YEETUS DE CETTE PLANTE. 6S
Les services rendus par les autres produits textiles ne sont rien auprès de ceux qu'on tire du chanyie.
Il couvre les armées contre le froid, et la pluie, certes plus commodément que ne faisaient jadis les peaux ; il couvre les théâtres et les amphithéâtres contre la chaleur, il énceint les bois et taillis au plaisir des chasseurs, descend en Teau douce ou salée au profit des pêcheurs. Par cette plante
sont bottes, bottines, botasses, honzeanlx, brodequins, souliers, escarpins, pantoufles, savates, mises en forme et en usage. Par elle sont les arcs tendns, les arbalestes bandées. Et comme si ce fût mie iierbe sacrée révérée des Mânes et Lémures, les corps humains morts ne sont pas inhumés sans elle.
Babelais nous montre encore les meules des moulins mises en mouvement à l'aide du chanvre « à insigne profit de la vie humaine > ; il nous peint les navires emportés et dirigés à l'aide des cordages et des voiles de chanvre, et les nations les plus éloignées, les plus inaccessibles, venant à nous et nous à elles «chose que ne feroient les oiseaux, quelque legiereté de pennaige qu'ils ayent et quelque liberté de nager en l'air qui leur soit baillée par nature. > Grâce au chanvre, Ceylan a vu la Laponie, les Islandais verront l'Euphrate; «Boreas a veu le manoir de Auster : Eurus a visité Zéphyre.>
De mode que les Intelligences célestes, les dieux, tant marins que terrestres, en ont esté tout effrayés, voyant par l'usage de cestay benedict pantagrnelion, les peuples arctiques en plein aspect des antarctiques franchir la mer Atlantique, passer les deux tropiques, volter sous la zone torride, mesurer tout le zodiacque, s'esbattre sous Fequinoctial, avoir Tun et Tautre pôle en veue èi fleur de leur horizon.
64 in. PA51Â6BUEL. — LE PASTAGÏUÉLIOX.
Ce dut être en effet nn spectacle menreilleux par sa nouTeanté que celai da ciel étoile yisible de Yun à Tautre pôle et en sa totalité dans l'espace de Yingt-qoatre heures. — Babelais nous représente les dieux pins effrayés de ce que peut fure Pantagruel avec son herbe, que de ce que tentèrent autrefois les géants. Il entreToit déjà FinTentâon des aérostats, qui permettront de s'élever dans l'espace et de visi* ter les dieux Olympiques dans leurs demeures aériennes. L'un des dieux va jusqu'à s'écrier :
Par ses enfuits (peut eslie) sera invoitée herbe de semblable énergie : moyennant laquelle pourront les humains Tisiter les sources des gresles, les bondes des pluies et l'officine des fouldres.
Cette partie de la prédiction de Babelais est déjà accomplie. C'est la partie pratique. Le dieu continue en désignant diverses constellations, célestes, dont les noms pavent s'appliquer à des hotds :
[Les hommes] pooiront envahir les régions de la lumière, entre le territoire des signes célestes, et là prendre logis , les uns à TAigle d'or , les autres au Mouton [Bélier], les autres à la Couronne [Boréale], les autres k la Harpe [Lyre] , les antres au Lyon d'argent ; s'asseoir à table avec nous, et nos déesses prendre à femmes, qoi sont les seulz moyens d'être déifiés.
Et là-dessus les dieux se mettent à délibérer comment ils pourront refréner cette audace des hommes.
Une fois lancé dans le pays des merveilles, Rabelais ne s'arrête pas. Il va maintenant nous entretenir d'une substance qui n'a rien de commun avec le chanvre, il est vrai, mais dont on &it du fil et même de la toile.