III. PANTAGRUEL. — LE JUGE BRIDOTE
< — Mais demanda Trinquamelle à quoi re- €onnaissiéz-yous que les droits des parties plaidantes étaient obscurs ?
— Je faisais comme vous, messieurs ; j'en jugeais par la quantité de sacs qu'il y avait de part et d'autre. Dans ce cas, je fais comme vous,, messieurs, j'use de mes petits dés suivant la loi : semper in ^tipuîatîonihus, ff de regulis juris^ et la règle versifiée pentamétriquement ;
Semper in obscurîs quod minimum est sequimnr. ) Quand le cas est obscur, nous prenons toujours ce qu'il y A de plus petit.]
— < J*ai d'autres gros dés, dont j'use, comme vous autres messieurs, quand la matière est plus claire <^'est-à-dire quand il y a moins de sacs.
— Mais cela fait, comment jugiez-voas ? demanda Trinquamelle.
— Comme vous, messieurs, je donnais gain de •cause à la partie que le sort des dés avait favorisée, 4îomme les lois le commandent :
Qui prior est tempore, potior est jure. [Le premier dans le temps l'est aussi dans le droit.]
— Puisque vous décidez par les dés la perte ou le gain des procès, pourquoi ne prononcez-vous pas votre jugement les jour et heure où les parties comparaissentdevant vous, sans les faire attendre si longtemps ? A quoi vous servent les écritures et autres procédures contenues dans les sacs ?
— Comme vous, messieurs, je trouve à ce délai trois avantages importants.
« Le premier est celui de respecter la forme ; tout