LE LUTIN ET LE PAYSAN
tromper, espérant rien hors terre ne issir pour ma part, et dessous trouyer toat entier ]e grain que j'avois semé, pour d'iceloy tenter les gens souffreteux, cagotz, on ayares, et par tentation les faire en tos lacs tresbucher. Mais vons . estes bien jeane an mestier. Le grain que voyez en terre est mort et corrompu, la corruption d'iceluy a estô génération de Tautre que me ayez vu vendre. Ainsi choisissiez-vous le pire. C'est pourquoy estes maudict en TEvangile. Laissons (distle diable) ce propous, de quoy ceste année sequente pourras-tu nostre champ semer? Pour profit, respondit le laboureur, de bon mesnagier, le conviendroit semer de raves. Or (dist le diable) tu es villain de bien, semé raves à force, je les garderay de la tempeste et ne gresleray point dessus. Mais entends bien, je retiens pour mon partage ce que sera dessus terre, tu auras le dessous. Travaille, villain^ travaille. Je vais tenter les Hérétiques, ce sont âmes friandes en carbonnade: monsieur Lucifer a sa cholicque, ce luy sera une guorgechaulde.
Venu le temps de la cueillette, le diable se trouva au lieu avec un escadron de diableteaux de chambre. Lk rencontrant le laboureur et ses gens, commença seyer et lecueillir les feuilles des raves. Après luy le laboureur beschoit et tiroit les grosses raves , et les mettoit en poches. Ainsi s'en vont tous ensemble au marché. Le laboureur vendit très bien ses raves. Le diable ne vendit rien. Qui pis est, on se mocquoit de luy publiquement. Je voy bien, villain (dist adonc le diable) que par toy je suis trompé. Je veulx faire fin du champ entre toy et moy. Ce sera en tel pact, que nous nous entregratterons l'un l'autre, et qui de nous deux premier se rendra , quittera sa part du champ. U entier demourera au vaincueor. La journée sera à huitaine. Ya, villain, je te gratteray en diable. Je allois tenter les pillards, chicanons, desgniseurs de procès, notaires faulsaires, advocatz prévaricateurs : mais ilz m'ont fait dire, par un truchement, qu'ils esloient tous à moy. Aussi bien se fasche Lucifer de leurs âmes. £t les renvoyé ordinairement aux diables souillars de cuisine, sinon quand elles sont saulpoudrées [de sel].
y DUS dictes qu'il n'est de^jeuner que deessoliers : dis-
J72 LIVEE IV. — TOTAGB A l'oBACLE DE LA DIVE BOUTEILLE.
Aer que d'advocatz : ressiner que de vig^Derons : soapper qae de marchands, regoabillooner que de chambri^es : et toas l'epas que de farfadetz. Il est Tray. De fait monsieur Lucifer se paist à toiu ses repas de farfadetz pour entrée de tÀble. Et se sonloit desjefaner de escoUers. Mais 0aB> Besçay par quel malheur depuis certaines années ilz QUt avec lenrs estndes adjoinct les saints Bibles.
Plusieurs commentateurs voient dans ces paroles une confession de foi protestante ; nous ne sommes pas de leur avis. L'églûe n'aimait pas trop à mettre une Bible française entre les mains des ignc rants ; mais elle n'a jamais empêché les écoKers de la lire.
Pour «este cause plas n'en pouvons au diaUe Tua tirer. Et croy que si les caphards ne nous y aident , lenra ostans par menaces , ii^ures, force , violence ^ et bmslemens lear saint Paul d'entre ies mains , plus à bas n'en grignoterons. De advocatz pervertisseurs de droit, et pilleurs des panvres gens , il se disne ordinairement, et ne Iny manquent Mais on se fasehe de tousjours un pain manger. Il dist nagoères en x>lein chapitre qu'il mangeroit volontiers Tâme d'un caphard, qui enst oublié soy ea son sermon recoamander.
Aucun prédicateur n'oublie de se recommanda aux prières de ses auditeurs. Lodfer le sait bien.
Et promit double i^ye et notable appointement à quiconque luy en apporterait une de broc en bouc. Ghascun de nous «e mit en queste. Mais rien n'y avons profité. Totrs admonestent les nobles dames donner à leur couvent De ressienaer [goù1«r] il i^est abstmiu depuis qull eut sa forte oolicqae, provenante k cause que es contrées boréales ros avoit ses nourrissona vivandiers, charbonniers et chaireatiers oultragé villâinement.
XJn commentateur voit ici une allusiou à l'e^pul-
siou des moines hors d'Angleterre sous Henri YIIL
n souppe très bien de marchands usuri^s, apothfcai-