‹ Rabelais et ses œvresChapitre 47 sur 134 · LIVRE Y,— VOYAGE A L*OBACLE DE LA DIVE BOUTEILLE · texte numérisé non relu

LIVRE Y,— VOYAGE A L*OBACLE DE LA DIVE BOUTEILLE

rérudition, des entassements de mots, une recherche d'inversions qui sentent le pastiche. Le style de Tallocution finale lui semble tourmenté. Delécluse, du reste, est comme Ste- Beuve, de ceux qui refusent dé voir un plan quelconque dans l'œuvre de Babelais, et croient que Tauteur marche au hasard ; il ne voit par conséquent , pas de lacunes dans ce cinquième livre.

Quant à MM. Burgaud des Maretz et Rathery, ils sont tout disposés à rejeter cet ouvrage et les notes qu'ils y ont ajoutées dans leur édition sont toutes de mauvaise humeur. Cette mauvaise humeur leur a même fait commettre quelques méprises dont leB notes précédentes sont tout à fait exemptes.

Quant au prologue, il y a, chez tous les critiques^ unanimité pour le condamner.

Quelle que soit du reste l'opinion que l'on adopte sur son origine, il faut reconnaître que ce cinquième livre est le plus audacieux de tous; la raillerie, bienveillante en somme, des autres parties de l'œuvre, est souvent remplacée ici par la colère. Les attaques contre Téglise romaine surtout et contre l'administration de la justice, sont beaucoup plus accentuées. II y a enfin dans tout le livre plus de satire amère et moins de gaité que dans le reste du roman.

L'auteur nous conduit d'abord à l'Ile Sonnante. Après quelques jours passés sans apercevoir aucune terre, on s'approche d'une lie qui s'annonce par un bruit lointain de cloches, grosses et petites. «Est-ce Dodone avec ses chaudrons, je veux dire avec ses boucliers suspendus aux arbres et que le vent fai-

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sait résonner ? — Serait-ce le portique d'Olympie où> suivant Pline, Técho répétait sept fois le^ bruijts — ou bien le tintamarre que, au rapport du même écrivain, on entendait autour d'un souterrain à Lipari, et qui devait tenir aux agitations volcanique^ de l'île ? — Telles étaient les questions que se posait Pantagruel. Peut- être, se disait-il encore, toutes les abeilles de

. rile se sont mises à essaimer, et tout ce qu'il y a de poêles et de chaudrons dans le pays sont en branle pour les décider à s'asseoir ; à moins qu'on ne célèbre encore ici la fête de Cybèle, mère des dieux et la plus bruyante des déesses. Au lieu de cingler directement vers le port, on fit descendre dans un esquif quelques personnages, qui allèrent aborder, à l'abri d*un rocher, près d'un ermitage entouré d'un jardin.

L'ermite était un compatriote, il reçut fort bien les voyageurs; mais c'était le jeûne des quatre temps, il fallut commencer par jeûner pendant quatre jours: telle était la loi de l'Ile. — On devrait plutôt dire des quatre vents, ditPanurge, puisqu'on ne nous nour-

' rit que de vent. C'est un passe-temps bien maigre. Dacs là grammaire de Donat, dit frère Jean, je ne trouve que trois temps, le passé, le présent et le futur ; le quatrième doit être pour le vin du valet, — C'est l'aoriste des Grecs, dit Epistémon,issu d'un passé très imparfait. — On n'y peut échapper, reprit l'ermite; quiconque y contredit est hérétique et mérite le feu. — Nous venons de la mer et nous * y retournons, nous avons donc plus peur de l'eau que du feu, dit Panurge.

Ces réparties sont médiocrement piquantes, il faut bien le reconnaître. Cependant ce genre de plaisan-

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jterie s'est coBservé jusqu'à présent dans la Basses- Normandie, et le dialogue que nous venons d'abréger semble calqné sur ceux des paysans de la Hague, quand ils sont en verve. Mais le réception de l'ermite a le tort de reproduire à peu près celle d'Homenaz et de la reproduire en Taffaiblissant.

Cet ermite dont l'intervention est complètement inutile ici, recommande les voyageurs à une sorte 4e sacristain de l'Ile Sonnante, l'Editue, qui est aussi une doublure affaiblie d'Homenaz. En apprenant que les voyageurs se sont soumis à la règle du jeûne, l'Editue leur fait bon accueil, et comme il est très versé dans l'histoire du pays, il leur sert de cicérone.

L'Ile avait été autrefois habitée par des Siticines — c'est le nom donné suivant Aulu-Gelle à ceux qui chantaient aux funérailles, à moins qu'on ne tiie ce mot de siti eanmtes, ceux qui chantent parce qu'ils ont soif — puis ils étaient devenus oiseaux et avaient été mis en cage. Ces cages, du reste, étaient grandes, riches, somptueuses et faites par merveilleuse a,rchitecture. — On comprend que ces cages étaient les couvents, les églises, et tous les bâtiments affectés aux logements du clergé. Ces oiseaux passent leur vie à chanter des psaumes.

Rabelais a pu emprunter l'idée de cette société d'oiseaux chantant des psaumes au voyage de St Brandaines, que nous avons déjà cité.

St Brandaines et ses compagnons , nous raconte le narrateur, arrivèrent un beau matin à une lie herbeuse et fleurie. C'était le jour de la Résurrection du Sauveur, et l'Ile retentissait de chants sa-

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