‹ Rabelais et ses œvresChapitre 60 sur 134 · ENCORE LES MOINES · texte numérisé non relu

ENCORE LES MOINES

doDner, d'après Tobligation qu'on leur imposait de fredonner des psaumes.

L'auteur à^est' proposé dans ce chapitre de tourner en ridicule nombre d'observances imposées dans les cloîtres sans utilité pour les moines ni pour les autre».

En vertu de leurs statuts, ils étaient habillés en brûleurs de maisons ; ils portaient souliers ronds comme bassins ; ils avoient la barbe rase et les cheveux aussi depuis le sommet de la tSte jusqu'aux omoplatesl* A la ceinture ils portoient en guise de patenostre, chacun un rasoir tranchant, qu'ils émoulaient deux fois par jour et qu'ils affilaient trois fois la nuit! Leur capuchm était attaché devant et non derrière, et ils avaient toujours patente la partie postérieure de la tête, comme nous avons le visage, si bien qu'ils pouvaient aller également en avant et en arrière.

Quand le soir arrivait , ils se bottaient et éperonnaient les uns les autres, mettaient leurs besicles et s'endormaient ainsi, afin d'être toujours prêts à se présenter au jugement dernier, si la trompette de Tange se faisait entendre.

Midi sonnant, ils s'éveillaient et se débottaient; crachait qui voulait, étenmaît qui voulait. Mais tous, par statut rigoureux amplement et copieusement bailaient et d^eanaient de baîler [bailler]» Leurs bottes et qperons mis sur nu râtelier , Hb descendaient aux cloîtres, se lavaient soigneusement les mains et la bouche , s'asseyaient sur un long sL^e et se enraient les dents jusqu'à ce que le prieur fit signe en sifflant ; lors chacun ouvrait la bouche tant qu'il pouvait, et ils battaient aucunes fois une demi-heure, aucunes fois plus, aucunes fois moins, selon que le prieur jugeait le déjeuner proportionné & la fête ^ jour; après cela, ils faisaient une belle procession en laquelle ils portaient deux bannières en Tune desquelles était en belle peinture le portrait de Vertu, en Tautre de Fortune.

^0 LIVRE Y. — VOÏÀa£ A l'oBACLE DE LA DIYE BOUTEILLE.

Mais la Fortune avait le pas sur la Vertu.

Pendant le temps qui restait à ceux-ci après les piriè* res et les repas, il s'exerçaient à. l'œuvre de charité en attendant le juganent final; 1^ dioMMhe, 3e peiaudant Tun^ ratttre; le lundis s'entrenasiardafit ; le mar^ di,. 8-eii^régralignaayt; le mereredi, s'eatceuMMiehant; le jeudi , s'entretirani les vers du nez ; le vendredi s'ratrechatouillant ; le samedi^ s'entrefouettant, etc.

Telle était leur diète quand il& étaient au couvent;, mais s'ils en sortaient, quand ils étaient sur Teaiu, ils ne devaâettt pas manger de poiasoU) et quapd ila étaient sur la ten^e, ils ne devaient pas mangeff 4e viande > aân qu'il fût bien enteadu qu'ils ne Sie laia* salent pas gouverner par les dreointanefis extérieures.

Panurge interroge ensuite un des moines, qu'il appelle Fratef &edani fredon, fredoadille. La règ^e srq»cril au moine le silence , et il ne répond que par vaor nosyllabies. La conversation , que Voltaire a copiée quelque part, n'en est pas plus édifittilke.

Epistémon revient à ce propos sur la question du carême* Si Ton voulait le supprimer, dit-il, les médecins s'y opposeraient,

Car sans le caresme sefroit lettr art en mespris , rien ne gaigneroîent, persoime se seroit malade. En caresme Boat toa^ tes maladies semées : c'est la Traye pepiûère, la naXf^e eo»» che de tous^ maux : euecire ne considérez que si le careame i$Xt les corps pourrir, aussi fait-il les âmes enrager.

Fanurgç demande à un frère Esclot qui est présent, ce qu'iy>ense d'Epi&témon :

£st*n pas héFétiqno* ? -^ Trâs.

Doit-il estre bvaslé 7 - Doit.

Et de quelle mantélre ? — ¥if.

LE TÉMOIGNÂOE DES HOMMSS. 251

Que voua semble-lrU estre ? — Fol.

Que voudriez-Tous qu'il f ust ? — Ars» etc.

N4>të2r qu'on eat à table et que le frère Esclot a. pour but principal de ne pas perdre un coup de dent.

Cette scène a été imitée dans un ancien canevas italien de Don Juom. La table est couverte de mets. Le valet de don Juan, Sganarejile, Leporello ou Arle? quin, a grande envie d'y goûter ; il dit à son maître qu'il voudrait bien souper parce qu une femme Tattend, une très jolie veuve. Don Juan prend feu là* dessus, il fait mettre Arlequin à table pour lui adres^ ser plus commodément des questions. Mais Arlequin n'est guère disposé à ime longue conversation. Il ne répond que par fflODOsylîabes et finit par s'étouffer.

Don Juan. De quelle taille est cette jeune veuve ? ArUquin, Courte.

— Comment se nomme-t-elle ? - Anne.

— A-t-elle père et mère ? - Oui

— Tu dis qu'elle t'aime ? - Fort.

— Combien a-t-elle d'années ? - Vingt.

— En quel endroit la verrons?

Arlequin s'engoue. — Oh, vous parlez trop aussi. Que diable, on ne sait pas ce que l'on mange. L'endroit que vous me demandez me ferait perdre six bouc hées. '

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