LITRE 17. — TOTAGE A L'ORACLE DE LA DIVE BOUTEILLE
nîvers, qtii a voulu que les cheveux fussent en rhomme comme racines, les jambes comme rameaux; tandis que les enfants de Nature se tenaient dans la position peu logique d'un arbre renversé. Elle prouvait de même qull était plus raisonnable de tourner les bras vers les épaules, afin de défendre le dos, qtie de les diriger en avant, où le corps avait déjà les dents pour se défendre. Par ces raisons et autres semblables. Antinature se fit un grand nombre de partisans; tels étaient les Matagotz, Cagotz et Papelars — qui avaient inventé le carême — les Maniacles Pistolets — ou maniaques de Pistoie, sectaires qui s^étaîent manifestés à Pistoie vers 1 SOO, — « les Démonîacles Calvins, imposteurs de Genève, les enragés Putherbes, Britfaulx, Caphars, Chattemîttes, Canibales et autres monstres difformes et ebntrefaîcts, en dêspit de nature. >
On voit que, si Rabelais attaqué les catholiques ^ur la question du carême, ce n^est pas au profit des protestants , puisqu'il inscrit Calvin au nombre des enfants de Coûtrenature , côte à côte avec le moine Puits-Herbault (Putherl)e), les hypocrites de toute couleur, et les ^cannibales mangeurs de chair humaine.
Pendant que Xénomanes faisait le portrait de Quaresnaeprettant, frère Jean se mit plus d'une fois en colère, et en apprenant que ce grand Lanternier avait failli exterminer les Andouilles grasses ^ui habitaient Tlle voisine, il voulait absolument descendre dans son lie pour le mettre en pièces. Panurge combattit cette idée. Il déclara qu'il notait
LE 80CFFLEUB OU PHYSETÈRE. 161
ni assez fou ni assez hardi pour attaquer le Carême. Si on s'engageait dans cette affaire, on ritsquerait de se trouyer pris entre lui et les AndouU* les — entre les partisans du maigre et les partisans du gras — comme entre renclume et les marteaux. Mieux valait passer outre.
On le crut et l'on se dirigea vers Tîle Farouche, séjour des Andouilles. Mais à ce moment on aperçut un énorme physetère^ un souffleur , qui s'avançait vers les voyageurs « bruyant, ronflant, enflé, » plus haut que les hunes des navires, «et jettant eaux de la gueuUe en Pair devant soy, comme si fust une grosse rivière tombante de quelque montaigne.»
La petite flotte se dispose en Y, et l'on se prépare à attaquer l'énorme bête. Panurge tremble de peur, suivant son habitude. Gela ne l'empêche cependant pas de donner libre cours à son érudition, et de rappeler Andromède exposée à un monstre marin, et le duc de Glarence qui, condamné à mort, demanda à être noyé dans un tonneau de Malvoisie. On fait pleuvoir sur le souffleur «dards, dardelles, javelotz, espieux, pertuisanes, etc., rien n'y fait : les gros boulets semblaient fondre sur sa peau «comme font les tuilles au soleil.»
Pantagruel intervient alors. U était d'une adresse merveilleuse. A mille pas, avec une de ses flèches, il ouvrait les huîtres en écaille sans toucher les bords ; il mouchait une bougie sans l'éteindre, frappait les pies à l'eeil , dessemelait des bottes sans les endommager, et tournait les feuillets du bré* viaire de frère Jean sans rien déchirer. Il lance au souffleur un premier dard sur le front, et lui transperce les mâchoires et la langue, si bien qu'il
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n'ouvre plus la bouche et ne jette plus d'eau; au second coup, il lui , crève Tœil droit; au troisième, l'œil gauche. Ces trois dards avaient été si adroitement lancés qu'ils lui faisaient trois cornes sur le front. Pantagruel lui en. lança également trois autres sur réchine , à égale distance l'une de l'autre, une quatrième sur la queue, — et enfin cinquante sur un flanc et cinquante sur l'autre , si bien que la grosse bête se tourna sur le dos, comme font d'ordinaire les poissons morts , et l'on n'eut plus qu'à la tirer après soi quand on aborda l'île Farouche. Là le souffleur fut dépouillé de sa graisse, qu'on prétendait être fort utile à la guérison d'une maladie assez commune, celle qu'on appelle «Faute d'argent. »
Depuis que Panurge a posé la question de son mariage, nous n'avons pris qu'une seule fois Rabelais en flagrant délit de fantaisie: la sortie de Gargantua contre les mariages subreptices. L'apparition du souffleur est-elle un nouveau cas du même genre ? Cela n'aurait rien d'étonnant. Rabelais aime à décrire et à faire parade de son érudition, et l'on pourrait penser qu'il a saisi cette occasion pour fournir une nouvelle preuve de son savoir et de son talent. II n'en est rien cependant ; l'apparition du poisson gigantesque entre l'île de Quaresmeprenant et celle des Andouilles n'a rien de fortuit. Après l'île des Lnitateurs, nous avons eu l'histoire de Dindenault et de ses moutons, qui offre un exemple de l'imitation poussée au delà des limites de Tabsurde. Ici les faits se succèdent dans un ordre semblable. L'auteur a commencé par nous divertir aux dépens de Quaresmeprenant en personne, mainte-
LE CARÊaiE ET LES ANDOUILLES. 163
nant il personnifie Tichtyophagie , Tabstînence de viande et l'usage du poisson, dans un poisson colossal. Pantagruel, qui s'est moqué de l'abstinence à propos de Quaresmeprenant , attaque le poisson , le larde de flèches, le rend ridicule et le tue au profit des habitants de Tîle Farouche, des mangeurs de gras, des ennemis de l'abstinence. L'allégorie est claire, et il nous semble inutile d'insister. C'est un second assaut donné à l'abstinence quadragésimale. Nous ' en verrons plus loin un troisième.
Les voyageurs abordent à l'île Farouche. En face de Quaresmeprenant et de ses troupes nourries de poissons, nous trouvons celles des Andouilles, habituées à faire gras toute l'année. Mais ne croyez pas que l'on soit plus tolérant ici que dans le pays voisin. Les Andouilles calvinistes sont terriblement soupçonneuses. Quiconque admet la justification par les œuvres et non par la foi, quiconque n'est pas préoccupé avant tout du péché originel et croit que tout homme, sans exception, peut être sauvé à la condition de bien vivre, celui-là est suspect et doit être rejeté de la communion. Nos voyageurs s'en aperçoivent bientôt.
Ils avaient pris terre dans un petit port de l'île et dînaient joyeusement sur l'herbe dans un charmant petit vallon, près d'un cours d'eau. Au moment du second service, Pantagruel aperçut certaines petites Andouilles apprivoisées, qui avaient monté sur les arbres pour les regarder manger. Ils comprirent qu'ils étaient en pays hostile, et qu'ils avaient en face d'eux les ennemies acharnées de Quaresmeprenant.
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Pantagruel aurait bien voulu réconcilier les deux parties, les deux communions ennemies. Xénomanes lui dit que c'était impossible. Lors d'un voyage qu'il avait fait précédemment dans le pays, il était parvenu à ménager entre les adversaires une sorte de trêve; mais depuis que le concile de Ghésil [lisez de Trente] avait maintenu le carême, les Andouilles et Quaresmeprenant s'étaient monté réciproquement la tête ; les Andouilles surtout avaient montré que ce n'est pas pour rien que leur domaine s'appelait l'île Farouche ; elles étaient devenues incroyablement intolérantes, voyant partout des ennemis, et donnant ce nom à tous ceux qui ne se livraient pas à elles sans réserve.
Les Andouilles qui avaient grimpé sur les arbres étaient en effet des espionnes; elles allèrent avertir leurs compagnes, qui s'avancèrent en corps de bataille pour attaquer les voyageurs, avec fifres, trompettes et clairons. D'après leurs 78 enseignes (remarquez ce nombre, qui revient constamment) on jugeait qu'elles pouvaient bien être 42,000*
La bataille est livrée dans toutes les formes. Frère Jean se met à la tête des cuisiniers, et attaque avec des broches et autres instruments de cuisine. Pantagruel fait dignement son rôle de général et de géant. Quant à Panurge, pendant la bataille, il se charge de garder les vaisseaux et de prier pour les combattants. Après la victoire, il est stipulé qu'une certaine quantité d'andouilles sera payée chaque année à Gargantua, et on lui expédie le premier payement ; mais un grand nombre des prisonnières périrent en chemin; on les enterra à Paris dans la rue Pavée d' Andouilles, qui a pris plus tard
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le nom de rue Pavée-Saint^Aûdré-des-Arts. C'est aujourd'hui la rue Séguier.
Pantagruel reconnaît que Texagération des inan-, geurs d^andouilles n'est pas moins ennemie de la yérite que celle des mangeurs de poisson, et il poursuit sa route.
Les voyageurs vont se remettre et respirer dans rUe de Suach. Respirer est le mot, car là les habitants ne se repaissent que de vent. C'est le pays de la vanité et de la présomption.
Lucien, dans son Histoire véritable^ avait déjà montré des hommes se nourrissant de fumée. Suivant lui, les habitants de la lune, quand ils veulent dîner, < allument du feu et font rôtir sur le charbon certames grenouilles volantes qui sont chez eux en grande quantité, puis ils s'assoient autour de ce feu comme autour d'une table et se régalent en avalant la fumée qui s'exhale du rdti. Tel est leur plat solide. »
A Ruach, les habitants mangent simplement du vent, qu'ils renouvellent, les pauvres par girouettes, les riches par moulins à vent; ils dégustent les vents et apprécient leurs différentes saveurs, comme nous &iïsons des vins, et ils en font provisiou. Ils se plaignent à Pantagrael d'un personnage qui leur a fait beaucoup de mal, l'empereur Bringuenarilles, grand amateur de vaine renommée aussi, qui se repaissait de moulins à vent, Lors de sa première visite on mit dans les moulins force coqs et force poules. La première fois qu'il les avala, peu s'en fallut qu'il n'en mourût, car les coqs lui chantaient dans le
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corps, les poules lui volaient à travers Testomac, et les renards du pays, qui entendaient tout cela, s'élançaient dans sa bouche pour les poursuivre. Le médecin, pour le guérir, lui conseilla d'écorcher un renard [vomir] à l'heure du paroxisme, et cela lui réussit On lui donnait aussi des pilules composées de lévriers et de chiens terriers. Mais c'était un rude voisin que ce personnage. — « N'ayez plus peur, lui dit Pantagruel. Le grand avaleur de moulins à vent est mort, je vous l'assure; Il est mort suffoqué et étranglé en mangeant un coin de beurre frais [c'est-à-dire un morceau de pain formant le coin, entouré de croûte de trois côtés et garni de beurre] à la gueule d'un four chaud, par l'ordonnance des médecins, et il ne reviendra plus dans l'île du Vent. >
Cette dernière circonstance de la mort de Bringuenarilles se retrouve dans les traditions des environs de Cherbourg. Plusieurs personnages fantastiques des récits populaires meurent de même < ea mouougeant un coin de buurre frais à la goule d'un fouour, par ordonuanche de mechchin. » Cette fia d'un personnage fabuleux est ordinairement présentée d'une façon ironique, et comme conclusion d'un récit auquel on n'ajoute pas foi. On ne peut guère admettre qu'on l'ait empruntée à Rabelais; mais d'oii cette idée bizarre est-elle provenue? Est-ce une fantaisie? est-ce une allusion? est-ce une simple plaisanterie contre les médecins et leurs remèdes impuissants? Nous n'avons rien pu découvrir à ce sujet.
Les circonstances qui précèdqnt la mort de Bringuenarilles rappellent d'assez près celles qui accom-
l'Ile des vaikes disputes. ' IÇT
pagnent la mort du même géant dans le Dieciple de Fantagruel. Mais ce n'e3t pas une raison pour attribuer cet ouvrage à Babelais, comme Ta fait le dernier éditeur. La ressemblance entre les deux récits prouvé simplement que Rabelais avait eu connaissance du livre de son iznitateur, et qu'il a cru pouvoir y puiser comme il a puisé dans une foule d^autrès compositions, dont il s'est inspiré pour faire mieux. Nous serions même porté à penser, à cause de la manière sommaire dont cet épisode est énoncé, que les deM% auteurs se sont emparés d une j^isabterie populaire qui circulait avant eux, et qui trouve ici naturellement sa place dans Tile du Vent ou de la Vaine Gloif e,
Remarquons aussi la place de VMe du Vent, entre celle où Ton observe le carême avec passion et celle où on ne Tobserve pas, avec une passion non moins vive. Les deux lies que nous venoos de quitter mettent en présence les catholiques et les protestants, les deux lies, que nous allons aborder vont dérouler devant nous la suite du tableau : File du Vent, placée au beau milieu de cet ai:chipel des luttes religieuses, a évidemment pour but d'insinuer que cette lutte est futile, qu'autant en emporte le vent, et qu'attacher tant d'importance à des différences de détails' entre les deux, conférions chrétiennes, c'est se nourrir de vent, comme font les habitants de Buach. Biglais plane au-dessus. Nous venons de le voir partageant également . ses critiques entre . les deux cultcis, et mettant sur le piâme pied les exagérations de Calvin et celles de Puits -Herbault. Nous allons retrouver à peu près IjSr même impartialité dans la peinture des deux populations de
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Fapefiguière et de Papimaûie. Les protestants tou^ tefois sont un peu plus maltraités.
C*est à Papefigidère que Ton débarque d'abord. Les habitants de cette lie étaient autrefois riches et libres; on les nommait ^gaïllardeûs^. — Il pour*^ rait bien y avoir ici une allusion aux liberiins de 6e^ nève qui avaient fait à Calvin une si vive oppositioi^ — Mais depuis ils étaient devenus pauvres, malheu* reux et sujets des Papimanes. Ils étaient allés à nm fête chez les Papimanes, leurs voisins. On avait exposé à Padmiration des fidèles l'image en pape. L usr d'eux lui fit la figue. Les PapimaneS, pour le venger, prirent les arme^ ravagèrent le pays et soûmi-* rent les habitants dei Tapefiguière^ mais après les avoir fefcés à la môme eérémonie humiliaate que Frédâic Barberousse imposa aux habitants de Milan, à retirer avec la bouobd une figue placée sous^ la queue d'une mule, et la remjsttre an môme en^ droit sans l'aide des mains. Ceox qui refusaient étaient pendus sans pltiâ.
Mais un malheur plus grand eoeore attendait lea habitants de Papefiguière. Leur pay« ftit abandonné aux lutins, c'est*à-^ire aux seôgneurs féodaux, qui une fois émancipés de l'autorité ecclésiastiqtve ou impériale, par suite de la Réforme, devinrent les mattrès absolus de leurs vassaux et en abuskent. La plupart de& csomnïeiitittettifs se sont trmapés sur le sens dé cet épisode. Après la guerre, «ce ne sont pa^ les Papimanes qui persécutent les^ habitants de Papafiguière, ce soM tes hitins e»trmt8 âe nobk et antique race^ qui régnent sans contèfàte «ir: le payé;, et ce sont
LE I^UTIN ET LE PATSAN.
eux dont les exactions tombent si rudement sur les pauvres paysans.
Les paysans parviennent quelquefois à les attraper cependant, si nous en croyons Rabelais. II nous raconte à ce sujet une historiette qui n'est pas de son crû, car, à notre connaissance, les paysans de I& Normandie et ceux de la Russie» qui n'ont lu Rabelais ni les uns ni les autres, la racontent également à leurs enfants. Il faut évidemment voir dans ce récit un de ces contes qui sont l'héritage commun de la race firryeone. Rabelais s'est borné à en faire Tapplication aux pays qui, au seixième siècle, se séparèrent de réglise romaine.
Un paysan de Papefiguière était en train de semer son champ, lorsque
dunrîent im diable, à titf e de seigneur. Ce diable était
Simple, ignorant, à tromper très facile, Bon gentilhomme et qui dans son courroux, N*avoit encor tonné qne stu' les chonx. - Vilain, dit-il, raquer à nul ouvrage N'est nton talent, je suis un diable issu De noble race et qui n'a jamais su Se tourmenter.
Il ne savait ni lire ni écrire, ajoute Rabelais. II demande au paysan ce qu'il &it là.
Le pauvre homme dit qu'il semoit celui champ de tourelle [blé sans barbe] pour soy aider k vivre l'an suivant.— Voire mai$| dit le diable, ce champ n'est pas à toi, il est à moi et m'appartient^ car depuis Theure et le temps qu'au pape vous fîtes la figue , tout ce pays nous (ut adjugé et abandonné. Toutefois semer blé n'eit pas mon estât, et je
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te laisse le champ , mais c'est à condition que nous partagerons le profit. — Je veux bien, dit le laboureur. — J'entends, dit le diable, que du profit advenant nous ferons deux lots. L'un sera ce qui croîtra sur terre, l'autre ce que en terre sera couvert. Le choix m'appartient, car je suis diable extraict de noble et cmtigue race, tu n'es qu'un villain. Je choisis ce que sera en terre, tu auras le dessus. En quel temps sera la cueillette? — Ami-juillet, répondit le laboureur. -— Bien , dit le diable , je ne faudrai m'y trouver. Fais au reste comme c'est ton devoir. Travaille, v31ain, travaille.
Trayailler est le fait de la canaille, Ne t'attends pas que je f aide un seul brin. Je t'ai jÀ dit que jétois gentilhomme, Né pour chômer et pour ne rien savoir. *
[Au revoir]. Je vais tenter du gaillard péché les nobles nonnains de Pettesec, les cagots aussi. De leurs vouloirs je suis plus que asseuré.
La mi-juillet venue, le diable se représenta audit lieu accompagné d'un escadron de petits diableteaux de chœur. Là rencontrant le laboureur, il lui dit: £t puis villain, comment t'es-tu porté depuis ma départie? Il convient de faire ici nos partages. — C'est (respondît le laboureur) raison.
Lors commença le laboureur avec ses gens seyer le bled. Les petits diables de mesmea tiroient le chaulme de terre. Le laboureur battit- son bled en Paire, le ventit, le mit en poches, le porta au marché pour vendre. Les diableteaux firent de mesmes, et au marché près du laboureur, pour leur chaulme vendre, s'assirent. Le laboureur vendit très bien son bled, et de l'argent emplit un vieux demi-brodequin, lequel ilportoitàsa ceiintore. Les diables ne vendirent rien : ains au contraire lea paisans en plein marché se mocquoient d'eux. Le marché clous, dist le diable au laboureur : Villain » tu m'as ceste fois trompé , à l'autre ne me tromperas. — Monsieur le diable, respondit le laboureur, comment vous aurois-je trompé, qui premier avez choisi ? Vray est qu'en cestuy choix me pensiez
^ La Fontaine. Contes^ livre I Y, 6.