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GMPITRBXV*
UVBE V. - PANTAGRUEL.
TOXA0B ▲ l'0B1€]»X de hX DITS BOUX^ILIiS.
80W1IAIBS, I. LA «Avm FBfiAflonnx. -« l. I/tle dea Oairca* — % tt tempête philosophique. — 8. Le rojavme d*Siitél6ehle. — 4. Le» ehemine qui mftrehCBt ~ S. Lee Stelotê. — 6^ Lea vépoMOf BOBOfyllahlq^ef,.— 7. !«• puye 44 Ouj-Dive.
II. L*îx.i DIS LÀHmns.— 8. LychnopoÛs. — 9. Les deux fprovpes de emsullMito. ^ 1^ Les emUêmes. ** Il et U. Le p«l«l» d« rOraele. -»* 13. La« Hipowe de. I*0eftcl4. -^ li. Inst^uettcaf de U prêtresse. — 16. Bzplie^tion de rOnele et sens général de Toa» Yvagt.
Ayràs avfij^ 9Bitl6 las ApodufiMb o<^ sBtifmit d'91^ très éditions , les Ohftta foitrrés , les TtQrageurft pis*^ sent Outre. C'est une lie de médioare étoile , où l'on ne s'uirèie qu'on ini4«nt ponr p:iesdre «ne prolùAm d'oM fratdtt^ On 7 reste anses cepiesdanti pouf avdr eonnûMlftoee dea sineiiliàres eouinmesi des> but Utant&
Ce sont de T^taMes Onix» wmitwk Us seoir tel* liment j;ros q;P;*on leur fiât de temps & antre des entaîUes à la peM) et qu'on lenr ^atiqne par tout le corptf ce qu'on appelle dea «epevâsif» »ns leapo^r^ peints et les liantstde-cl^nsaes^ C^endant il arrive ^ moment: oi 0^ préewtionfl; swt insuffiaatttMk.
238 LIVRE V.-r- VOYAGE A l'ORACLE DE LA DIVE BOUTEILLE.
Qaand les voyageurs abordèrent, ils virent une foule de gens se diriger vers un cabaret beau et magnifi* que en extérieure apparence. Ces gens leur apprirent que rhôte devait faire ses < crevailles » ce jour là et . les avait invités à y assister. Nos voyageurs crurent d'abord qu'il s'agissait d'une fâte analogue aux fiançailles y aux rele vailles , aux mestivailles ou fêtes de la moisson. Les crevailles étaient une fête aussi, mais d'un caractère moins joyeux. Cet hôte avait été en son temps «bon raillard, grand^rignoteiir, beau mangeur de soupes lyonnaises, éternellement disnant»; pour lui toute heure était l'heure du repas. On avait employé avec ini tou^ lès moyens généralement untés, pour prolonger la vie ;. sa peau était couverte de crevés, pratiquas sùccei^siyement. Panurge conseilla de le cercler de sangles ,. tde .cercles de cormier, voire même de fer, mais il était trop tard. Son parti était pris d'ailleurs, et il ne demandait pas mieux que de mourir comme il avait véci), en mangeant. Son désir fut satisfait; on entendit «en l'air un son haut et strident, comme si quelque -gros c^sne e^clàtoit «ii deux idèces.» L'hôte était mort. On ne 'nsoùrait pas autrement'dans l'Ile â'Ouife. -^ ^
' Quelles sont les outres que Rabelais à en Vue dans fcet épisode ? Faut-il y voir une nouvelle sortie contre les goinfres et lés gourmifAds, ccmplétiieikt de celle que nous avons déjà rencontrée à propos des OastroîâtresPLes commentateurs ^en sont totis d'avis, et c'est , en edTet , la plus Bindple interprétation et la première qui se - ptéfifente ' à la pensée II est permis dOiécâtei' quelque 'peu eependaut avant de s'y rallier complèteinent. Rabelais' a déjà &tt) au livre précédent, une sortie ^ contre la ^goininerie. Etait^l
LA TBîfPÉTÊ Ï^HIIiOSOPfltQtng. ' ÔM
hiea néeesiteiee p^i* lui ' <1V revoir ? Qu'il ait frappé à coups redoubléB .mé> lesi al)us de k juij'^ tiee , ^ir Ifeisiv^gté des -moines, les iniquités de^ la guerre, oela se conçoit ; il aTàit affaire à fotte partie,mais la goinlrerie méritait^elle Thonneur d-une doa^ blé attaque? Les goinfres^ les gourmands, les Ti-* veuirs «opt jdes ennemis de là vérité philosophique, Rabelais a dû le diFe; mais à quoi- bon le répéter ? Nol^jd'ai Heurs qrônous sommes à l'entrée des' tèrr res de la philosophie; quelques pages plus kin^ nous aborderons au port d'Entélédbie. Qu\iat à faire avec ce domaine , d$' bonà vkaiiÉ» qui n'ost guère Thabitude de se préoccuper des questioiisl}hilosophiques?Le pays d'Outre n'a pas dû ayoir dans- Tesprit de Rabelais ,1& sens q^oîL lui donhe dans ces pages. .
Le titre du chapitre nous indique d'ailleurs que le manuscrit de Taut^ur était en -désordre en cet endroit Ce titre est* ainsi conçu :
Coànnieait nous 'ipâteasmes Oôtrd et commoot Pànttfge fail-^ lit être tué.
Or ILs'yapaâjdans totit le chapi^e, un seul mot qui nous fasse prévoir un tianger pour notre ami Panurge. SoûnointfeWm^me prononcé qu'nne fois et tout à fait en pasàant. Les commentateurs supposent le chapitre incomplet; nous croyons qu'il y a ici plus quNme lacune. I*Ottrsuivo*s. •
Après avoir piésé Outre, nos voyageurs se dirigmit ▼ers l^le J de la Qtiintesa^nce où M^aphysiqtie , appe* léé ici iparabcé^ration : ^là Quinte.
Avant d'y arriver, ils sont assaillis par un terrible ouragaii; les veuts 8ouiS0ntdê''tous d5tes avee une
Séû LIYBS Y. — TQTAQ9 Â l'OBACLS M Là DITE BOUTEILLE.
tdle YbleiiM tue le mwim de PnUgnBuoi est ponseé
duis tes SAbks^ oii il dmeure édmié.
En ce momeiit ïk s<mt Mcosiéa psr un autre sa*
YJte. li'a&totir veooaittfllt pairmi Im pasangerar diverses
fknrsoaBeB qu'il a?adt r^ieonlarées autrefois, entre as*
très un aaTanb, un astroU^^ , HeariCo tirai r quW
prétoÉd âtre ce œémé GameiUe Agripitt que aous
atods vtt figurer au tiers lin» ma lie nom. de Her
Tri|>pa* On écbaiDge qèelques paroks et qaelqiaes ob*
sertatioMl. L!atttear adresse i Gotiral qaatre qoes'*
tiens sans attendra la né^fmaa :
D'où veatB^YOSs ? ^ 0ùalea*wiia?-«<QtfappaeteB9tti8? •- ÂYo^^cms seati la tempdte?
Gotiral répond à testes qaatire m mae feia:
De la Qaliilei — Sa ToBraiua -^ Mdtaato, *- Josqa'aa eoa.
Geifcte pilaiswatefie -^quin'était pas neuve au tesaps
de Rabelais — a été scmyent rq^rodiâte depms« Nous
B^tt ôteroas ^u'uii exeaiple, Tépitaplie de Marot par
Jodelle, calquée sur celle de Virgile :
Kfontia me tfeowifi, Galallii rapuert : tenet naoc, Pmctheaope. Ce<^ iMcita, m^,. daces;.
naja^oup^ eoiDme k^ pépeasea à^ Cotîral^:
Q«erc7 -*^ la 09SI! - le Piénioiit t^- VUidfegm Me fit --«ve tint -la'entei^a*- lie jMiQQnt.
— Et quels gens avez-Yens, le soir le tfflae ? denaor de Rabelais. — Toutes sortes de gens qui tiennent de la Quinte : musiciens, poètes, astrologues, rimasseuiâ, géemaMîeae, alchimistes, Irarlogers [inventœoff s d'horloges oaftipliquées}; teas rapportent de la Quinte belles et amples tettres d'Iaiiactlasement [des dlplesies}.
Pamrfe lut M: Ytfus qni fûtes toat juqtt^aa
LA TBKPÊTE PHILOSOPHIQUE», 241
beau temps et petits enfants, pourquoi ne nous retirez-vous pas d'ici ? — Volontiers, dit Cotiral.
Les amis de la Quinte aiment à faire du bruit et à attirer l'attention sur eux-mêmes; ceux-ci avaient à leur bord force tambours. Cotiral en fit défoncer un certain nombre. On les attacha au navire échoué au dessous de la ligne de âotiaison, et Comme ils étaient maintenus sur l'eau par leur légèreté, ils soulevèrent peu à peu le navire et le mirent en état de poursuivre sa route. C'est le moyen qu'on emploie encore* aujourd'hui pour relever un navire échoué , excepté qu'au lieu de tambours, on se sert de tonneaux vides. Seulement on se demande pourquoi Cotiral fit crever les tambours, ils n'en étaient pas plus légers et, étant défoncés , ils avaient l'inconvénient de pouvoir se remplir d'eau par suite de l'agitation des vagués et de devenir ainsi tout à fait inutiles. '
Pour remercier ses sauveteurs, Pantagruel fit remplir leurs tambours défoncés d'andouilles et des saucisses. On allait aussi leur donner du vin, mais deux cétacés souffleurs, qui survinrent, leur jetèrent plus d'eau que n'en contient la Vienne de Chinon à Saumur et les forcèrent de s'éloigner.
Nous ne saurions reconnaître Rabelais dans cette partie du récit. A toute force, on pourrait lui laisser le chapitre sur l'île d'Outre,, bien que ce ne soit pas du Babelais des bons jours, mais pour les incidents qui suivent, il est impossible d'admettre que, même en ses heures de défaillance, il n'eût pas tiré meilleur parti d'une situation où sa verve avait si beau jeu pour s'égayer. On ne retrouve dans ces pages ni sa pensée ni son style.
Voici ce qui nous semble probable, Rabelais qui u 16
242 LIVRE V.— VOYAOB A L*<mACLB DE LA DIYE BOUTEILLE.
a placé une tempête à rentrée du monde des querelles religieuses, a songé à en plaoer «ne «galemient à l'entrée du monde des querelles philosophiques. Mais comment naissent les tempêtes dans Homère et dans Virgile? Les vents s'échappent des outres dans lesquelles Éole les tient renfermés. L'idée de tempête a naturellement rappelé l'idée des outres d'où elle sort. Mais les systèmes philosophiques ambitieux ont été aussi comparés à des outres pleines de yent. Voilà un rapprochement tout trouvé. Les voyageurs n'ont qu'à passer par le pays des Outres symbolisant les systèmes philosophiques, quelqu'un crèvera ces Outres, Panurge par exemple, l'ennemi juré de la Métaphysique; il courra un danger à ce propos — de là l'indication : «Conmient Panurge faillit être tué.> Les systèmes philosophiques ennemis, une fois déchaînés , eagageront la lutte , il en résultera une tempête, une tempête terrrible , qui aura pour effet de jeter les navires à la côte. Des amis de la philosophie les relèveront et ils pourront entrer à toutes voiles dans le port de la Métaphysique ou de la Quintessence. Ce plan est si simple et si naturel qu'il a dû venir , à l'esprit de Rabelais. Mais Rabelais sera mort sans l'avoir mis à exécution. Après son décès, on aura trouvé les points de repère qu'il s'était tracés 2 «le pays d'Outre, tempête, naufrage, remise à flot.* L'arrangeur, qui n'avait pas été initié à la pensée de l'auteur, aura cherché à remplir ce programme; il se sera tiré assez convenablement d'affaire pour lé pays d'Outre, tout en faussant la pensée originale; ne sachant comment expliquer le danger de Panurge, il l'aura passé sous silenco ; mais il aura
LE EOTAtJME d'ENTÉLÉCHIE. 243
essayé de raconter la tempête et n'aura trouvé que le piètre récit que nous venons- d'abréger.
Cette supposition expliquerait tout : le manque de suite entre les idées, la seconde et inutile protestation contre la goinfrerie, la faiblesse du style, la fadeur des plaisanteries, la marche incertaine de la narration et jusqu'à Tindication placée en tête du chapitre XVII, et que rien ne vient justifier.
Mais ce n'est là qu'une supposition , il faut en convenir. Au reste, qu'elle soit fondée ou non, cela n'entame en rien l'explication générale que nous proposons de l'ouvrage. Ce n'est qu'un petit détail qui se perd dans l'ensemble.
Reprenons notre récit.
Le navire relevé, nos voyageurs mettent le cap sur le royaume de la Métaphysique, et y abordent heureusement. On vient au devant d'eux, mais avant de les admettre auprès de la reine, on les soumet à une épreuve, renouvelée de la Bible et de l'histoire des Vêpres siciMennes. On leur fait prononcer le mot Éntélécbie, qui est le nom de la reine et du pays.
Ce nM)t ('£vTeX«xeta, le principe actif de tout ce ^ui se produit en nous), inventé par Aristote, repris plus iard par Leîbnîtz, était devenu assez familier au XVP siècle pour que Bonsard , poète pédant à la vérité, l'adressât comme un compliment à la dame qu'il aimait :
Etes- vous pas ma seule Eniéléûbie ?
Les voyajgeurs étant sortis victorieux de l'épreuve, sont reçus en grande cérémonie par un capî^ n 10»
244 LIVRE V. — VOYAGE A l'oracle DE liADIVE BOUTEILLE.
talne des gardes et conduits solennellement au par lais de la reine. Là, en attendant de lui être présentes , ils la voient exercer son pouvoir sur une foule de malades qu on lui a apportés ou amenés^ Tous attendaient d'elle la guérison de leurs maux. Elle leur sonna des «chansons sur Torgue , et ils se déclarèrent guéris. > — La conviction philosophique donne le repos de Tesprit.
La Quinte était une jeune dame, — quoiqu'elle eût dix-huit cents ans .pour le moins, — belle, délicate et splendidement vêtue. En lui voyant opérer ces cures, les voyageurs s'étaient prosternés en terre, comme ravis en extatique contemplation. La dame s'avança vers eux, et touchant Pantagruel d'un bouquet de roses franches [cultivées] , qu'elle tenait à la main, elle leur restitua le sens, à tous; elle les fit se relever , puis elle leur adressa cette petite harangue, qui pourrait tenir une place honorable dans les œuvres des Précieuses:
L'honnesteté scintillante en la circonférence de vos personnes certain me fait de la vertu latente &u centre de vos esprits : et voyant la suavité melliflue de vos discrettes révérences, facilement me persuade le cœur vostre ne pàtir vice aucun, n'aucune stérilité du savoir libéral et hautain, ainsi abonder en plusieurs peregrines et rares disciplines : lesquelles à présent plus est facile, par les usages communs du vulgaire imperit, désirer que rencontrer; c'est la raison pourquoy je, dominante par le passé à toute affection privée, maintenant contenir ne me peux vous dire le mot trivial au monde, c'est que soyez les bien, les plus, les tresque bien venus.
— Je ne suis point clerc, me disait secrètementPanurge, répondez, si vous voulez. Je ne répondis point; Pantagruel non plus.> Il était difficile de répondre à ce pathos amphigourique. La dame les prit pour
LE ROYAUME D*£NTÉLECHIE. 245
des Pythagoriciens, elle lés félicita à ce titre et termina ea leur promettant de leur «expliquer ses pensées. >
Elle s^excusa ensuite de ne pouvoir dîner avec eux, mais on ne servait à sa table que quelques catégories, abstractions, secondes intentions, antithèses, métempsy choses , et autres plats du même genre, très nourrissants pour elle, mais qui ne seraient probablement pas du goût des convives. On servit à ceux-ci un dîner plus substantiel, qui fut suivi de danses antiques, exécutées par les dames d'honneur de la reine.
Les personnages qui composaient la cour de la dame accomplissaient cent travaux merveilleux. Ils «refondaient les vieilles femmes édentées, chassieuses, ridées, et en faisaient de belles jeunes filles tendrettes, blon'delettes, gracieuses*» Mais les hommes ne pouvaient rajeunir qu'en se faisant aimei? de ces jeunes filles. L'antiquité fabuleuse nous offre, dit Fauteur, de nombr^x exemples du rajeunissement d'un vieillard par Tamour d'une jeune femme : Titon, Jason, Esœi, Phacn, etc.
D'autres blanchissaient des Ethiopiens en leur frottant le ventre d'un panier; il y en avait qui attelaient des renards à la charrue et labouraient les champs par ce moyen, ou qui coupaient le feu avec un couteau , recevaient de l'eau dans un crible sans en rien perdre ; d'autres mesuraient la hauteur du saut des puces, gardaient la lune des loups, ou faisaient de vessies des lanternes.
Cette énumératioa critique des inventions saugrenues de quelques savants, a été imitée par Swift {Voyage à Laputa), par Voltaire et nombre d^autres.