‹ Rabelais et ses œvresChapitre 73 sur 134 · LA BELIGION DE RABELAIS · texte numérisé non relu

LA BELIGION DE RABELAIS

Babelais était donc un curé à la fois très savant et très gai, mais c'est s'en faire une fausse idée de voir en lai un de ces curés qu'on rêvait sous la Bes*tauration , le curé de Béranger , par exemple , qui a soin de ne prêcher «que quand il pleut», préside à tons les banquets et ferme volontiers les yeux sur les infractions à la morale amoureuse.

Rabelais n est pas si guilleret. C'est un catholique d'avant le concile de Trente, comme Claude Fleury, que nous citions tout à l'heure, est un catholique d'avant le concile du Vatican. Sous le rapport de la conduite à tenir avec les protestants, Rabelais partageait évidemment les idées du président Pasquier son contemporain, — un grave magistrat, qui a laissé de gros et savants volumes, mais qui se délectait parfois aussi à des badinages passablement risqués: ses Ordonnances générales d' Amour ^^ par exemple, où les termes de la jurisprudence sont employés pour représenter des idées et des images qui ne sont pas de son ressort, — sans compter ses petits vers sur la puce de M""" Desroches, qui eurent tant d'imitateurs. Pasquier a composé un livre intitulé Exhortation aux princes , au sujet des querelles religieuses. Il est excellent catholique, il ne voit pas de raison qui motive la réforme telle qu'elle s'est formulée — mais puisque cette réforme a réuni de

çois I«'. ~ Œuvres complètes de Brantôme, grand in 8, Tome I^, p. 250.

^ Ordonnances gêner ailes d^amowTy envoyées au seigneur baron de Mirlingues, chevalier des isles d'Hyères, etc., etc., reproduites dans les Variétés historiques et littéraires, pubL par M. Foumier, 1870, 10 vol., B^l élzévir. T. II. p. 1H9.

IiB BOHAK DE LÀ ROSE. 289

nombreux adhârents , puisqu'il est aussi imppssible de la détruire par la force qu'il est inutile de Tatr taquer par la persuasion , il faiit lui laisser sa place au soleil, et tolérer les réformés, pourvu qu'ils ne 96 fassent pas intolérants eux-mêmes. Cette Exh0r^ti(m directe de Pasquier fut aussi peu efficace quç le^ .exhprtatioxfô détournées de Babelaia: les guerres de religion éclatèrent malgré tout, mais ils avaient fait Tun et Tautre tout ce qui était en eux pour les prévenir.

Rabelais ne cite nulle part le roman, de la Rose. Cette allégoije l'axée et qu^^que peu- skhe devait peaiioi^agréer-i 1} Tavait lu .cependant, car Tpeuvre de Jean de iMeai)g..et celle i de Babelaia onid^s tendances communes, Û.y.a dansJes/deux livres laméme réaction violenite. contre Je ..moyen âge, la même haincide I9 pftresse et de ■ PliypoGrisie jnonaca],es ^ le môme enélouaia8m^ de Ja ..sd^sLCf et /le jl'antiqinité. Im dissertation de ?<inttrgç ^r jexi 6)imS| de Ja natufe^Vépiaode de y^h 4^,]^renen,tp, les: devises inserijbee da&9 hf teçip^e de. lft<]Di^ve Bouteille ii semblent aussi se jr^tocbenà la thé(»:ie fsposiée par Jean de MeuQgi wi[ l'orjigîi&e 4es (^oseï; et |ie. goùveroemçnt général; du. ponde* Dsua^ le poème,, la Nature raooptcf iraon^prétr^ Genius que Dieu

Qvand il SL bien flst 09 beau mM^e»

•Pq^t il 'portait .çn'Ba pensée

La belle foi:xn.e poart)ensée [arrêtée],^

lui imposa des JL^is. fixes et immuables^.et la chargea^ ^e Ijl^ature* qpir jçst^.la chambrièrp de.Dleu» de

MLeXoiMif^é^iBbfte, fmmiémxtàii mnvn eii^i^i ,. . n 19

£82 U BEuaiozr de BAssZiiJs.

Vbomme àsm la vaie de la science et du développement philosophique de son intelligence.

Les obstacits contre lesquds se brise la vertu chrétienne et ceux contre lesquels se brise hi philos<q)hie sont quelquefois les mêmes. Aussi trouvonsnous çà et là une certaine symétrie entre le voyage du poète italien à travers les mondes et le voyage de Técrivain français i travers les 11^.

Dans le premier eerde de son JEnfer^ Dante rencontre les traltreSt cenx qui ont livré leur patrie ou leurs amis. A la première étape, Pantagruel nencontre les caméléons qui sont toujours de Tavis du dernier chinant, et traUssent la vérité^ par faiblesse ou par intérêt) «pour faire comme tout le monde». L^analogie se maintient i la seconde étape. Le second cercle est rempli par les fourbes ; la seconde lie est habitée par les Enasés, par les amis du faux belesprit et des .équivoques. L'équivoque est un des m^^ens habituels de la tromperie ; elle joue dans les actes de PkiielligeBee on rôle analogue à la fourberie dans les actes de la vie«

L^analogie n^existe que paar antithèse à la trmsikaè étape. Dante place les violenta dans' son troisième cercle» Pantagruel^ dans sa troisième lie, r»eontre ht politesse obséquieuse, tout extérieure; cW le pays de

Gea importons ^naears d'eiibfassato Mtotas, qui excitent la colère du phUosoji^e Aloeste ; mais Fanalogie se retrouve plus loin entre les hérésiarques, amis des chicanes théologiques et les Ghicanous, frimvds de chicanes judidaires; Les cercles dfs eolériques et des paresseux eoprrespçnd & ïsl terrible tempête qui assaille les voyageurs et àTUe des Mac^éons, dont les insoucieux habitants n^m&t pas même la eu-

FAKTAGRT7EL ET LA HV/tSE COMIÊDIE. 293

riosité de sonder les mystères qui les entourent. Les avares et les prodigues ne sont pas trop mal figuras 'par les habitants de Papefiguière et de Papimanie. L^enfer des gourmands correspond au pays des gastrolfttres. Rabelais s*est contenté de figurer le corde des débauchés par 111e de Chaneph, où il ne descend pas, et le cercle des scélérats par 111e de Gstnabiii oa des Voleurs. Les deux derniers cercles de Tenfér et les deux derniers chapitres du IV* livre ont dofâc encore une cettaine analogie. Seulement Tinfetigable pôèter florentin donne à sa pensée tout son dévéloppeniMt^ et Rabelais, &tigué, se botne à indiquer la sienne.

n ne faut pas èans doute trop presser céis comparai^oM ; il faùdirait beaucoup de bonne volonté pour retrouver dans le cinquième Hvré de PatUagruel les degrés par où Dante et Virgile, Dante et Béatrice gravissent les degrés du Purgatoire et les Sphères du Paradis. Cependant on retrouverait assez bien Itt esprits négligente de la vérité chez ces personnages de rile Sonnante qui s'abnitisteut dans leuns psalmodies ; rOrgueil dans Plie de la Quinte, TAvidité ékûB 111e des Chats fourrés, la Oourmàndise dans rile des Outred, et la Luxure parmi les iVères fredoÉs. On n'aurait pas beaucoup plus de peine à retrouver plusieurs des détails du Paradis dans les fadUations de llle des Laiitèmes.

Noué li'insiÉtons pas, bien entmdil, sur ces rapprochements de détail , auxquels nous n'attachons qu'une ihédioci'e iinportanèe. Lldés foiidamentale des deux œuvres est la même. Lé problème posé, c'est la recherche de la destinée de lliomme. Mais Tidéàl dès deu& écrivains est dijférent. Dante se

294 LA BEIiIGION DE BABELAI&.

préoccupe uniquemcEt de la vie f ature et sabordonne tout à cette idée. Babelais, sans nier la vie future, comme nous l'avpns vu, s'occupe surtout, s'occupe uniquement de la vie présente. L'un place son but dans le ciel, l'autre le place sur la terre, les dé< tails ne sauraient être en analogie constante.

La forme aussi est essentiellement différente. Dante dogmatise; il se fait instruire tour à tour par Virgile et par Béabice ; il expose son idée i mesure qu'il déroule les tableaux qui en incarnent les différentes phases. Rabelais, au contraire, procède par la critiqiie, par la critique pivre : il fait passer devant nous des tableaux, qu'il xmà ridicules ou odieux au profit de son idée ; mais cette idée , au lieu de la mettre en relief» comme Dante, il nous la laisse tout au plus apercevoir. Nulle pa;rt elle ne resplendit éclatante, il faut la deviner ; si elle est moins profonde que celle de Dante; elle est plms large, mais elle n'est pas toujours évideAte, et. l'œuvre, dogmatique au fond, a si, bien l'apparence d'une boutade purement satirique que la plupart des critiques s'y sont laissé teqmper.

C'est une cause et une graiw cause d'infériorité pour Rabelais. Son livre, qi4 contient en puissance tout le . programme que la Renaissance a conçu sans pouvoir le réaliser ni môme le formuler complètement , gagnerait singulièrement en grandeur si l'idéal conçu apparaissait dans toute sa vigueur. Les circonstances sont pour beaucoup dans cette obscurité où l'auteur l'a laissé. Dante, en écrivant son poème, était porté par son siècle. H n'avait qu'à exposer ses idées pour que chacun y recojihût le^ reflet d'une pensée souvent ii^cons^ente.

PANTiâBUBIi BT LA BITINE vCOHÉDIE. 39{l

n attaquait vivement les papes, mais son orthodoxie à toas les antres égards était patente, non contestable et non contestée — elle ne Ta été que plus tard — il n'avait pas à craindre la persécution i ce point de vue et il n'avait d'autre souci que son art La pensée fondamentale du livre était catholique et cela suffisait.

n n*en était pas de même pour Rabelais. L'expotftion complète de sa pensée intime, inconsciente peut - 6txB pour lui , mais évidente pour sous — l-aurait conduit au bûcher. H avait besoin d'un passeport pour avoir le droit de l'émettre, il était obUgé de prendre un masque et eela Ta rapetissé. Il a été entiratné A se faire bouffon , il a été un bouffon admirable , mais cette nécessité de vdler sa pensée a rabaissé la pensée elle-même.

Une autre cause d'infériorité vient du caractère même de Babelais. Ce masque qu'il mettait mt son visage, ne le gênait pas; il s'en amusait toIoiitiers ; il faisait de la bouffonnerie pour son compte, pour «on propre plaisir. Il exagérait les erndités que son siècle autorisait; mais il désertait ainsi le grand art pour le petit. — Et puis tout en restant on écrivain exquis, un maître dans l'art de bien dire , il ne soignait pas assez toutes les parties de sa composition; il se contentait de faire vaguement son plan avant de prendre la plume, au lieu de trac^ minutieusement| avec amour, tons les déUnéaments de son œuvre , comme Ta &it le poète florentin.

Ces défauts sont secondaires cependant, et âlls le ri^etissent quelque peu , ils ne l'empêchent pas d'avoir le droit de dire aussi bien que Dante:

S9^ LÀ BBIiîOlON D£ BÀ&ELAIS.

Q vMi ck^yete.gl' JBl)BUeii EOud,

Mii?»be Jia 4ottriam elie a'asoû&de

Sotto' 1 velame dei versi straip. {Inf, IX, 21.)

[Vous dont l'esprit est sain, rintélligénce fenne, DéconTres la leçon que le poM enferme Soûs le TOile iMKKié âetf 'ms .in:^xi0!ix.

: .[Tiftd.R«ti«lKiimaL]

xin.

. On: pQHt £89proûhier aussi du Yoyi^ge de Paata* tagrue) à r«ad6 ,4e Ja DiT0 Boutailie, te Yoyftge du Pèlerin i. ^ .Pîljirftm'fi .Prevraa^ de Bonyao, lu de» Imes lee pUiS cudeux^^ tes plus célèbres. 4e lailktéiaJbire. aogkiaa (Le îPîIijfnm'^ Pr<)j9fK^si .est dakis .toutes les nudus en :Âitgletorr0; U sîeafsîtide splendîdes éditions îllustrées^ et des édttioiifi à quelques penÉks à rupa^^ des gens du peuple» Les fiocfétto )bililique8. es répandent les exemplainBi en imênie temps qpe des Biblea en tontes langues, et cMune le plan est; au point de Yue dé l'idée^ à p«|i pràs le m^ntàjqiie celui de la secondé partie dif^ Jf^9igfw\ "à. iSiX» à; propos dV^n dire un niQt

MPftatagmel couiâb après upe véri^ pfailesqpbiqiie «P ]P9U ^ysague et qui ise déroloe; durétien, au fxmtvs^re ^ c^est le héros de fiimyan -^ sait diairemeiit (Q|à U w ; il a la foi, la foi rconipl^te du i^liânîste, 9t il^e dirige ¥««. le salut À/ tras^ les paeston^ les .tep^iiims^ Jea dilici»ltési.de: tout ganre. qui ofcstn^pnt 1^^ vpiie d» vjrw oroyant.etrerop^wfi d'arriver au ciel. Nous avons des romans dévote sur le m^nie suji^t» Tpus sqntJMes» ^et exbalwt. ce paofum m gmms qqe I'oq : rçapine dans les ^fises ordinaireiufHrir ferqké9S« Rien 4e semUable ehes Bunyan.

liB tOTAOI DU FÉIiiSIK,

Ses peraoniu^ea sont dis abiimetÀ0ii8 ; Snow vont* diitte , DécMragemenl; , Piélé » Pntdwoe y l^lèla Bvsngâiste, le géant Désespoir) Défiio^i aa faMme, la Itot, ete», «te.; mais tour Mm: ami voM/ le rappellei Oes étrea i|a11 bms préeetta» l-aiiT teair left a' vue; oea chemina qiie néua parceilMni; eea fcànipagiiea éésoléeci, il lea a tnurerpéaapar la èhar leur; œtiè yaUée de ténèbret, il a'y eit égasé; Ml Toixi qu'il Attt aorgir tout à ceiip ppir mm 4^^ oer 4Ufll|9ea<aveitiaaementa ebaimata» il Itoali enf tencbiea; fiaâyaa i}%Bt pap ^oa aimpla écrjÉiia qtii se met i sa table et qui aligne daB ftonàMi tiwÉt «n fiafemBàfee^ ui iqapiré. SoQtttro'.aat^Mie.légiqwiinépfochable et par coMéquent à'a. tmfL àvàtrsyeeiliaU&daiatîoii, mâiÉtûmnaB. éft mmm qa^::fiitfl<â|>paraMre, ohaennè dea draèaManae* .de MU ^3«ge, a eapeadaiit été pour Mi lae fËaitaÙe ludMiutiiin;

<Jahtt Bpi^an^ en éff^) m'éttnftpaaiiÉéarivaiBi li m^iae ua hoÉime iaàtnit ; c'était aâ îowviinl chalidmipiev , n'ayant que trèa lnq[iariaitiBi^i apfrifs è lire' «I i éarlm^: aHia entité p«ur ute iaagiiialioii extraordinairement Tire et par k laotne ioaataaLtB de laBiMe; tTa beair jonr 9 ae aietàpteeinrdBami aea caBMEadea^ puia il a'enbardit) il ?a: prdafaer pÉuetait, et déaiBDtmidecea piMkateiim ind^^daBfeaijdeiit rAingieteatte a te^fouTB été ai ndie. Enanliai^ en VbMmoà tapjèuis, dana FarriuSe que le peaialnétit (Vfjbsa ÀOMailear^; ^ à là zMtfauKatiottéBaStulvtt, i!^t ana en jpiriaon, il j léata don»' aaa at 4eniti, tmwiilant ft &aré dea lacets fertféa pour inoupiir aa fiamiHai Ceet âiora quil écrit eon Um:é*

Une wix du cid a edé fén|^aao6 eeîitfe la tille

Page 1