle cause le mquYoit à son corps, son esprit, éonionnbàti'ainsifot<rment6r(ïir;Pro-
logae). ■',... ■ ,;• : ,";„■■. ; •, .•■■ ,* .;
Babelais se sert aouventf d'^a lûeutiûu qu'on trouve rarement çl^zlQs aut^res écravaixiS' Il sus{urime aitrèg devi^it I^ pas£|i^ de l|^fi|4tif.}r , > .
482 LA MAXUAIBM Vt tUBÏLAtS.
Jbàê Atoir iOîeemiiWBl tmàertM, Inimtèbt tosi )• pi^bl
à renriron en paix et silène* (I, 26).
Pantagrael, aroir entierémeni cooqiiesté I9 pays de Dîpaod!f e, en Iceltiy tratispo^rta Ime colonie de Utopieàs (Itl, I}.
PaAtefirrad, avoir ki le totafffè [toitil^], diftt à Pàùnri^ en sètts* pixnt: Ton estes Usk en pdlAt (III, I8>.
Cette toumufe û^èst p&s tout à &ît inàolîte. Heiïti
Estienne la mentionne dans soiï Traité de là cànfàr-
fMtê du lûngAjte frahçtxîÈ ai>et \e jret.
Nostre langage, dit-il, omet, en certaines façons de 9«rler« les prépositions, et principalement a constome d'omettre son aprls, Qnand elle tk : èstft vain, û^r «KMé, pont : tkprès estre ▼eon^ àlff^ aToir •^dûuéi
M. Lîvét, dans son livré sur les iSrcmmairiens du XVI* siède, dit qu'il copie textuellement cette ren^arque âânsia comprendre. LorsquHI a écrit ces mots, il n'avait évidemment pas lu Pantagrud.
Rabelais et ses contemporains placent i^nér&le-
ment Tadverbe avant le verbe, contrairement à ce
qui se fait aujourd'hui.' , :
Presque tons les animaulx, par fatale disposition,, se émancipèrent de lui, et etiseikhîe iacUemêni conspirèreni plus ne le s^m, t^Hèiiè Mf iibmM «ànt que ifêsifttér pàiMiènt ; làkis Itd Htiif e tkàéû lëat fUè^lM et ptôssén<iè (fit ^). ' ''■
Au inoycin ftgie» on .msiojsi^fmUif^i^^ m jj^u mti te, se^ hnrdqu» l'liaffiiidnie.^â» là fthrase le t^qoé*rait:
STatore a fait le jOiu* pour soV exercer, pour ïraVi^iller.... La nuici Vient, il conyient cesser labeur et soy restAurer par bon pain, bon Tin et bonnes viandes ; puis soy quelqn<è peu etflàtidir, côéUAiéii et ft^cièer (Uf, 15).
VfièK'Ba'betais, ibs ^Mifkà^} iMd, êè quoi, par quoi commencent %rèè bi4n bÀe phrttsè ^ùi se lie
DÉTEBMI^ATIFS. 4ÎS
ainsi à la j^récécte&te, bien qu^elIe en soit séparée par un point*
Le jpretflier que je treatai tut xm liÉemiiie qui ^latttoit de» clionx Dont tout esbeky M deauifldai ï Mû«i emf, qne fiôthUi icyVffï, 8î^.
Bahelais écrit parfois Zet^* avec un $, quand ce pronom, e»t au datif pluriel; mais il récrit plus souvent sans s.
Mercure ne «e TOttdxari^saryîr es autres, car il ne leurs eBt en rien debteur (III» 8).
xxvni.
Quand le substantif est employé dans le sens le plus général, Rabelais et ses contemporains suppriment ordinairement Tartiele, comme nous faisons dans les locutions proverbiales i
Bi deniendez cemment, par couleur blanche, sature nous induict entendre joye et liesse, Je fous réponds que Fanalogie et conformité est telle (1, 10).
L'article défini le^ la, Icsbl chez Rabelais et ses contemporains des formes qu'il a perdues- Au datif, Rabelais emploie indifféremment au et ou et même an, et, avec le pronom relatif, auguél, ouqud et onquel.
Panurge le saluant lui mit on doigt médical de la main gaa* ohe on aaa^aii» en la palle duquel estait xm sai^r oriental
U convenait tout mang^ble manger, le reste jeter on fisn» rien ne réserver au lendemain. (Ill, 2.)
.... Onquel lieu ils ont trouvé vos garnisons. (I, 33.)
Cependant on, onquel signifie proprement dans le,
dans lequel.
J'amène mes moutons d'un pays onquel les pourceaux ne mangent que myrobolans. (lY* 7.)
424 LA aBAUVAIBE DE BABELAI&.
Ao^ lieu de ^ux, auxguds^ dans les, dans lesquels^ il emploie souvent es^ esqueîs.
£& uns eBcarbouiUoii^ la cervelle, es autres rompoit bras et jambes, es autres ayalleil^ le,ni»,poaclioit les yeulx. (I, 27),
Fuis les compagnies des gens esquelz tu ne veulx p^nint ressembler (II, 6),
En jouant, recoloient les passages des auteurs anciens esquelz est faîte mention, ou prise quelque métaphore eur ioelay jeu (1,24).
NoQS avons conservé cette forine de Tat'tlcle dans quelques locutions spéciales : bachelier ès-lettres, docteur ès-sciences.
Quand il y a plusieurs substantifs, on ne met qu'un déterminatii qui s'accorde avec le mot le. plus voisin.
Le vieil Uacrobe demandait à Pantagruel comment et par quelle industrie et labeur estoit abordé en leur port celle journée (IV, 25).
Les pluriels en anty ent s'écrivent toujours par s sans t Après l, t et /, le pluriel est toujours marqué par 0 -^ excepté dans les mots en au et eu^ qui reçoivent un rt? après L '
Les geans, voyans que tout leur camp estoit noyé, emportèrent leur roy Anarche à leur col le mieulx qu'ils peurent hors du fort <n, 29).
Quand jaidis, en G^aule, les serfz, vaileti et appariteurs estoient tous vifz bruslés aux funérailles, et ezeques de leurs maistres et seigneurs, nlavoiént-llz belle "peur que leurs maistres et seigneurs mourussent? (III, 8).
On trouve souvent aussi ces terminaisons en aux et en eux^ sans l. On a supprimé cette dernière lettre, mais on a conservé x, dont l'emploi s^est alors trouvé sans explication.
BGlfA]K)nKS DIVERSES. 425
Les mots qui sont terpûnés maiIltena^t:eIi éher, ger^ etc.,, étaient tenoinés atorB en ier: bergier, boalangier, mesnagier, orangier, rochier, ete.
'- Dans les premiers livres, Rabelais dit eonstamment les yeulx, mais dans le quatnème nons tronvons trois fois les œiÎ0.
Rabelais décline le mot famille dans cette phrase :
Comme bî, le père familles [pater familias] estant à table opulente, en bon appdfcit, an commencement de son repas, on ▼oyait en snrsault espoavanté soy lever... (III,: 14*) > > :
Rabelais ooiûagne géoéralemiBnt les Serbes comme noua ks coAJugocHifiK Quelquefois, mais rarement, il donne latermmaiaon (w^mt à la troisiàmEipersopuo plurielle du passé défini : ils conquestaren^. Il termine beaucoup plus souv^t les liasses définis et les imparfaits du sulgonetif. de la première conjugaison en is et, isse : Il tomUti que vous te^ts^ieir. U em« ploie toiuointement led deux futurs: lairra et laisr: sera. Il emploie le participe présent savant aii lieU de saehamùi le participe ftftssé dissolu . au lieu de diS9om;etc,j etc. Dabs les verbes oà le passé défini s'écrit maintenant comme le présent de Tindicatil, il indique la voyeHelpogue par s.: il finit maintenant, il finist hier. i ^
Il emploie des diwinuti& et des augmentatifs peu ou point, usités aujourd'hui, ^|naig il n'en abuse pas autant que le feront lesppètes de la Pléiade.
Quelques mots que nous ne séparcms pas, se trou«* vent écrits séparément c^ez lui. — I^e yerbe voir se conjugue dans voici, voUà.
4^6 BABELIIS COtfl'ABÉ
Voyez ci nos ennemis qni «eciitfent (II, 25). - Voyez d notre songeur (III, 14). Or, voyez d que vons ferez (III, 10).
Voy d les géants (II, 2^). - Voy la quant à la première partie dn sersiMi (III^ 27). - Veyea la^ tMte ai«^ (IT, ^.
Le mot etfetiimt (pendant eélâ) est toujours teit m deot mots ; ^kinefois ofi le décompose :
loelay temps peadiuifr a doatté plue dé quatre mîfle seifteiices définitives (III,. 96).
XXXÏI.
KéwwQiift m qiieli9iies mots les caractère» da style et de la. ktigoe ée BabelaîB r
imrge eaaploi des iarMsiotti; le régk&e ttès sea-
vent placé en «nmt; avet les terimi leatres ei pu^
si&, le sqjrt glaise sonrenf après le térbe* ^ Omis^
* sion fréqtente de» pronoms sujets, et pireSQue cens*
tante du pronom iflqpersonsel Ht.
Usage très fréqueM; da participe présent, quelqmSoh se rapportant aa eujkt ée la phrase, et for* maat le pins souvent ce qoe les Latins appellent an ablatif absduv
Empiiol da jMtbjenctif s«ns to^jonfttioti; emidoi de Tinfinitif comme snbstanttf; les noms abstraits entés.
Omissiez de l^rtiele dans on e^rtain nombre de cas ; phrases longues, soavent entrecoapé«9 par des parenthèses; mote disposés savamment, de manière i fiiire iiàage «ù à proatiîfe tin effet voulu dliarmo* nie; touiHures uu peu toiul*iiient^eS ; ellipses firé* queutes.
Richesse extrême dû style et du vocabulaire; entassement de synonymes, de mots disposés en gradation, jeut ^è mots; st^le chand, bruyafitt et sanguin.
AVEC MèNTAlèKB. 427
XXXItl. . -- -
f^our se rendre bien compte 4« caractère spéeiai de ce stylé et de cette l»igi^, il eêt bcm Ae mettra efl t^gard ctuefqùeEt ligties des troh écrivainis les plus étïiiûents dé Pépdque.
L'écrivaio du XVP siècle dont le style vessemÙe^ le plus à celai de Batelait^ c'est Montàigiie. Il a auMiit dé dealéfâf êV dheatitittt, mais sa cdafeàf èt^ môiits rieliei, son fktre moins lar^; ses images ont moins d^an^ieur. Le style de tous deux est lumiaeux. Biais d'oM lumik^ diffirente^ QaaAid ou passe de Meataigné à BAb^s, eà sfe seAt tmimë êbymi, comme si Ton passait d'un paysage rich<imeut éclairé par la lune à une scène éclairée par un splendide soleil de midi.
Prenons pour établir la comparaison une des pa- ^s les plus atàiâées de Montaigae, une page ojl Fauteuil des EsBUk iÉùiis entretient de Téducation des enfante èt^ àiHii^ t)Mche êÉ tyoïlè (»què Rttbelais nous il moMfë en dMîtm : il s'agit deiSr le^s confiées à la iùémioire de re&fant
Oh ne cesse de criaiUer à nos DreiUçs, comme qui rerseroit dans mi entonnoir : et nostre cliarge ce n^est que de redire ce qu'on nous a dit. JO TOtidrois (j^àe Ù6 maître] cortigeàst^ette partie, ei qné de belle àhivte ettloa la portSe de Fatte^ i|a'il a en ipitin, il ooqpmeii^st è. lamciklre mt la montre* luy fuisani gouster les choses, lies choisir et discerner d'elle mesme. (JueTquefois luy ouvrant le chemin, quelquefois le luy laissant ouvrir. Je nô veuht pas qu'a invente et parle seul : je veull qu'il edeoute. soa ^Bsciple parler à soii tduf . Socràté e( detnaôB Arectfîkciir faisoienl premièrement pat 1er levrs disi^ipleB, el poia ils parloient à enz. il est bon qu'A le foce trotter devant luy pour juger de son train : et juger jusques à quel point il se doilift ravailer poti^ s^àccomoder à ta force. À ftiute de cette
428 BABELAIS COVUBÉ
proportion, nous gastons tout. Et de 1a sçavoir choisir et s'y conduire bîea~9»esurement, c'est une de plus ardues besongnes que je sçache. Et est l'e£fect d'une haute ame et bien forte, açftToir condescendre à teu allures puériles et les guider, Je
aiarchepHia fean^e et plus smiy- à mont qu'à val Que
{le mattre] ne demande pas seulement ik l'enfs^t] compte des mots de sa leçon, mais du sens et.de la substance. Et qu'il juge du profit qu'il aura faict , non par le tesmoighage de sa mémoire, mais de sa vie. Que ce qu'il Tiendra d'apprendre, fl le lui fjBce mettre en cent yisages et accommoder à autant de divers subjetS) pour voir s'il l'a bienprjs et bien faict. sien... C'est tesmoignage de crudité et indigestion que de regorger la viande comme on l'a avallée; l'estomach n'a pas fait son opération, s'il n'a fait changer la façon et la fonne, à ce qu'on lui aura donné h> cuire..<. lies abeilles pillotent deçà delà lei| fleurs,- mais ^es en font apjcès }e miel, qm est toat leur ; ce n.est pins thin ny marjolaine. Ainsi les pièces empruntées d'autruy, Q les transformera et confondra pour en faire un ouvrage tout sien. {Essais , livre l***, ch. 25. De l'institution des enfants. 1580).
Certes vcnlà un style m» veilleax d^entrain. On ne peut dire que les iaiâgep y manquent ; il y en a une à cbaque partie desphrase; mais chez Rabelais Timage se déyéloppe, Montaigne^ se bor^e à( l'indiquer. Le style y gagne en rapidité^ il y perd eq ampleur. Montaigne est plus philosophe dans son style, mais Rabelais est plus poète dans le sien.
Voilà pouF Tensemble. Quant aux détails grammaticaux^ la. phrase est tout autre. U n*y a presque plus d'itiversions ; le sujet commenee, puis vient le verbe, puis le complément. SU y a quelques exceptions, elles sont rares i les pronoms] sujets sont . généralement exprimés ; il y a peu de ces compléments absolus avec ou sans participes présents, si chers à Rabelais; les articles sont à la place où nous les mettrions aujourd'bui^ e;t comme la phrase est courte, Fauteur n'a
AVEP AMÏOT. 429
pas besoin de recourir à ces combinaisons de mots qui font éaméme temps une harmonie pour roreillç, un tobleaa po$u:; rintjçlUgence. Mo^fuigne n'est pas infériecr à Rabelais coimme écriyai%inâis il est moins artiste.
Amyot a moins de fermeté, moins de vigueur, moins de rapidité que Montaigne, il s'attarde volontiers en chemin à la poursuite des images et des finesses de style; mais il est loin de Télévation et de rampleuF de Rabelais. Rabelais déroule à nos yeux un vaste tableau où s'épanoâissent toutes les couleurs, d'où s'exhalent toutes les effluves de la vie ; les couleurs sont voyantes; Bubens semble avoir passé par là. Il y a plutôt du Van Dyck chez Montagne. C'est plus fin, plus x^scret et moins vigoureux. Le paysage est peint largement chez tous deux cependant, et les fleurs y sont semées avec discrétion. Elles surabondenft chez Amyot. Avec lui, tes larges horizons disparaissent, mais les petits sentiers par où il nous mène sont si frais, que nous n'avons pas le droit de nous plaindre.
On a déjà pu remarquer le caractère de son style dans quelques passages que nous lui avons empruntés. Les lignes suivantes sont extraites de sa traduétion des PctëMrales de Longus, publiée en 1559, quelques années seulemwt après la niott de Rabelais:
Or estoit-H environ le commencement da printemps qud toutes fleurs sont en ligneor, ceUes des bols, c^es des prez, et ceUas des loontaignes ; aussi ja commenoeoieiit les abeiUes à bourdonner, les oyseaux à rossîgnoler} et les aigueanz à 0knteler; les petits moutons bondissoient par les montaignes,.les mouches à miel murmuroient par le? prairies, et les oyseaujL faisaient resonaér les buissMis de leuts diantz. Amsi ces
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UABELAI8 CÛVPABÉ
denx [enfants] foyaxui que toutc^g duoset fai^oieot bienlQ^deb- Yoir de s'esgayer À là s&iaon nouTelle, se mirent pareillement àf imiter ce qaHlz voyoient et qu'ils oyoient an&sî ; car oyans «tenter les oyseanx, ilz chantoiettt; ficymm sMlter Im al- 4P069ioxy Uz saottoient; et comme les abolies, aHoye^É «millans des fleurs^ dont ils jettoient une partie en leurs seiaa, et de l'autre faisoient de petits chi^eletz , qu'ilz porto'ient aux Nymphes, et faisoient toutes choses ensemble, paissans leurs troupeaux l'an auprès de l'autre,
Ici la. phrase ne va pas 4roit aa bot cowne ches Mwtaigpe. Il y & de h reeherebe dans la coupe des propQ&itioaef et, dass ia 4ifiposîtion dea oMts, m» tech^rcbe an peu enfantine, un peii nugnarde. Du reste, firea^ue tout ce qvi caraQtérîse la phrase rabelai^ âientie a di^ru. Pas d'inversions , }e ppoaojBi siuet (^ part()iM>t exprin^ ; w seul participe présent, laais se ri^portaot a« sujet de la phrase , et précédé de sop siyet , pas de complément abeol» ,. Tartiicle partout oit noua le me^tariofts aujMrd'hai. X^a aeule différence notable ave<? i^otre grammsire m(3âeme est tout ortliograpbiquB : Taccord du i^rticipe présent, a employé pour marquer }fi. pluriel daiks certaûis cas, etc.
Le style de Calvin diffère plus notablement encore de celui du curé de Meudoa. Avec Calvin, sauf quelques mots vieillis, nous pourrions i^ous croire au dixrseptième sii^cle. Une /construction UhjIq legîque, partout le sujet, puis le verbe, puis le complément; Tadverbe va ae placer après le verbe ; pas d'ellipse, pas de moits ^^ha enftendus, pas le moindre cai«»ee ; 4QUt au plna un adjectif que nous mettrions aujourdlitfi itprès le substantif et que Calvin place avant. Pes propositions courtes, non détachées coi^me dans ]es Nouvelles Nimvelle^, ïom toutes e9çhaUiées. Des
AVEC CALTIN. / . . 48J
alinéas solides et d^une seule pièce , construits non à l'aide des mots, mais fia/r la force du raisonnement. Eotre le style de CSaludn et cçl^i de {tabelaijs ^ U y a toute une révolution. De la Banaisaance joyeusi;, ivre d'elle-même, et souriait à la vie, ^0us 4vons passé à la Réforme, grave, sombre, et voyf^^,pgrtQjQ,t les effets de la colère divine.
Le passage suivaat a pour teit de pro^ver Ve^tenoe de Dieu ;
y«ii on* Dîea a voulu aue Ja fia inmîpiild de la vie \ma^
heureuse fust fituée en la ci^msswQce de aonnoui : afin qu'il
ne semble point quUl yeuille forclorre à avcuns l'fflitrée en
-félicité , il se manifeste à tons clairement. Car comme ainsi
soit que de nature il soit incomprelienflilHe et caché à l'in*
tâlig^&ce hnnaine : il a eagravé en johascune de siçs œu*
vres certains sigaes de sa majesté : par lesquels ik sa 4ouae
à cognoistre à nous selon notre petite capacité. Je dy signes si
evidens et si notoires que toute excuse d'ignorance est os-
tee aux plus aveugles et aux plus rudes du monde. Par quoy
combien que son essence nous soit occulte : Bêantm<nDS ses
vertus, lesnueHes cpparaiseeut assidueUemmit devant noe
yenlx, le desmontrent tel , qu'il nou/Ei est expédient de le eo*
gnoistre pour . nostre salut. Premièrement de quelque cesté
qu'on tourne les yeulx, il nV a nulle si petite portion du
monde, en laqueSe ne reluyse pour le moins quelque estîncelle
de sa gloûe- SinspUereioent-ea m peoi d'ua regard oonttmt
pler ce beau chef d'œuvre du monde universel en aa l^siguefir
et largeur qu'on ne sqit, par manière de dire, tout esbleuy
d'abondance infinie de lumière.
Qui croirait que V Institution chrétienne d^où ces lignes sont tirées» a été publiés en 1558, un an avant le passage d'Amyot que nous venons de citer, quelques années seulement après le quatrième livre de Pantagruell
Rabel^s, comme on le voit, 4 un style biep à Ipi,
48â LA PEONONCIA'TIOK ET L'OBTHOGBAPHE
On tt beaucoup discuté sur Torthographe à employer dans la reproduction de ses œuvres. Chaque éditeur a son système. Avant de pouvoir émettre un jugement sur ce sujet, il y a une question préliminaire à débattre, c'est celle tle la prononciation.
n y a, comme le fait remarquer M. Brachet, deux systèmes d'orthographe, celui qui peint la prononciation et cdtti qui ra|ipelle Pétymologie. Aux douzième et treizième siècles, on ne songea qu^i la prononciation et Ton écrivit comme on parlait. Aux quinzième et seizième siècles, on voulut indiquer les lettres étymologiques et on le fit souvent à tort et à travers, comme nous avons déjà eu occasion de le laire remarquer.
Nous sommes donc en présence d*un système mixte, maintenu encore aujourd'hui. Certains mots , s'écrivent comme ra les prcmotice et, dans d'autres^ il y a des lettres parasites ou dormantes.
Les lettres parasites ajoutées au quinzième et surtout au seizième siècle pour rappeler l'origine du met, se pr(mon^ient-elle8?^^Non, tout le monde est d'accord là-dessus.
Mais, à l'époque antérieure, losqu'on écrivait uniquement pour peindre le son, y avait-il des lettres parasites^ des lettres non prononéées ?
C'est îd que commencent les divergences entre les écrivains. Nous ne pouvons discuter ici les systèmes, et pour ne pas trop nous écarter de notre sujet, nous nous bornerons à émettre notre opinion en la motivant sommairement, sauf à rétablir plus complètement dans un autre ouvrage.