PRÉDÉCESSEURS DE RABELAIS
vives et spirituelles, piquantes, implacables même quelquefois, mais U ne s'en prend jamais aux individus. Ceux qu'il attaque n'ont pas de nom et s'appellent légion. Il déverse sur eux le ridicule et le mépris, jamais la haine — à une seule exception près, lorsqu'il s'agit du tribunal des chats fourrés. Hors de là il est plein de mansuétude. Aristophane n'a jamais pour personne un mot de sympathie. Il n'y a pas dans ses comédies deux individus qui aient de l'amitié l'un pour l'autre. Tout le monde s'aime chez Rabelais.
Il y a une différence plus grave encore entre le grand comique athénien et le grand comique français. Aristophane met toutes les ressources de son esprit au service de la petite faction aristocrati- , que qui aspirait à gouverner Athènes et qui sympathisait avec les ennemis du dehors. Il attaque tout ce qui tend au progrès, il s'en prend à Socrate, à Euripide qui poussent leur pays dans la voie de la culture intellectuelle ; ' il exalte tout ce qui peut faire reculer la civilisation. II protège de sa verve sarcastique les institutions vieillies et l'ignorance antique.
Rabelais au contraire s'en prend aux institutions vieillies, il ridiculise l'ignorance, la corruption, les ennemis de la science , de la justice et de la liberté. Il pousse se3 contemporains en avant ; Aristophane pousse les siens en arrière. L'influence de Rabelais a été bienfaisante. Aristophane a fait beaucoup de mal à sa patrie.
Dans un article intitulé Aristoj^hwm est Babelais^