‹ Rabelais et ses œvresChapitre 43 sur 134 · AUTHENTICITÉ DU V* LIVRE · texte numérisé non relu

AUTHENTICITÉ DU V* LIVRE

D*un examen attentif des objections formulées et de Touvrage lui-même, voici ce qui nous paraît résulter.

L'authenticité du cinquième livre ne peut être niée entièrement que par ceux qui se représentent Rabelais marchant au hasard, entassant les épisodes sur les épisodes sans un plan déterminé d'avance. Nous croyons avoir montré que ce plan existe, qu'il est très précis, que Rabelais le suit minutîeu* sèment et ne s'en écarte jamais. Jusqu'ici tous les incidents, ceux mêmes qui paraissent insignifiants au premier abord, rentrent dans ce plan, et se rattachent sans exception à la même donnée fondamentale.

Cette donnée fondamentale continue-t-elle à se développer dans le cinquième livre ? A mesure que nous avançons, nous rapprochons-nous de la con*clusion? Toute la question est là. Si la conclusion est la conséquence des prémisses, la question est résolue ; Rabelais est l'auteur du cinquième livre, au moins pour le plan et pour l'idée.

Eh bien, nous tâcherons de démontrer que, entre les divers épisodes qui composent ce livre, il n'en est pas un qui ne soit le développement du plan primitivement tracé.

Les objections contre l'authenticité de cette par-, tie de l'ouvrage ' portent, les unes sur la forme, les autres sur le fonds.

On relève dans ce livre un certain nombre de

plaisanteries aides. On prétend que d'une partie à

l'autre, Panurge a perdu une notable portion de sa

finesse et de son esprit. Le fait est vrai, mais si

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cette objection était seule, elle ne suffirait pas à infirmer Tauthenticité du livre. Dans les chapitres de • l'ouvrage que personne ne conteste à Rabelais, toutes les p!laisanterk| ne sont pas bonnes, il s'en faut. Rien d'ailleurs n'SlpÔche de supposer que la verve, le galté de l'auteur se sont refroidies en vieillissant L'histoire littéraire est pleine de faits de ce genre. Le Barbier de Sévîtte^ par exempte, et le Mariage de Figaro sont des comédies pétillantes d'esprit, des comédies où tous les mots portent. Relisez ces pièces, et puis rdlûg^ aussi leur suite; la Mère coupable. L'auteur est le même , les personnages sont les mômes, mais quelle diflFérence d'entrain dans le style! comme l'esprit de Figaro s'est émoussé d'une œuvre à l'autre 1 Si Beaumarchais en vieillissant a perdu sa verve et sa gaité, le même malheur aurait pu arriver à Rabelais sous le coup de la vieillesse et du chagrin qu'avait dû lui occasionner la nécessité de renoncer à des fonctions qui composaient son principal moyen d'existence.

On s'en prend . aussi aux détails du style, faible ici, là entortillé, peu intelllgibto quelquefois, et trop chargé d'érudition. On pourrait répondre qu'à toutes les époques de sa carrière littéraire, Rabelais a abusé de l'érudition et s'est amusé à entortiller, à guillocher son style. La faiblesse cependant n'est jamais son défaut , et il y a dans le cinquième livre des pages évidemment très faibles, le prologue surtout.

La seconde objection, c'est que Rabelais, dans cette partie, est beaucoup plus agressif que dans les autres. Jusqu'ici il a ri, il a plaisanté, soit de certains points de la disciflflh^e l'église romaine, soit de

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Tadministration de la justice. Pans le cinquième livre, les attaques dépassent la raillerie, il y a de ramertume^ de la colère^ du ressentiment. De plus Fauteur fait, à certains égards^^ft|^ conimune avec les calvinistes, qu'il avait jusqi^^Vconfondus dan& ses railleries avec les catholi^^^^^^i^^s*

On pourrait répandre encore que, lorsque Rabelais a pris la plume une cinquième fois, il pouvait bien être quelque peu s^rexcité et exaspéré. Il avait obtenu un privilège du roi pour faire imprimer son quatrième livre, et le parle|^^ avait empêché la vente de l'ouvrage. Il avait eqVé achever tranquillement sa vieillesse à Méudon au milieu de ses paroissiens qui Taimaieiit, et jouissant du revenu de deux cures, on l'avait forcé de se démettre de toutes deux, et d'aller s'établir à Paris dans un isolement relatif. Ces disgrâces tombant sur lui coup sur coup à la fin d'une longue carrière, — Rabelais avait de soixajate à soixante-dix ans, — auraient bien pu l'exaspérer çt donner de l'amertume à son dernier écrit.

Cette eaplication peut suffire pour justifier l'énergie de certaiues peintures satiriques, la colère, par exemple, que respire Tépisode des Chats Fourrés, mais non la tendance prononcée vers le protestantisme que manifestent certains passages. L'intelligence de Rabelais se tenait a un point de vue trop supérieur pour que l'ardeur de la lutte pût le jeter dans ce parti.

Les contradictions entre les idées, les faiblesses d'exécution, les incompatibilités de détail, les violences de langage , étrangères à la manière habituelle de Rabelais ont une^^plication beaucoup plus simple. ÉÊKk

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