LA VILLE DES LANTERNES
VIH.
Après cette courte station au pays du mensonge, des traditions fiaenteases et de leoneini acharné de la Térité pbiloBOj^iqne, no9 Tb^yageurs parviennent enfin au terme de leur voyage à la recherche du plus grand problème que puisse se poser la pensée humaine. Ils abordent au pays de la scienoe, à l'Ile on plHtdt aux iles des Lanternes* En sertanit un pays de Satin, on navigua quatre jours encore; puis un soir on aperçut certains petits feux volants, cer- . taines lueurs, que Tautaur prit d'abord po«ir cdles de poissons phosphorescents. A mesure que l'on approcha, elles se dessinèrent plus nettement, et Ton reconnut les phares et les lanternes du pays désiré.
Il y a, dans la mamère dont Pantagruel et sôa amis abordent dans le pays de la science, un souvenir très marqué d'un passage de VHistaire véritable. Voici comment Lucien nous décrit son arrivée à Lychnopolis, la ville des lampes :
29. Nous voguons enraite une nuit et on jour ; et ,* vers le jioir , nous arrivons à Lychnopoiis , après avoir dirigé notre course vers les régions inférieures. Cette ville située dans l'es* pace aérien qui s'étend entre les Hyades et les Pléiades , est un peu au-dessous du Zodiaque. Nous débarquons, et nous n'y trouvMis pas d'hommes, naus :des lampes , qui se promejiaieat siur le port et dans la place publique. Il y en avait de petites, apparemment la populace^ et quelques-unes, les grands et les riches, brillantes et lumineuses. Elles avaient chacune leur maison, je veux dire leur lanterne, et chacune leur nom comme les hommes ; nous les entendions même parler. Loin de nous faire aucun mal, elles nous offrent Fhoqrâtalilé. Mais nous n'osons accepter , et personne de nous n'a le courage de souper et de passer la nuit avec elles. Le palais du roi est situé au milieu de la ville. Le prince y est assis toute la nuit« appelant chacune d'elles par son nom. Celle qui ne répond pas
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est condamnée à mort pour avoir abandonné son poste. La mort, c'est d'être éteinte. Nous nous recdons au palais pour voir ce qui s'y passait, et nous entendons plusieurs lampes se justifiant et exposant les motifs pour lesquels elles arrivaient si tard. Je reconnus parmi ces lampes celle de notre maison : je lui demaudai des nouvelles de ma famille, et elle satisfit à mes questions.
Les lampes de Lucien sont remplacées par des lanternes chez Rabelais, mais il donne à ce mot diverses significations. La lanterne est pour, lui, suivant les occasions, un édiôcei un phare, une lanterne, une personne.
Pantagruel retrouve , comme Lucien , diverses lanternes connues : la lanterne ou phare de La Bochelle , le phare de Tlle de Pharos, à Alexandrie, la lanterne de Démosthènes, à Athènes. Près du port de Lanternois est un petit village habité par les Lychnobiens, peuples qui vivent de lanternes, c'est-à-dire 4'études, de lumières, comme chez nous. les briffaux vivent de nonnains*
Les briffaux avaient pour fonction de quêter en faveur de certains couvents de religieuses qui n'avaient pas un revenu suffisant ; ils vivaient de nonnains puisqu'ils étaient payés par elles.
Des Obéliscolychnies, une lanterne sur la tête, re- ^rent les voyageurs; ils faisaient les fonctions de guides du port, et deux des plus qualifiés d'entre eux se chargèrent de conduire Pantagruel et ses compagnons chez la reine. Celle-ci les reçut avec beaucoup d'égards, et leur promit de leur fournir tout ce qui était nécessaire pour consulter l'oracle.
La ville de Lychnopolis n'était peuplée que de lampes ; la cour de Lanternois n'était peuplée que de lanternes , et tous les personnages que nous allons ren-
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contrer auront cette forme. La reine était une lanterne revêtue de cristal de roche, damasquiné et passementé de gros diamants ; les Lanternes du sang royal étaient vêtues , quelques-unes de strass , d'autres de stuc doré ; les autres étaient vêtues de corne, de toile cirée transparente ou de* papier. Il y avait une lanterne en terre qui s'étalait au prenrier rang ; Tauteur s'en étonna, on lui dit que c'était la lanterne d'^Epicîtète, vendue autrefois, suivant Lucien, à un amateur qui en donna 3,000 deniers. On trouva là aussi la lanterne de Martial, illustrée par les vers du poète, une lanterne suspendue enlevée autrefois par Alexandre au temple dt Thèbes , puis une lanterne qui avait un beau floc de soie cramoisie sur la tête.
On dit à l'auteur que c'était Bai^tole, la lumière du droit.
L'heure du souper venue, toutes les lanternes s'assirent suivant le cérémonial habituel, puis on apporta à chacune de quoi se repaître , c'est-à-dire des bougies et des chandelles de différente forme et de diffé* rente valeur.
Les éditions anciennement imprimées ne nous apprennent pas ce qu'on servit aux voyageurs, mais un manuscrit qui se trouve à la Bibliothèque Nationale à Paris, doune le menu très étendu du souper ; nous y trouvons entte autres les quatre quartiers du mouton qui porta Hellé et Phryxus à travers l'Hellespont, les deux chevreaux de la chèvre Amalthée, six oisons du Capitole, les six bœufs dérobés par Cftcus et recou* vrés par Hercule , le cerf dont Actécn fut contraint de prendre la figure, etc., etc. Parmi les lanternes, Rabelais reconnut celle de îïon ancien compagnon de cloître Pierre Lamy, et ee fut elle qu'il emmena n 17