‹ Rabelais et ses œvresChapitre 109 sur 134 · PLUTARQUE · texte numérisé non relu

PLUTARQUE

qui fait partie de son recueil Littérature et Histoire \ M. Littré nous paraît s'être complètement mépris sur le rôle d'Aristophane. U lui attribue l'honneur d'avoir préparé la transformation de la société athénienne. Mais est-ce que Socrate, est-ce qu'Euripide ne préparaient pas aussi cette transformation? Seulement, si leur parti avait triomphé, cette transformation se serait accomplie par les voies pacifiques et patriotiques , au grand profit de l'humanité , de la civilisation, du progrès social. Aristophane; en pactisant avec les Spartiates qui faisaient alors la guerre aux Athéniens et qui finirent par remporter la victoire, a contribué en effet à cette transformation , mais au prix d'humiliations pour son pays, d'exécutions sanglantes, de proscriptions et d'un long recul de la civilisation, La différence qu'il y a entre Aristophane et Rabelais, différence dont M. Littré n'a pas l'air de s'apercevoir, c'est que tout ce qu'a attaqué Aristophane a survécu, ou survivra, que tout ce qu'il a défendu a péri , — tandis que tout ce que Rabelais a attaqué a disparu ou est destiné à disparaître , et que ce qu'il a loué survit ou survivra. Aristophane était un grand artiste de peu de jugement. RabelaiB était un moindre artiste peutêtre, mais de jugement supérieur.

Les noms de Plutarque et de Lucien reviennent sans cesse sous la plume de Rabelais. Pour le premier pourtant, c'est moins le Plutarque, des Hommes illustres que celui des Œuvres morales ^

Cette prédilection pour ces deux écrivains s'ex-

* Un volume in 8«, 1876, p. 150.

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plique aisément Tous deux viyaie&t à une époque où les idées, les systèmes, les religions étaient en fermentation, comme au XVI'' siècle; tous deux sont riches en renseignements précieux, non pas seulement sur les faits , mais sur les idées ; les faits qu'ils rapportent ne sont pas des simples actes de l'activité humaine, ce sont des actes de la pensée humaine, des anecdotes qui font réfléchir. Plutarque est le QpUectionneur par excellence de ce genre de renseignements. Après avoir voyagé en Egypte, en GrècQ, à Borne, il était revenu s'établir dans sa petite ville de Chéronée , où il était prêtre d'Apollon et exerçait des fonctions municipales* C'était à peu près la position que Rabelais eût pu occuper à Meudon si on Ten avait laissé jouir. Là Plutarque lisait, extrayait, compilait, prêchant la morale à coups d'exemples et sans haute prétention. C'est avant tout un causeur dans le genre de Montaigne, avec moins d'élévation dans l'esprit, il est vrai, mais avec une érudition plus étendue* C'est cette science variée, cette connaissance du cœur humain, cette abondance de renseignements intellectuels jointes à sa bonhomie conteuse, qui ont fait de Plutarque l'auteur le plus aimé, et le mieux apprécié peut-être de toute l'antiquité. Rabelais se trouvait en famille chez cet écrivain qui avait tant de choses en commun avec lui, moins la gatté pourtant.

Cette gaité, il la trouvait, et la trouvait exubérante chez Lucien. Lucien s'était beaucoup plus mêlé au monde que Plutarque. Il avait voyagé plus

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