LÀ POLITIQUE ET LA HOBÀLE
que profondes. Rabelais ne parait pas avoir profité de ce moyen, et nous aurions quelque peine à nous représenter le R. P. Rabelais écoutant les péchés mignons de ses pénitentes. S'il Tavait fait, son livre en porterait la trace.
Ainsi donc Rabelais, tout en étant très libre en paroles, ne prêche pas le libertinage. Prêche-t-il d'avantage la gourmandise, prêçhe-t-il l'amour du vin ? En apparence, oui, peut être. L'éloge du vin, l'invitation à boire reviennent à chaque instant sous sa plume, mais hors le chapitre où il nous redit les propos des buveurs, ses personnages s'enivrent-ils jamais ? Pantagruel, dès qu'il n'est plus géant, est d^une grande sobriété ; il s'emporte avec une vivacité sincère contre les gastrolâtres et contre les ivrognes. S'il est un moment où les personnages sont pris d'une sorte de délire bachique et prophétisent, c'est lorsqu'ils ont bu de l'eau de la Dive Bouteille, c'est lorsqu'ils ont découvert le mot de la destinée humaine, et cette ivresse à un caractère tout spirituel.
Partout ailleurs lorsque Rabelais provoque à boire, c'est une contenance qu'il se donne ; il s'écriera bien comme Béranger :
Mes bond amis, que je vous prêche à table,
mais il se contentera de vous regarder boire. Les poètes buveurs ont de tout autres allures. Ecoutons plutôt Olivier Basselin, ou, si on le veut, Jean Le Houx puisqu'il paraît décidément que le joyeux foulon de Vire doit passer à l'état de personnage légendaire,— répétant sur tous les tons pendant 150 pages : Il faut boire; vidons nos tonneaux/
> Voir la Dissertation placée en tête de la dernière édi-
LÀ SCIENCE DE Si^BELAIS. 907
On sent que Rabelais joue la comédie en ^kfféctant dans ses prologues ces transports bachiques qui ne reparaissent pas dans Touvrage. Ce n'est pas ainsi que procèdent les vrais buveurs : St- Amant, Maître Adam, Cbaulieu, Gallet, Desaugiers et ses amis du Caveau. Il n'y a pas d'intermittence chez eux. Rabelais, quoi qu'en ait dit Ronsard, parait avoir été aussi sobre que Béranger, qui a aussi chanté le vin avec chaleur, mais qui buvait assez peu.
La morale de Rabelais est, comme noïia l'avons répété plusieurs fois, le libre développem^t de toutes les facultés humaines, les facultés intelleetuelles en tête, les facultés aimantes ensuite, mais sans que les facultés physiques doivent être négligées. Cette morale se résume dans l'ancien adage : M&m mm» in corpore sano.
Nous reviendrons sur les idées 1 ittéraires de Ba* bêlais en parlant de son style. Il ne nous reste à ajoater ici que quelques mots sur la sdence dont il fait preuve dans son livre.
Rabelais était un érudit. Chaque page de son roman le prouve. Il avait lu surtout les auteurs qui traitent des sciences naturelles et médicales : Pline l'Ancien, Sénèque, Hippocrate, GaUen; mais il ne connaissait pas moins bien, entre les Grecs, Platon, Aristophane, Plutarque et surtout Lucien. Il savait aussi à fond tout ce qu'ont écrit, les auteurs du moyen âge et ceux de son temps. — Mais a-t-il, pour son compte, rendu des services directs à la science ? A
tion des Vaiix de Vire^ par M, Armand Gasté. (Lemerre, 1875i petit in 8.)