‹ Rabelais et ses œvresChapitre 49 sur 134 · LIVEE V. — VOYIGE A L*ORACLE DE LA DIVE BOUTEILLE · texte numérisé non relu

LIVEE V. — VOYIGE A L*ORACLE DE LA DIVE BOUTEILLE

Il nous en vient un bien plus grand nombre encore de Jonr-Sans-Pain, qni est excessivement long, continue !*£ditue, car les habitants de ce pays, quand ils sont eif danger de souffrir la faim parce qu'ils n^ont pas de quoi sV limenter, qu'ils ne savent ou ne veulent rien faire, ni travailler à quelque honnête métier , ni se mettre an service de gens de bien; quand ils ont été malheureux en amour ou qu'ils ont échoué dans leurs entreprises et sont désespérés; ou encore quand ils ont commis quelque crime et qu'on les cherche pour les mettre à mort , tous avolent ici: ils y trouvent soudain tout à point, ils deviennent gras cçmme de petits loirs, eux qui étoient auparavant maigres comme des pics ; il y a ici pour eux sûreté , indemnité et franchise.

— Mais^ demande Pantagruel, ces beaux oiseaux une fois avolés retournent -ils jamais au monde ot ils furent pondus ? — Quelques-uns, répondit Editue, jadis bien peu, bien tard et à regret ; depuis certaines éclipses [la réforme], il s^en est revolé une grande mouée [mouvée, quantité] par vertu des constellations célestes. Cela ne nous attriste en aucune façon ; ceux qui demeurent n'en ont que plus grande pitance. Et tous avant de Q^envoler laissent leur plumage aux orties et épines.

Ds «jettent le froc aux orties», comme Rabelais rayait fait lui-même pendant longtemps.

L'Editue avait k peine achevé ces mots, quand près de nous avolèrent vingt-cinq, ou trente oiseaux d'une couleur et d'un plumage que nous n'avions pas encore vus dans Itle. La coideur de leurs plumes changeait d'heure en heure comme la peau du caméléon ou la fleur du tripoUum.

Cette fleur, suivant Pline, était blanche le matin, pourpre à midi, et bleue le soir. L'aster auquel on donne aujourd hui ce nom, n'offire aucune de ces variations, il est toujours d'un bleu lilas.

Tous ces oiseaux, continue l'auteur, avaient au dessous de l'aile gauche une marque comme de deux diamètres coupant en deux un cercle ou d'une ligne perpendiculaire tombant sur une ligne droite.

LES BEVENUS DE l'ÉGLISE BOHAÎNE. 209

Une croix grecque, à quatre rayons égaux.

La forme de cet ornement était à peu près la même ponr tons, mais non la couleur ; les nos l'avaient blanchO) d'autres verte, d'autres ronge, d'autres violette^ d'autres bleue.— Comment nommez- vous ces oiseaux? dit Panurge.

— Des métifs.

On reconnaît sous ces désignations transparentes les chevaleries militaires de Malte, de St-Lazare, de St- Jacques, de St-Antoine, dont les membres demi-religieux, demi^soldats, portaient les armes, et ne pouvaient se marier.

L'Editue poursuit: Nous les appelons Grourmandeurs [commandeurs], et ils ont un grand nombre de riches gourmanderies [cominanderies] en votre monde. — Faites-les un peu chanter, je vous prie.

— Ceux-là ne chantent pas , dit TEditue, mais en revanche ils mangent double. — Où sont leurs femelles ? — Ils n'en ont pas. Ils sont venus voir s'ils ne trouveraient pas parmi vous quelques-uns de leurs confrères qui vivent, disent-ils, dans votre monde et ne fraient pas avec eux. Les uns portent aux jambes des lanières précieuses, et au pied une devise qui honnit quiconque mal y pensera [l'ordre de la Jarretière]. D'autres portent devant eux l'effigie d'un calomniateur [St- Michel terrassant le diable], d'autres enfin une peau de bélier [la toison d'or]. — Ils n'en trouveront pas parmi nous, dit Panurge.

— Maintenant allons boire, reprit l'Editue.

Pendant qu'on était à table, Jean dit à l'Editue : Vous n'avez dans cette lie que des cages et des oiseaux. Us ne labourent ni ne cultivent la terre ; toute

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