‹ Rabelais et ses œvresChapitre 46 sur 134 · AUTHENTICITÉ DU Y* LIVRE · texte numérisé non relu

AUTHENTICITÉ DU Y* LIVRE

forme de bataille ait pu tai venii* à l'esprit. Noué, croyons encore qu'on aurait tort de le rendre responsable de l'érudition quelque peu indigeste accumulée dans les derniers chapitres, et nous sommes per-» suadé que c'est le désir de grossir un livre plus mince que les autres, qui aura porté l'arrangeur ou les arrangeurs, à reprendre, pour les semer çà .et là en les affadissant, quelques plaisanteries beaucoup mieux placées dans les Ûvres précédents.

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n est naturel de se demaàder quel a été ce réviseur, cet arrangeur, qui a fait pour le cinquième livre de Pantagruel, ce que Nicole, Arnauld, P érier, le duc de Roannez ont fait pour les Pensées laissées sans ordre par Pascal ; De Foris pour les fragments de sermons laissés par Bossuet, ou plutôt ce qu'Aimé- Martin a fait pour les Harmonies de la nature, restées incomplètes et sans liaison après la mort de Bernardin de St-Pierre.

On a nommé Tiraqueau et Jean Turquet, mais Ti'' raqueau est mort eu 1558, quatre ans avant l'impression de l'ouvrage ; il se peut cependant qu'il y ait travaillé. Quand à Turquet, il se nomme ou à peu près comme l'éditeur dans une épigramme en quatre mauvais vers qu'il a mise en tête du livre et qu'il a signée Nature Quite, où il n'est pas difficile de découvrir l'anagramme de Jean Turquet. Ce Turquet, nous disent les contemporains, était un lettré et un ami de Rabelais. On n'a de lui aucune autre production, mais son fils s'est fait connaître par quelques ouvrages historiques. Ces renseignements sont maigres, mais si c'est à Im yju'on doit le prologue du

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cinquième livre, on n'éprouve aucun désir d'en savoir davantage sur son compte.

Voici le quatrain qui figure en tête de la publication : ,

Rabelais, est-il mort? Voici encore un livre. Non, sa meilleure part a repris ses esprits Four nous faire présent de l'un de ses écrits Qui le rend entre tous immortel et fait lâvre.

On a conjecturé aussi que Henri Estienne pourrait bien avoir pris part à ce travail de révision et de correction. Henri Estienne n'a jamais pu arriver à composer pour son compte un livre complet, bien pondéré, ayant un commencement^ un milieu et une fin. Mais dans les projets, essais, ouvrages imparfaits, qu'il a publiés, il y a souvent une singulière verve , une énergie tout à^ fait remarquable. Sa plaisanterie n'a pas la légèreté de celle de Rabelais, elle est plus acerbe , mais non moins pénétrante. Nous serions assez disposé à mettre à son compte quelques passages, énergiques et violents du cinquième livre, le discours du gueux, par exemple^ et quelques autres détails où l'auteur se montre plus près de Calvin par la pensée, et plus agressif par la forme que Rabelais n'a coutume de l'être, — si cette collaboration était appuyée de quelques preuves. Mais il faut reconnaître que jusqu'à présent, elle ne s'appuie que sur de simples conjectures.

Il ne paraîtra sans doute pas hors de propos de rapporter ici le sentiment de quelques écrivains sur ce cinquième livre.

Un médecin du XVI* siècle , Louis Guyon , pré-

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tendait que cet ouvrage* avait été composé par un écolier de Valence qui vivait encore de son temps. Vérification faite, il a été reconnu que Guyon avait confondu le cinquième livre avec la Mitistoire harw gquine de Fanfreluche et Gaudichon^ composée par Guillaume des Autels, qui était en effet de Valence et qui s'est proposé d'imiter Kabelais. Cet ouvrage est une collection de bouffonneries sans esprit, du genre de celles que Rabelais attribue aux habitants d'Ennasin.

Le Duchat, le premier commentateur sérieux, croit que le livre est bien de Rabelais, sauf retouches. L'abbé de Marsy dit qu'on ne saurait douter que l'ouvrage ne soit authentique pour le fonds. Il suppose seulement que les premiers éditeurs, trouvant le manuscrit original en désordre, y auront ajouté des transitions.

Lemotteux, qui a traduit Rabelais en anglais, Régis qui Ta traduit en allemand, Ch.-Jacques Brunet, Nodier, et M. Lenient sont du même avis. Le fonds du livre est autheptique, mais le manuscrit a été retouché par des mains malhabiles et calvinistes. M. Lenient, entre autres, croit reconnaître Henri Estienne dans quelques passages, qu'il ne désigne pas autrement.

Charles Lenormant voudrait bien, dit-il, que ce livre ne fût pas de Rabelais, mais la griffe de l'aigle y est empreinte. . Il voit dans cette partie de l'ouvrage le testament acre et désespéré; de l'illustre écrivain.

Delécluse est moins favorable. Il retrouve l'esprit de Rabelais dans le cinquième livre, mais la phraséologie ne lui parait pas aussi simple, aussi claire que dans les premiers. Il y trouve une prétention à

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