‹ Rabelais et son uvre (volume 2)Chapitre 107 sur 147 · LA VERBOCINATION LATIALE · texte numérisé non relu

LA VERBOCINATION LATIALE

«Nous cauponisons belles spatules vervécines, [autrement dit des épaules, des éclanches de mouton] perforaminées de pétrosil [poiutillées de persil]. Et si par fortune, il y a rarité ou pénurie de pécune [argent] en nos marsupies [bourses] et soient exliaustes [épuisées] du métal ferruginé, pour l'écot nous dimittons nos codices et vestes oppignérées [nous laissons nos cahiers et vêtements en gage], prestolans les tabellaires à venir des pénates et lares patriotiques [en attendant l'arrivée de messagers venus de nos pénates et lares paternels, etc.] >

— Quel langage est-ce ci? s'écrie Pantagruel. Par Dieu, tu es quelque hérétique».

Il est à noter que dans tous les pays celui qui parle une langue inconnue est réputé mécréant ou hérétique. Pour les Eusses, les païens sont les baragouineurs, les babillards (iistnecKie) dans une langue qu'on n'entend pas.

L'écolier prouve sérieusement qu'il n'est pas hérétique, toujours dans son baragouin latino-français. Dès le point du jour, il se rend à une église et fait dévotement ses prières. * Je révère les Olympicoles, ajoute-t-il en appliquant au Dieu des chrétiens, les appellations païennes, comme c'était la mode alors en Italie et dans l'entourage même de Léon X. «Je vénère latrialement le supernel astripotens [J'adore le Dieu qui gouverne les astres]. « Je dilige et redame mes proximes [J'aime et chéris mon prochain]. Je serve [j'observe] les prescrits décalogiques et, selon la facultatule de mes vires [et selon la petite faculté de mes forces], n'en discède le late onguiculé [je ne m'en écarte pas de la valeur d'un ongle]. Il est vrai,

ajoute-t-il, que n'ayant pas beaucoup d'argent, je fais rarement l'aumône. '^ Bien est vériforme que. à cause que Mammone ne supergurgite goutte émues locules, je suis quelque peu rare et lent à superéroger les élémosynes à ces égènes quéritant leur stipo ostiatemeut [de porte en porte]. »

— Qu'est-ce que veut dire ce fou ? demande Pantagruel, ce doit être quelque magicien qui prononce sur nous de paroles diaboliques. — Sans doute, dit un des assistants, ce galant veut contrefaire la langue des Parisiens, mais il se borne à écorcher le latin et croit ainsi pindariser. — Est-ce vrai ? demanda Pantagruel.— Segnor missayre, mon génie n'est point apte nate [né propre] à ce que dit ce flagitiose nébulon [méchant vaurien] pour escorier la cuticule de notre vernacule gallique [écorcher la pellicule de notre français vulgaire], mais viceversement, je gnave, opère et, par vêles et rames, je me énite de le locupléter de la redondance latinicome [je mets tout mon soin, je m'efforce, voiles et rames dehors, à l'enrichir d'une abondance de mots qui lui donnent l'air du latin]. — Par Dieu, dit Pantagruel, je vous apprendrai à parler. Mais d'abord, dis-moi d'oii tu es. — L'origine primève de mes aves et ataves fut indigène des régions Lémoviques, où requiesce le corpore de l'agiotate St Martial [Le pays d'origine de mes a'ieux et ancêtres est le Limousin, où repose le corps du grand St Martial]. — J'entends bien, dit Pantagruel tu es Limousin pour tout potage, et tu veux ici contrefaire le Parisien. Or viens çà que jti te donne un tour de peigne. » Lors le prit à la gorge lui disant : 'Tu écorches le latin ; par St-Jean, je te ferai écorcher le renard, car je t'écorcherai tout vif». [On sait qu'écor-

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