LA POLITIQUE ET LA UOBALE
Il en Mt de Jséttiè du roi St Panigon dans Tlle des EmM^Msades.
Ott toisait tort cependant de voir dans ces gàttés rœiivre d'un ennemi de la monarcbie. Babelais piai- Bttnte a¥ee la royauté, coiâme il i^àisabte avec le èrétfftire, i^r.ptfre joyenseté, et il est probable que les ^dsajp^es que nous venons de citer et d^antres seinblablès ne sont ^s ceuit qui amusaient le moins FMtngoiiÉ I*^. Le rtoi n*a pas dû être plus c&eiqué que Louis XV ne Tétait lorsque M"^* Dubarry le tutoyait et Tàp^kitc La ï'^ancef. Q aura seiiti que, att fond, ces plaisanteries venaient d'Ain ami et non d'un frondeur. '■ "
Sbt t^ ou fils de' Vois Sgnfettt ^ns le rbfiian ée Rabelaiâ. D y en a trcfis m&ûvais t Piérocbole, Atiarâie et BirttiguenariUéà; inaisi il y en ià aussi tMis bons : G^andgousier^ Gargantua, et Pantagruel, qui, s^ n^est jpas i'oi encore, dé!t le de'^uir un j(Mir. y^ Ce que Babelais oondattine dahs lès rois, c'est leur ''^nEacilité à se laisser tromper; à se monter la tête S0U& l'influenée des flatterieè iutéressée&t des courtijÉuii^jSfaBdgoiiaîer se laisee tiùm^ec lui^slédie au début, quand il s'agit de réducaJtion4eJB(Hgi Sto, smB il i^'ax^ête I tempsr iPicrocbol^ etAn^ch^ilQ ij^'arlAbsnt {i«3 el ils e» sont r4idement puai^Babekûs prend jHÊAak à les bumilier , à montrer leur inla* tuation grandissant & mesure de lei^rs disgrâbes et aarvhniit quék|udfoiJ3 à lemr mlsrfaia^ierooholë détrlwé attei^ avec une foi. persévéï^aute l'arrivée des eoqoasigntes peur retnonter sur son irône^jinaieiie petd plus v|te Tèspoir , inalà il est plue cruellemeiit puni encore. \Quant au conquérant germanique Brinffmiàn^jkëi Babelais nbitô le représente se jetant d'à-
BÀBlLAId ET IiA UOSàk&HBXBf
\>oxà sur lea moulins à vent de Fraoce , qu'il ]p$x^
vient à digérer, puis sur lea casserolieB et antres
instruments de cuisine — les pendules étaient rares
encore à cette époque, — et mourant d'une tuI*
gaire indigestion de beurre ... de Lorraine peut*
être ? Ce sont de piteuses fins sans doute, mais à
qui s'appliquent-elles ? A des rois qujlse sont jetés fôl^
lement dans des guerre^ iiûustes<^ Ce qu» Babelais
condamna en eux, c'est la manie conquérante et non
pas la monarchie elle-mépne.
^La preuve, c'est que le nom}nre des rois selrnsom
cœur est égal à celui des mau?ais. Ces tùiB taot-
mencent par être des géants, des héiM de con<-
ten de fées. Cette partie de leur existence est pure*
ment f^tastiquç et n'a pas k prétention de rien
prQuver^^^Mais quand ils agîeaent simpIeoMut en rois,
lenns '^lu^es pleines de bonhpmîe, leur ameur pMr
leurs .sujets, leur ci^doite envers les* vaincra .en
font des p^rsoupages, tout à £ut 8grjapaJihiques4 . On
ne i^fr . donnerai ppis, ce titre de «tprinœs très n*
doutés >| qu'on donnait encore & quelques aeigneuis
du tempsi, maip on ;se prend, pour eux dfune sj/m*
psHûe.Aôléede respect* I^eur royauté est tonte
patriarcale.; c^èstr la >ro]raeté . du pètif de fimiUe
au miUeu de ses^enfaAts, mais eUe ne.manqM ni
de noblesse ni d'éqergie« C*eet,:avee plus de sim*
plicité et moine de grandeur^ la royauté rêvée par
Fénelon dans Télémaquej par Massillon dans son
Fait Carême et par les philosophes royalistes du
XYIU' siècle- Ce genre, de .ro^uté n'a pa^ de nom
dans rhistoire, mais elle fait songer i la fois i
Louis IX et au roi dTvetpt
Ces rois ont des allures toute» bourgeoiseik U
8^ LA P ÔIITIQUÏ ET LA MOBALE.
i^'y a dans leurs cours ni faste ni représentation. Mais ils appliquent strictement les lois de la justice, d'une justice mêlée toutefois d'indulgence pour là faiblesse humaine. En face de l'agression étrangère, ils sont dignes et humains & la fois. Mais si leurs siqets se révoltaient, quelle serait leur conduite? Elle est facile i prévoir. D*abord leurs sujets ne se révolteront pas ; pourquoi le féraient-ils ? Si leur plaintes sont fondées , il leur sera fait justice immédiatement. Si elles ne le sont pas, il leur sera adressé des remontrances, et ils les écouteront Mais s'ils s'obstinent et se mutinent ? On ne cher* chera évidemment pas i les retenir de force. On les laissera s'adresser à un autre , en leur prédisant le sort des grenouilles qui voulurent avoir un roi. En somme, si Rabelais ne professe pas le culte alMOlu de la royauté, il est étrianger à cette antipathb f i cette haine contre rinstitution monarchique si éioquemment exprnnées dans le pamphlet de son contemporahi Etienne delà Boétie.^ Il trouve la royauté établie, il en montre les mauvais côtés, mais il en montre aussi les bons , et ne paraît même pas songer que institution puisse étreaboiié. il ialt plus : quatfd il établit à côté sa répu- Uiqoe de la volonté, celle qui a pour devise : Fais ce que voudras y il la met sous la protection du pouvoir royal, qui la dote et la défend.
Rabelais agit donc avec llnstitution monarchiquer
^ De la Servitude vdknUaire au le Contre un, publié d'ft* bord par Montaigne et souvent réimprimé, dans les Œuvres âe Lamerniaii etotre antres.
LA KOBALS DE BABEIiAIS, 808
comme avec Tinstitation catholique; 11 veut amé* liorer, mais non renouveler. Ce quMl demande au goifventem^t comme i la religioUi c'est la liberté pour rindividu de se développer tout entier , e^est rabsesce de réglementation. H hait le ' règlement sous toutes ses formes , la contrainte aous quelque aspect qu'elle se présente. H hait 1#8 docites qui sonnent les heures et réglementent les occupatiouB de la journée ; il hait le carême et Tabstinence qui réglementent les mets émt on doit se nour* rir ; il hût l'orgaBisation de l'Eglise romaine qui attadie les hommes à certaines pratiques et réglementé mmutieusement l'emploi de leur temps; il hait l'intervention de VétaA dans la religion » qui règl^nente les <^iniona et les actes de foi* £n Ut* téràture , il hait le pédantisme ^qiii règlemmte la langue et la circonscrit dans Timitatioif de Cicéron. Dans sim horreur, du règlement, il s'insurge contre la mode qui pr^crit les vêtements de telle et ou telle coupe et son Panurge s'habille d'une façon étrange pour lurotester contre la loi de l'usage. : C'est par la mâne raison qii'U se permet toutes sortes de libertés i Ten^roit des nécessités phjfsiqaes qu'on dérobe oordinairemept à la vue. H arradie tous tes voilest, non par impudeur, non par corruption, comme quelques^-uns le prétendent, mais tout simplement pour protester ccmtre la règle, pour âdré acte d'ind^ndanoe en toute chose.
Bilbtlais n^est nas indécent , dit à ce si^et M. Scharer > car le leaUmeiit de la décence lui est étranger. Il est comme l'enfant on le Sauvage • qui n'ont pas conscience de leur nudité.
> Edmond Scherer. JËMes erWqueê etir (et mérahutê.
' 604 LA PÛLITIQUB ET. LA ItOBALS.
Ciéti IM)ii8 Conduit à la in(n*ale de Rabelais. Estil vrai i^ttffie le prétendent Feller et ooosorts, que BaMMfl prêche l^nitioralîté? Cette accosatiM n'est peur niieux fondée que les préeédentes.
Rabehis, nous ne didons pas «reoommancle»^ miiis «inspiré» tous les nebles sentiments.
Quels pères furent jamais plus sages, phis aimAnts, pfas ▼ftiment patemds, que Granâgoasier et Gfanr- ^antna? Qtael flk fut plus regqpectaeux, plte obéissfutf , plus reeomiaissaiit qu^ Pankagrad ? Qtii fut i^lus^ défotlé po^ ses amis que ee mâme Panta- ^mel, pbis indulgent peur leurs Jaibteises, sans totaMfols leur épargner les remomrances aa basoin ? Qui porta i4as Idn ramour de la j«tièe et de rbu^ mânité? Nbn-séulement Rabelais prête à.ses printMiux tmonnagés tous les noble» sentiments^ mats H Miiiïiiéti ttalB il impose ces sentiments ; on aime miëiix soil ph)ehA£tt quand on lient de le Mre^
£â fait de yiiiéS, d'iniqidtés et detravtèrsi il i/mr t^re Piofi«ui?<dé la^efttote, eà ronrvoits'atmet lies m» contre lés ttitktés àe» inditidus ffti n^ont âwna molif de éë htâr ^ il inspire l'horreur des luttes reUlgieuseir, oft Tim ire se contente pas dfafmit lanûsen Vàttt soi, mais où l^on '^ut foreerlea iniarea i partager sott apprédiitiOQ. H inspilre llionreun de rinjustice sous tontes ses formes^ taijasiice poMtiquie, injustice judiciaire. H en teut à tous les tyiéot de lliumanité / auï^ moitiés qui ne se contentent pas à^étre ignorants, mais qui persécutent ceui quf veuiantra^iMtimFeyaw pédants qui n'admettmt pas qu^on soit instruit ou que Ton parle autesmest ^o^'en,
LÀ MOBALE DE BABELAIS. 305
aux convenances ridicules , au faux bel-esprit, aux superstitions, à ceux qui sacrifient tout à leur ventre, et à ceux qui sacrifient tout à leurs préjugés. Il y a peu de vices qu^il ne flagelle en passant, peu d'iniquités qu'il ne déconcerte de son rire joyeux, bruyant et sincère.
Les femmes seules lui inspirent assez peu de sympathie. Mais elles apparaissent à peine dans son livre. Eabelais ne les èonnatt pas, et il en convient implicitement en ne leur donnant pas de rôle. La «belle dame de Paris», que nous voyons un moment, n'est là que pour fournir a Panurge un prétexte à Texhibition de divers procédés qui passaient alorç ppur des secrets et qui circulent à travers le moyen âge, de la compilation de Pline FAncien aux écrits apocryphes publiés sous le nom de Grand et de Petit Albert Ailleurs la femme est mise sur le môme, rang que le vin. Babelais ne parle de la femme chaste et digne qu'en deux occasions : lorsqu'il nous décrit les mœurs de Thélème, ou nous entretient des occupations des Muses. Dans ces deux cas, la p^rolp moqueuse de Babelais devient respectueuse ,. c^élicate, exquise. On regrette que ces passages soient si rares et si courts. Mais Babelais était moine et sa profession lui interdisait la fréquentation des fevimes. Il n'a pas vécu avec elles. Le fait d'être moine ou prêtre n'a pas empêché d'autres écrivains de bien connaître le sexe féminm. Bourdaloue, Fénelon, Massillon nous ont lai^é des observations d'une grande finesse sur le caractère des femmes ; mais Bourdaloue, Fénelon, Massillon étaient confesseurs , et le confessionnal était pour eux un observatoire^ un cî^binet d'études, aussi minutieuses n 20