‹ Rabelais et ses œvresChapitre 107 sur 134 · ARISTOPHANE · texte numérisé non relu

ARISTOPHANE

à double inteirprétatioii; mêmes mots forgés et plai- ^

sants , et aussi , il faut le dire , mêmes obscénités,

mêmes ordures. Aristophane a moins de mots gros-

siers peut-être, quoiqu'il ne se les refuse pas, mais il

a plus dMntentions libertines. Et en cela il est moins

excusable que Rabelais : Rabelais émt un livre,

qu'on lit des yeux, Aristophane écrit un drame

qui se débite tout haut et devant la foule assem- |

blée. I

L*art est à peu près le même de part et d'au- |

tre. Les vers d'Aristophane sont admirables , mais ' \

la prose de Rabelais ne leur est pas, inférieure. {

Aristophane cependant déploie dans ses chœurs une j

poésie qui n'a pas d'équivalent chez Rabelais, mais, sous les autres rapports , Rabelais n'est pas audessous d'Aristophane comme artiste. Les épigrammes du poète athénien ne sont pas meilleures que les siennes, ses allusions ne sont pas plus transparentes ni plus fines, ses personnifications plus piquantes. Seulement les plans d'Aristophane sont plus étudiés et ses plaisanteries plus amères.

Tous deux attaquent des institutions. Aristophane s'en prend' à tous les détails du gouvernement athénien, les élections, les délibérations, les jugements; il s'en prend aux généraux, aux orateurs, aux philosophes, aux écrivains, au^ savants, et souvent il désigne les individus par leur nom. Il bafoue Cléon, turlupine Euripide et conseille de mettre le feu à la maison de Socrate. Il est inplacable contre ses ennemis. Après les avoir couverts de ridicule , il excite les passions contre leur personne et les livre à l'animadversion générale.

Rabelais n'a pas de ces colères. Ses attaques sont

Page 1