ARISTOPHANE
pris, beaucoup comparé ; il a pesé le pour et le contre des choses, mais il s'est attardé dans cette opération, et quand il a fallu choisir, il s'est dit : Que saisie ? Que le siècle d'or soit derrière lui ou devant lui, il ne s'en inquiète guère. Pourvu qu'il puisse causer à son aise au coin de son feu en hiver, dans son jardin en été, se délecter dans ses lectures , les digérer et se les approprier, pourvu qu'il puisse avoir un interlocuteur Oî i,u besoin un lecteur qui donne la réplique à sa ca ^3rie charmante, pittoresque, animée, nourrie de faits, c'est tout ce qu'il demande. Convertir le monde» c'est une lourde tâche ; lancer des idées nouvelles et tâcher de les faire prévaloir, à quoi bon ? Est-on bien sûr qu'elles soient meilleures que les autres ? On se bat autour de nous, catholiques et pro** testants s'égorgent , c'est de la folie ; tout ce que nous pouvons faire, c'est de leur répéter que toute doctrine, toute science est douteuse, qu'on peut trouver des raisons plausibles contre celles qui semblent les mieux établies. Montaigne répéta cela sur tant de tons , qu'on finit par le croire , la fatigue aidant. Il contribua à amener une transaction. C'est un service rendu par lui à ses conte'ïnporains. Mais sa vtie est beaucoup plus restreinte que celle de Rabelais ; il parle comme lui de l'éducation et donne à ce sujet d'excellents conseils, mais il rapetisse l'horizon, il ne voit que son siècle. Rabelais voit au delà , bien au delà du siècle suivant, au delà du nôtre peut-être.
Parmi les auteurs de l'antiquité, Rabelais a lu surtout les collectionneurs de faits. Mais les écrivains auxquels sa pensée se reporte le plus souvent , nous n ^ 29*
452 FBÉBÉCESSEUBS DE BABELÂJS.
avons déjà eu occasion de le dire» ceux -Qui ont le plus poisssunment agi sur lui, sont Platon, Plutarque et Lupen.
n cite moins souvent Aristophane, il ne Tàllègue môme que trois fois dans son Uvre. Mais les rapports entre ses conceptions et celles de Tauteur des Oiseaux ont frappé tous les yeux. Népomucène Lemer* cier, Y. Hugo, Littré, et d'autres les ont signalés avec détails.
Chez Tun et chez Pautre, même fantaisie gigantes* que, mêmes allégories, même genre de folies et d'allusions. Ils imaginent Ton et l'autre quelque construction étrange, et de là ils font pleuvoir, comme de ceâ machines de guerre. d'autrefois, un feu roulant d'épigrammes et de malices sur tout ce qui les entoure, sur tout ce qui leur déplaît. Aristophane a son chœur de Grenouilles pour railler Euripide, son chœur de Nuées pour bafouer Socrate, conmie Babelais ses oiseaux i^hanteurs pour railler l'égUse romaine ^ son tribunal de Chats fourrés pour bafouer les juges prévaricateurs. L'un fait bâtir une ville en l'air par des oiseaux, l'autre nous présente une ville dont les habitants sont des lampes ; l'un personnifie le peuple d'Athènes sous les traits de Timbécile Démos, l'autre le pédantisme routinier sous les traits de Janotus de Bragmardo; les Gruépes de Fun font pendant aux Chicanons de l'autre ; Panurge délibérant sur son mariage rappelle lisistrata délibérant sur le veuvage forcé imposé aux maris. L'un donne un corps à la Paix, à la Richesse, à la Pauvreté, l'autre nous fait voir Quintessence la précieuse, Quaresme-prenant l'étique, et Ouy-Dire tout composé de langues et d'oreilles. Même genre de railleries, mêmes scènes
rt-v
yt*'ii