LIVKE V. — VOYAGE A L*ORACLB DE LA DIVE BOUTEILLE
Que nie où ron spécule sur le hafiard soit placée à côté de celle où Ton moirtre les toces de la nature •fonctionnant ayec une complète régularité, c'est un rapprochement tout naturel. Nous comprenons moins comment Tlle des jeux de hasard est aussi celle d'un commerce d'antiquités plus ou moins suspectes. Nos voyageurs furent, on le comprend, curieux de connaître ces merveilles qu*on leur vantait. A force de prières et d'argent, ils obtinrent de voir un flacon du saint Gréai, sang de Jésus transmis de génération en génération de chevaliers ; après des cérémonies sans fin, on leur moutra «le visage d'un lapin rôti». On leur fait voir aussi Bonne Mine, femme de Mauvais Jeu, les coques des deux œufs de Léda, d'où sortirent Castor et PoUux, frères d'Hélène la belle, et on leur en céda un morceau pour du pain. Ils achetèrent aussi une grande quantité de chapeaux de cassade — probablement des chapeaux de cardinaux — mais ils n'espéraient pas en tirer beaucoup de profit, et ils^ prévoyaient que les acquéreurs en tireraieot moins d'avantages encore.
Cette dernière remarque sur les chapeaux de cardinaux doit être une addition du réviseur calviniste.
Mais nous ne saisissons pas bien, nous le répétons, le lien qui peut exister entre les jeux de hasard et les fausses antiquités. Il a dû y avoir ici une lacune dans te manuscrit de Rabelais. — A moins qu'il n'ait songé à comparer les déceptions de ceux qui comptent sur le hasard du jeu pour refaire leur' fortune et les déceptions des acquéreurs de jEausses antiquités ou de fausses reliques?
Ii'ÎLE DES CHATÔ F0UEBÉ8. 22S
Après quelques jours d'une navigation assez dange* reuse^ Pantagruel et ses amis passent Condamnation.
Est-il nécessdre de faire remarquer qu'il y a ici un jeu de mots analogue i d'autres que nous avon» vus et que nous verrons? Les voyageurs ont déjà passé' Procuration, ils passeront Outre quelques pages plus loin. L'île de Procuration, c'est l'île des Pro* cur«urs et de la chicane ; Condamni^ion, c'est l'île de la justice criminelle. Rabelais s'en est déjà pris plusieurs fois à radministra.tion de la justice. Il a critiqué les procès interminables dans le jugement des deux seigneurs, la paresse des juges dans l'histoire de Bridoye, il s'est moqué des agents inférieurs de la justice à propos de l'île des Chicanons ; il va s'attaquer à la justice criminelle. Tant qu'il ne s'agissait que d'argent, il a plaisanté ; cette fois il s'agit de la vie des hommes, il ne se contente plua de railler, il stygmatise.
Les commentateurs, suivant leur habitude de rapetisser les choses, ont cherché à déterminer si Babêlais avait en vue ici l'inquisition, la grand chambre du parlement ou bien la chambre ardente éta-blie pour s'occuper spécialement des cas d'hérésie. C'est évidemment tout cela à la fois ; l'auteur ne précise pas ; ce qu'il a en vue, c'est la justice criminelle en général.
Les juges qui l'adtninistrent sont appelés Chats fourrés ; expression heureuse qui peint à la fois la ruse, l'avidité des personnages et leur costume, puisqu'ils ont des robes fourrées d'hermine.
Pantagruel refuse de descendre dans leur île, mais