‹ Rabelais et ses œvresChapitre 110 sur 134 · LUCIEN. ' ' 45T · texte numérisé non relu

LUCIEN. ' ' 45T

longtemps et plus loin, et lorsqu'il se mit à éerire^ loin de s'enfermer dans une àolitude, dans une «petite cité peu fréquentée, il s'établit à Athènes, et, Mxk lieu d'adresser ses compositions à un lecteur absent, il les lisait, il en faisait ce que nous appel* lerions aujourd'hui des conférences.

A ce moment, le monde était en proie à une singulière préoccupation, à un besoin maladif de foi religieuse, à une soif de superstitions. La religion d'autrefois, l'hellénisme, n'avait plus de croyants :. ceux qui la respectaient, ceux qui la pratiquaient ne le faisaient plus que par tradition. La foule receyait avidement des croyances de toutes mains. C'est de l'Asie surtout qu'elles arrivaient, -h On sait que rEgyirf;e se rattachait alors à l'Asia — ll'Egypte apportait ses dieux incarna sous des formes matérielles, la Babylonie ses divinités astronomiques et astrologiques, la Syrie ses dieux de là nature, la Perse ses génies, les Brahmes leur métempsychose^ les Boudhistes frappaient les esprits par leurs pénitences — sans compter les Chrétiens à qui l'avenir appartenait, mais que, au.premier abord, on pouvait confondre avec lea autres sectes. Oi^ n'enten* dait parler que de miracio^, d'apparitions surnaturelles, de voix mystérieuses. Nombre d'imposteurs profitaient de ces dispositions du public pour se faire an rOle. Lucien en a connu deux pour sa part. L'un, Pérégrinus, avait annoncé qu'il se brûlerait solennellement à Olympie , et il le fit devant un nombreux public. Lucien qui faisait partie des spectateurs, rencontra, en retournant cbes lui, des curieux qui lui demandèrent des détails. La vérité simple ne les satisfaisait pas, ils s'attendaient à quelque

PBÉDéCESSETJKS DE BÀBELÂIS.

contact, comme noas TaTODS montré, mais il cite plusieurs fois Boccace. Nous n'avons pas rencontré le nom de Folengo dans son livre ; mais si le nom n'y est pas, la Maccaronée y est largement représentée.

Quant aux écrits du moyen âge , il connaît tout ce qu^on en a imprimé au XYI* siècle, c'est-à-dire les traités en latin, et les romans et contes, dans leur traduction en prose française. Il &it de fréquentes allusions aux contes, aux fabliaux, aux poètes du XV' siècle, il a une prédilection pour Villon et cite avec sympathie la farce de Maître Herre Tathélin^ dont le héros, a, ainsi que Villon, plus d'un trait commun avec Panurge.

Pathelin est, C(mime Panurge, xm homme d'esprit déclassé, un savant affligé de la maladie Faute d'argent. Au moment où commence la pièce , non seulement il n'a pas d'argent, mais il n'a pas même un habit décent pour se présenter et pour trouver les moyens d'en gagner. H y a bien du drap chez le voisin , mais comment fedre pour que ce drap passe de la boutique du marchand sur son dos, à lui ? Nous n'avons pas vu Panurge en pareille situation, mais on peut douter qu'il en fftt sorti aussi habilement. Quant à feindre une maladie, et à mettre le médecin en fuite, cela rentre dans ses moyens; mais devant le juge eût-il aussi bien tiré parti de l'embarras de son adversaire? il est permis d'en douter. Panurge n'aurait pu retenir sa langue, il aurait parlé, il aurait triomphé aussi, mais d'autre façon, en faisant naître des circonstances nouvelles, et non en tournant à son profit celles où il se trouvait. Panurge a besoin de prendre l'initiative.

ÉCBITS DU MOTEN AGE. 461

Il ne se fîlt pas non plus laissé démonter par un mouton vêtu, et il aurait tout au moins fait au berger quelque méchante farce dont celui-ci se serait souvenu. Mais ces différences n'empficbent pas Pathelin et Panurge d'être de la même famille, et Ton peut hardiment compter cette comédie anonyme au nombre des ouvrages qui ont exercé leur influence sur Rabelais.

Vin.

Au moyen âge, tout recueil de contes a généralement un but, un but moral et même religieux. Les compositions de ce genre sont nombreuses, nous n'en citerons que deux, qui peuvent servir de types : le Livre de la Tour Landry pour Vimtruetion de ses filles et le Violier des histoires romaines.

Le premier, achevé en 1372, fat imprimé en anglais avant de l'être en français, et jouit longtemps d^une grande vogue. Dans son premier chapitre, Tauteur nous raconte qu'un jour de printemps, étant assis à Tombre sous un arbre, tout en écoutant des merles, des mauvis, des mésanges qui chantaient dans le parc, il vit venir vers lui ses filles, et prenant pitié de leur jeune i^ftge, il eut Tidée de composer pour leur instruction \m livre de bons conseils et ' de bons exemples, propre à les guider dans la vie, quand il ne pourrait plus les guider lui-même. Il se mit à l'œuvre et au bout d'un an les «six-vingt huit chapitres» qui composent le livre étaient au complet. Les histoires que raconte le brave chevalier sont loin d'être toutes édifiantes. Il y en a même d'assez gaillardes, mais elles sont entremêlées de pieux conseils qui, dans la peu-

462 PRÉOÉCESSEUBS DE RABELAIS.

sée de Tauteur, devaieùt racheter ce qu'il y avait de trop hasardé dans les tableaux offerts aux regards.

Le Violier des histoires romaines est un recueil analogue. Les histoires sont au nombre de 149 et généralement plus longues; il en est qui sont de vrais romans ou tout au moins des nouvelles étendues. L'ouvrage, d'abord composé en latin, s^appelait Gesta Romanorum^ parce que les trois ou quatre premières historiettes se rapportent à des personnages romains. Différents traits de ce recueil, comme du précédent, sont empruntés à la Bible et de plus nombreux encore à la légende. Chaque histoire, édifiante ou non, est accompagnée d'une moralité, généralement allégorique, très subtile et très alambiquée, qui a pour objet, comme dans l'ouvrage de la Tour Landry, de sanctifier des traits, dont, sans cela, nous aurions bien quelque droit de nous scandaliser.

Les prédicateurs sont dans le même cas. Ils se permettent de singulières libertés dans les termes, et pour faire rougir du yice, ils ne reculent pas devant des tableaux circonstanciés, qui nous semble- . raient passablement scandaleux aujourd'hui dans un livre mondain. Us abondent surtout en contes piquants. C'est là que La Fontaine a trouvé entre autres sa fable des Animaux malades de la peste, dont il a toutefois gazé quelques détails ; c'est là que Babelais a tiré son histoire des cloches, celle de la linotte de Jean XXII, et nombre de petits contes et d'allusions que nous avons jugé inutile de relever*.

^ Voir K ce sujet, Gérusez, Histoire de Véloquence poim-

Page 1