‹ Rabelais et ses œvresChapitre 117 sur 134 · L*HI8T0IBE DU BOI DE BOHÊME · texte numérisé non relu

L*HI8T0IBE DU BOI DE BOHÊME

le moins nerveux ; cependant si Ton persiste, on est dédommagé. H voit le monde en petit, il étudie lés sentiments humains avec un microscope, il a des' commentaires infinis sur une pensée fugitive, mais il voit juste. Sa plaisanterie est très cherchée, très étu-' diée, mais elle atteint son but ; sa sensibilité est un peu pleureuse, mais elle nous touche, à la condition cependant que nous ne serons pas trop impatientés' des préparatifs. Il a des histoires de mendiants, des histoires d'&nes , de pauvres jeunes filles , qui sont vraiment touchantes. II a des caractères bien tracés ; celui de ronclé Tobie, avec sa manie de suivre les opérations de la guerre en établissant des fortifications en petit sur son propre terrain , celui du caporal Trim, Thistoire touchante de Lefèvre, nous ramènent à ses livres, si nous avons eu le bon esprit de suspendre la lecture au moment où Tagace^ ment allait commencer. H y a,- dans le Voyage sentimentcU surtout, quelques pages délicieuses.

Dans un chapitre de Tristram Shandy, il est question de V Histoire du roi de Bohême et de ses se^t châteaux^ que l'auteur nous montre en perspective, mais qu'il ne nous raconte pas. Charles Nodier a entrepris de nous là racoiïtér ou plutôt de ne pas nous la raconter. H a publié, en 1830, avec illustrations, une prétendue Histoire du roi de Bohême et de ses sept châteaux^ où Ton ne voit apparaître ni le susdit roi, ni aucmi dé ses' châteaux, mais où nous retrouvons les plaisanteries à là Sterne, les phrases interrompues , les chapitres de quelques lignes imprimée à Tenvers , les énumératiôns et les listes à la

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Babelais, les citations d'auteurs iucouuus, et les prodiges de stjle^ car Nodier qui montre peu dluven* tiens dans ses romans, a fait des merveilles en ce genre. Mérimée nous apprend qu'il avait copié tout Babelàis pour se faire la main. Son livre ne parait pas avoir eu beaucoup de succès. Les critiques d'à* lors le mentionnent à peine. U 7 a pourtant deux channantes histoires dans un ton tout à fait étranger à Babelàis, mais où Sterne se reconnaîtrait, aux moments oii il s'attendrit L'une est celle d'un pauvre aveugle, élevé avec une jeune fille aveugle qui lui avait juré de l'aimer toujours. La jieune fille était riche, elle recouvra la vue et oublia son compagnon d'infortune. Cette histoire est racontée en style perlé; l'autre qui est destinée à lui servir de contraste, est en style rustique. Charles Nodier avait rêvé toute sa vie d'écrire un récit aussi simple ^^^ naturel que celui du Petit Poucet ; il s'agissait d'acriv^Qr par l'étude à cet excès de naïveté* Plusieurs tentatives faites par lui avaient échoué, entre autres son conte de Trésor des fèves et Fleur ies pois^ qui a des parties charmantes, mais qui pèche ^ans l'ensemblcL Nodier réalisa son idéal dans VS&sMre du chim à Brisquet^ «qui n'allit qu'une fois au bois et que le loup man* git». Le fonds du récit est pe^ de chose, mais la forme est un chef'^d'oBuvre dans son genre. George Sand en faisait le plus grand <^, et disait que lorsqu'elle voulait se donner complètement le ton champêtre, elle relisait cette histoire

Dans le genre plaisant, il faut signaler aussi l'histoire de Mistigri et du roi de Tombouctou , qui est d'une spirituelle fantaisie.

Nodier, dans ce livre a ^t des imUatioDS, des

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pastiches 4e divers styles. Une quarantaine à» pagea sont en stylie rabelaisien. Voici, comme échantillon^ la. description quUl fait des habitants de Tombouctou« U €^t bie^n Qntepdu que Toipbouiçtou n'est pas li^. Yîlle a^icaine. Metjb09f3-la en Dipsodie, si vous voulez.

Tumbuctiens sont gens a priser entre tous humains , fdsqaes , guallants , coquartz » bien advenans en leur maintien, bien advai^tagez en nez, idoines à. tous jeux plaisants, bons rencontres et bonnestes devis , agutz afftneurs et desiûchenrs . de cailles ohapperenBéee et Yotdenti^rs aimaas mieulx cent meswB di^s qu'jm voyrre âe vin ba, an deanouraat féaulx salii^cta, beau?: payeur» d'in^p^a y et furent aassi bons cbris* tîans.que le fustes onc(]^ues^ n^aia les beatz petits pères encuculionnés [encapucbonnésl do l'ultime cojielle , vous les fulminarent et vous les excoramuniarent comme serpes [serpents] po^iju^e q^u'il^ s'esjtojiç^t m^acpmi^ez en barbottant Jeurs oraiwWi e%,msmi9 suSraigQS) m nombre .^^s poils del^ cabre (cb^ ▼ve) d^ m^is^igi^r saint, ^pacosme* Qi^^ ï>m e9. soit 1pq4, pav^QOîb I ^ati^^ de bsevjiaii?^ K

CTest un pastiche, un centon de phrases et de mQt^ Çîis, çft et là ; il y manque Tinspiration, mais le. pa^iche est fort bien réussi.

I^s.idées ingpteâ^^^s abo»4^t dans ce liyrie, h^^ tiguant à lire cependant ; tel est le passage où Fauteur prétend que^ Toi^ a attribué à tel oa tel individu, tQl. ou t^ acte» tel ou tel ouvrage, ^ rai* S9TI du: no^tn qu'il portait. Ainsi Ftâlippe a dt néce^sai^d^enit awer li^s cbevau^,, Nicias a dû être 7Ji(^o]rieu:(f Démosthène a été la force d'unpeuplei, Aristide, le modèle des bons. Til^uU^, dont Je nom ^gnifi^.piçjtite àûte, a dft foira des vers tendresi MArtialf a , dû. foirei de$. épigirapimes qui frappât comme, m^ marteau^ Tacite a dû être concis ^t

^ Sîfi^çdre éht rçi de Jf^^êm^V*^ de la 1'* éditioa.

500 IMITATEUBS DE BABELAIS.

Fieras, fleuri dans son Histoire romaine. C'est une critique du symbolisme à outrance appliqué par certains écrivains à Thistoire primitive, à la mythologie, quia fait de Fhîstoîre de Napoléon P' une légende solaire et oin explique le eonte du Petit Poucet par Pastronomie.

Nodier n'a guère cherché à prendre à Rabelais que sa forme, Balzac a voulu davantage. Il a tenté de Timiter en se servant de sa langue pour dire certaine!^ choses, pour tracer certaines peintures que la langue ordikiaire était impuissante à retracer. Voici ce que dit à ce sujet M. Taine :

La libéré fort grande da style contemporain et parisienne lui suffisait pas. Il prit celai de Rabelaiset de Brantôme poar peindre avec la minutie da seizième siècle les crudités da s^zième siècle, et il composa les Contes drôloHçpte», contes ad* mirables, mais plus -que lestes, où tontes les convoitises physiques, déchaînées et satisfaites, se démènent comme une bacchanale dePriapes enluminés.. George Sand, ayant lu l'ouvrage, le trouva indécent. Il appela George Sand prude, de trèff bonne foi . . La IcHwe de Balsao appKKÀAit quelquefois de la grossièreté '.

Ces contes sont en effet plus dignes de Béroalde de Verville que de Babelais. Balzac n'en a inventé qu^un petit nOml]|re, il les a recueillis pour la plupart, sôit de vive voix dans la tradition, soit chez des conteurs de bas étage auxquels il a repris son bien. La forme seule lui appartient. Le style, il faut en convenir, est d^une souplesse étonnante, et d'une couleur que Taine compare au coloris rutilant de Jordaens. Mais c'est un style de fantaisie, un

^ Nomeaux JBssaisdecrUique et éPhi9toire,WdSiià l%p. 74.

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