RABELAIS ET G. TORY
ques modifications orrhographiques basées sur la comparaison des alphabets latin et grec avec l'alphabet françîiis. C'est lui, par exemple, qui employa le premier l'accent aigu et la cédille. Comment une même phrase, assez longue, 'lu reste, et caractéristique, se trouve-t-elle dans les deux livres ?
On s'est demandé s'il n'aurait pas existé une édition de Pantagruel antérieure à 1529, où Tory aurait trouvé la citation. Mais d'abord Tory ne cite pas , bien qu'aucune considération d'amour propre n'ait pu l'empêcher de le faire, son livre ayant un tout autre but que la critique du français latinisé. D'un autre côté, Rabelais n'arrive à Montpellier qu'en, l.'3(X où il étudie, exerce et professe la médecine et nous ne le voyons songer à se faire imprimer que pour fournir un texte authentique d'ouvrages de médecine, dans lesquels, dit-il une virgule déplacée, un accent mal mis peuvent coûter la vie à de milliers de personnes ; il est donc inadmissible qu'il ait pu faire imprimer Pantagruel avant d'aller à Montpellier. Tout porte à croire que, trouvant cette phrase dans le Champfleury, il se sera dit, comme Molière à propos des scènes du Pédant joué, de Cyrano de Bergerac : Je prends mon bien où je le trouve — et cela est d'autant plus supposable que , dans le livre de Tory, cette phrase n'a pas une importance capitale, qu'elle n'arrive là qu'en passant, comme exemple , sans lien avec ce qui précède et ce qui suit ; que d'ailleurs il était difficile, d'après la manière dont Rabelais l'amène, de la donner comme une citation. Peut-être aussi, car Tory ne paraît pas réclamer l'honneur de l'invention, était-ce, comme le suggère un commentateur, une plaisanterie courante
parmi les étudiants de l'Université, que Rabelais se sera plaisamment appropriée.
• Revenons à notre récit.
«Je viens, avait répondu l'étudiant à la question de Pantagruel, de l'aime, inclyte et célèbre académie que 1 on vocite Lutèce.»
Pantagruel ouvrit de grands yeux, ne comprenant rien à ce langage. L'un de ceux qui raccompagnaient lui expliqua que la douce, glorieuse et célèbre Lutèce n'était autre chose que Paris.
— « Et à quoi passez-vous le temps, vous autres messieurs étudiants au dit Paris? - Nous transfrétons la Séquane au dilicule et au crépuscule, nous déambulons par les corapites et quadrivies de l'urbe, nous despumons la verbocination latiale, et comme verisimiles amorabonds, captons la bénévolence de l'omnijuge, omniforme et omnigène sexe féminin. «
Ce langage a grand besoin d'une traduction. La voici :
Nous passons la Seine le matin et le soir; nous nous promenons par les places et les carrefours de la ville nous crachons du latin, et, comme véritables amoureux, nous captons la bienveillance du sexe féminin de tout joug, de toute forme, de tout genre.
L'écolier continue:
« Puis cauponisons es tabernes méritoires de la Pomme de pin, du Castel, de la Magdeleine et de la Mulle. >
Nous nous régalons dans les tavernes, ou cabarets de. etc.
Le premier de ces cabarets, célèbre du temps de Villon, l'était encore à l'époque de Boileau.